Scène 3

4 minutes de lecture

Maria, Carmen et Mateo rangent les restes du repas. Juan et Esteban entreprennent de hisser les voiles. C’est Alma qui tient la barre mais elle ne semble pas très rassurée. Esteban et Juan constatent assez vite que la voile est en mauvais état. Ils se rendent vite à l’évidence qu’elle est totalement inutilisable. Esteban va reprendre sa place à la barre avec Mateo, tandis que Juan et leur sœur vont occuper une cabine.

MARIA. Pourquoi n’ont-ils pas attaché la grande voile ?

CARMEN. Tu vois bien qu’elle est trouée et que les bouts sont trop courts.

MARIA. Heureusement qu’il y a un moteur, toi qui trouves cela moins romantique que de glisser sur l’eau uniquement à la force de voiles !

CARMEN. Ma pauvre fille ! Que ferons-nous quand il n’y aura plus de carburant pour le faire pétarader ?

MARIA. Mais c’est prévu pour le trajet, Esteban a pensé à tout !

CARMEN. Si seulement il avait le permis !

MARIA. Que dis-tu ? Il l’a ! C’est obligatoire ! Le loueur lui a demandé ses papiers. Ce n’est pas gentil de dire cela.

CARMEN. Je connais très bien l’homme qui donne les leçons. D’ailleurs c’est moi qui ai payé les cours pour ton mari. Je sais bien ce qu’il a fait. Il n’a pas suivi toutes les leçons et ne s’est même pas présenté à l’examen. Bon, ce n’est pas non plus compliqué de tenir une barre. Mais pour ce qui est de se repérer et de faire attention aux autres navires sur l’eau, c’est une autre affaire !

MARIA. Je ne te crois pas une seconde. Il ne m’aurait pas menti à ce point. Et jamais il ne mettrait nos vies en danger. En tout cas nous te rembourserons tes frais dès que nous le pourrons. Je vais trouver un travail une fois arrivé sur place. Et puis il m’en aurait parlé ! Il ne me cache rien ! Ce n’est pas son style. Tu n’es pas très gentille avec lui !

CARMEN. Alors pourquoi a-t-il dit au loueur que nous rentrions ce soir ?

MARIA. Tu te trompes, il n’a pas pu dire cela.

CARMEN. Regarde-le faire. Je ne sais pas s’il sait où il va, comment va-t-il esquiver les gros bateaux qui arrivent en face de nous ? Enfin, ce que je dis ou rien, ça ne semble pas changer ta vision de notre joyeuse virée. Je vais voir ce que fabriquent les enfants à l’intérieur.

MARIA. Moi j’ai envie de profiter du soleil pour faire une sieste…

CARMEN. J’ai de la crème solaire, si tu veux bien en étaler sur ta peau, tu ne te transformeras pas en tomate dans une heure !

Pendant que Maria va s’allonger à l’avant du bateau, Alma entre dans les toilettes. Mateo, resté près de son père, croit voir de gros poissons à l’horizon.

MATEO. Papa, ce sont des baleines là-bas ?

ESTEBAN. Non, mon petit, il ne doit pas y en avoir dans ces eaux. Pas si près des côtes.

MATEO. Pourquoi on ne voit plus rien sur l’écran ?

ESTEBAN. (Baissant les yeux pour regarder sous la barre). Tu as raison, il ne marche plus. Tu as appuyé sur un bouton, qu’est-ce que tu as encore fait ?

MATEO. Non, papa, je n’ai touché à rien. C’est peut-être Alma, c’est elle qui tenait la barre tout à l’heure.

ESTEBAN. (Essayant de toucher aux quelques boutons qu’il trouve). Je ne comprends rien, ça ne fonctionne plus. Cela doit être un fusible. Tiens la barre un moment que je regarde ce qui ne va pas.

Esteban cherche la boîte de fusible. Ne la trouvant pas, il ouvre de petits tiroirs et en sort des liasses de papiers et de notices.

ESTEBAN. Tu peux venir une minute, Carmen ? J’ai besoin d’un coup de main !

Carmen qui avait commencé la lecture d’un magazine le laisse tomber près d’elle et entre dans la cabine.

CARMEN. Tu veux que je fasse quoi ?

ESTEBAN. L’écran de navigation s’est éteint, je ne trouve pas les fusibles. Tu peux piloter pendant que je trouve la solution ?

CARMEN. Nous voilà bien ! Sais-tu au moins où nous sommes ?

ESTEBAN. Entre… près de…

CARMEN. (Le coupant). Bref, tu ne sais pas ! Et où sont les documents techniques du bateau ? Si tu avais fait l’état des lieux avec ce loueur, tu les aurais déjà trouvés ! Cette voile qui ne nous sert à rien, encore quelque chose qui ne marche pas !

MATEO. On dirait que ça ne sent pas bon.

CARMEN. Mais non, que dis-tu, les pannes ça se répare.

MATEO. Je parle de l’odeur, vous ne sentez pas ?

ESTEBAN. À part l’air de la mer et des relents de sobrasadas, je ne sens rien…

CARMEN. Il a raison le petit, il y a comme une odeur de brûlé, tu ne sens pas ?

Alma sort des toilettes, de l’inquiétude dans la voix.

ALMA. Je ne comprends pas, j’étais aux toilettes…

ESTEBAN. Ce n’est pas le moment, tu vois bien que je suis occupé.

ALMA. J’ai tiré la chasse et le levier s’est cassé !

CARMEN. Ça arrive, ce n’est pas bien grave.

ESTEBAN. Bravo ! Combien ça va nous coûter ! J’espère qu’au moins on peut encore les utiliser.

CARMEN. Il y a la mer au cas où !

MATEO. Moi je ne ferai pas devant tout le monde !

ALMA. Et puis l’eau s’est mise à couler partout.

ESTEBAN. Comment ça, partout ?

ALMA. Dans les toilettes ! Ça sort par en dessous. Ça n’arrête pas. J’ai essayé de stopper la fuite mais je n’ai pas trouvé de solution.

ESTEBAN. Je vais aller voir ça. Carmen, je te laisse gérer le reste.

CARMEN. C’est ça, je gère.

Tous entendent alors un cri.

MARIA. Mon Dieu, quelle horreur !

ESTEBAN. Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a encore ?

MARIA. C’est normal ça ? Là !

ESTEBAN. Je suis dans la cabine, il y a un sérieux problème dans les toilettes. Tu as vu un requin ?

MARIA. Mais enfin, le moteur fume ! Je dirai même qu’il brûle !

CARMEN. C’était donc ça ton odeur de brûlé Mateo !

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire K. Bouidène ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0