Chronique ordinaire

3 minutes de lecture

Dans toute société, on peut classer les personnes.

Par genre.

Par sexe.

Par orientation sexuelle.

Par opinion politique.

Par origine.

Par syndicat.

Par religion.

Par couleur de peau.

Par connerie.

Cathy classait les gens en fonction de leur connerie. Et elle avait une sacrée liste.

Son patron, par exemple, était un connard misogyne qui ne croyait pas que les femmes pouvaient valoir quelque chose.

A part pour le café, évidemment.

Mais son patron était vieux. On pouvait lui pardonner de ne pas avoir vu évoluer les mentalités.

" Un café, monsieur ?, proposait Cathy en essayant de bien se faire voir.

- Merci, Mlle Nantel. Alors vous voyez ? Le dossier Bourguignon a été bien finalisé avec Aubert.

- Oui, monsieur.

- Où en êtes-vous avec le dossier Framont ?

- On avance, monsieur."

Une main posée sur son épaule, sans volonté de rabaisser mais rabaissant quand même, son patron lui parla gentiment :

" J'ai confiance ! Le dossier Framont est plus facile à traiter que le dossier Bourguignon. Vous y arriverez, mademoiselle."

Un sourire.

Connard !

Il y avait d'autres types comme le patron, mais pas aussi visibles.

C'était plutôt des remarques amusantes pour faire rire la galerie.

" Tiens, Christine est en retard ?

- Comme d'habitude ! Qu'est-ce que tu veux ?"

Et plus loin :

" C'est une femme."

HA HA HA

Et d'autres sur les heures de pause, sur les réunions avec le patron, sur les robes trop courtes ou trop longues, sur les pantalons mal vus dans ces grandes entreprises...

HA HA HA

Sinon, on se faisait taxer de casse-pied sans humour.

Cathy était une casse-pied sans humour et frigide de surcroît.

Elle n'aimait pas les mains sur les épaules ou les visages penchés sur elle.

Il y avait un périmètre de sécurité autour d'elle.

Autour de tout un chacun.

Il fallait le respecter !

**************************************

Ensuite, il y avait ceux qui étaient politisés et n'hésitaient pas à montrer leurs opinions.

Cela commençait invariablement par :

" Moi, je ne suis pas raciste, mais..."

Toute phrase commençant ainsi n'était pas une bonne phrase.

Mais là, ce n'était pas nouveau.

" Moi, je ne suis pas raciste, mais..."

" Moi, vous me connaissez, je suis tolérant, mais..."

" Moi, vous savez qui je suis, mais..."

Cela marchait aussi au féminin !

" Moi, je ne suis pas raciste, mais...'

" Moi, vous me connaissez, je suis tolérante, mais..."

"Moi, vous savez qui je suis, mais..."

Cathy écoutait et souriait, glissant sans peine ces personnes dans la case "connard raciste."

************************************

Misogyne, raciste, xénophobe, homophobe...

On trouve tout cela dans toutes les sociétés du monde.

Et dans celle de Cathy aussi.

Ce n'était rien que de très normal.

Régulièrement, Cathy tombait sur des filles en larmes dans les toilettes de la société.

" Il m'a dit que..."

" Il voulait que..."

" J'ai pas eu le choix, j'ai dû..."

Alors Cathy se lavait les mains et repartait à son bureau.

Aveugle, sourde, muette.

On l'est tous.

Jusqu'au jour où cela nous tombe dessus.

*********************************

" Que faire face à un harcèlement moral au travail ?

- Voici 10 conseils pour réagir face au harcèlement au travail :

- prenez du recul sans culpabiliser

- restez impassible

- soyez irréprochable dans votre travail

- demandez un entretien

- osez la technique de la "guérilla"

- informez les acteurs de l'organisation

- collectez des preuves

- envisagez de quitter votre poste."

Cathy essuya les larmes qui coulaient sur ses joues et murmura :

" Quittez mon poste ? Alors...il aura gagné ce connard...

- Osez la technique de la "guérilla".

- Qu'est-ce que c'est ?

- Impressionnez votre agresseur par un comportement "musclé" et menacez-le de porter l'affaire sur la place publique."

Cathy se mit à rire.

Puis elle éteignit son téléphone pour pleurer à son aise.

Elle n'était pas irréprochable au travail et tout le monde le savait. Quant à démissionner, elle n'avait pas assez d'ancienneté et d'expérience pour espérer trouver un poste approchant dans une autre société.

Alors...alors que faire ?

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