Chap. 8 : Petits mots et gros mots

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*Fondu au noir* S’affiche alors, dans une jolie police d’écriture :


Une semaine plus tard…


Une voiture démarre, et les paupières de Marine s’ouvrent.

La chambre est plutôt sombre, mais la lumière chaude d’une matinée déjà bien entamée filtre à travers les rideaux.


*clignements d’yeux fatigués*


Marine se lève, fait deux-trois pas de côté avant de trouver son équilibre, chope un peignoir et prend d’un air peu alerte la direction de la salle de bain.


Cut. On la retrouve sur les dernières marches de l’escalier, alors qu’elle se dirige vers la cuisine. Un mot l’attend sur la table, au premier plan. Marine reste encore un peu floue derrière, tandis qu’elle gratte allègrement ce dernier.

Notre héroïne fronce légèrement les sourcils en découvrant le morceau de papier, ajuste ses lunettes, et un plan fixe et silencieux de quelques secondes nous permet d’apprécier l’écriture en pattes de mouche de notre bon vieil Anthony :


 « Hello Marinette,

 Je pars pour la journée avec les gars au lac :) On ira très sûrement boire un coup ou deux dans la soirée, donc m’attends pas ! Bisous

 PS : J’ai enfin réparé le verrou dans les chiottes du haut ! Ce serait un honneur que tu les inaugures ;P »


Un large sourire se forme sur le visage de Marine. Elle relit le mot, puis le pose délicatement sur la table avant de préparer son café.


On la retrouve au plan suivant en train d’ouvrir les rideaux du salon. Elle remarque les citrons percés de clous de girofle qu'a laissé sa mère après son passage deux jours plus tôt. Marine ne se rappelle plus bien leur intérêt, mais ce doit être quelque chose comme éloigner les esprits et odeurs malveillantes – la flaque d’alcool gigantesque d’Éric et ses amis ayant laissé sa trace. (À titre informatif : les citrons chelous servent en fait à faire fuir les mouches et autres nuisibles. Bon, Marine n’était pas si loin. En tout cas Éric et sa bande ne sont pas repassés.)

À son aise dans le canapé, un genou ramené contre son buste et le café brûlant au creux de ses mains, notre jeune femme repense au mot de son petit ami, et son visage s’adoucit tandis qu’elle pose les lèvres sur le bord de sa tasse.


C’est cet Anthony-là qui lui manquait.

Soucieux d’elle, et parsemant son quotidien de petites attentions inattendues. … Bon, là il lui dit qu’il va se bourrer la gueule avec ses potes, c’est vrai, mais… Ce mot l’a surprise. Ils n’échangent pratiquement plus par écrit depuis qu’ils vivent ensemble. Et lorsqu’ils sont à distance, ils s’appellent, simplement. Ils ne se connaissent plus, où alors trop. Ne subsistent que deux vagues personnages d’une tragi-comédie à chier. Avant ça, leurs journées étaient ponctuées de conversations enflammées par SMS, et parfois même, une enveloppe rouge dedans comme dehors apparaissait dans l’une ou l’autre de leurs boîtes aux lettres. Des tas de promesses pour leurs prochaines retrouvailles, chaque fois trop courtes. Mais terriblement exaltantes…


Marine se remet à se faire des films, souriant d’un air libidineux. (Ce qui est un très joli mot pour signifier salace. Je recommande aussi « licencieux », pour les personnes les plus propres sur elles mais pas à l’intérieur)


Et c’est le creux des cuisses humide que notre Marine s’aperçoit qu’elle a renversé son café sur elle. Ce brusque retour à la réalité est confirmé par la présence de vieilles chaussettes de tennis appartenant à Anthony sur le dossier du canapé – ce qu’elle n’avait pas noté plus tôt.

Il sait qu’elle déteste ça.


 « Quel chieur ce mec… », soupire-t-elle en se levant pour les amener au bac à linge.


Marine remonte les escaliers après avoir vidé sa tasse, et poursuit sa morning routine, as usual, en prenant la direction des toilettes.

Une fois assise sur le trône, tout semble se passer comme prévu : un gaz par-ci, un mouchage de nez au PQ par-là, et la voilà qui sort son téléphone.


C’est la première fois depuis un bail qu’elle s’arrête sur la photo d’Antho en fond d’écran.


Et si au fond c’était elle, qui ne remarquait pas les petits gestes de son copain, ces derniers temps ? ‘Faut dire qu’elle n’a jamais été la plus adroite, de manière générale. Surtout pas en matière d’expression sentimentale. En fait, maintenant qu’elle regarde en arrière, elle s’aperçoit de plusieurs choses :


- Déjà, Romane AIME l’entendre se plaindre de son couple.

- Ensuite, elle passe son temps à râler, depuis qu’ils se sont installés ici… Et c’est probablement ce qui fait fuir Anthony.

- Concernant sa libido : elle hiberne, et Anthony passe en conséquence beaucoup plus de temps sous la douche.

- Et puis surtout… Elle réalise qu’elle a peur de le perdre.


En fait, Anthony l’agace souvent, pour de (gros) détails, mais tous ces enguirlandages sont plutôt là pour conserver un minimum de discussion entre eux… Technique de drague particulière, se rend compte Marine, mais c’est parce qu’elle a peur : peur qu’il se lasse d’elle.

Avant, au temps des SMS, les silences ne s’entendait pas durant la semaine.


Marine prend alors une décision, et en même temps un coupon de PQ : elle va changer. Changer son attitude, qu’elle déteste elle-même, puis s’extirper du mode de vie dans lequel elle s’est installée. Prendre plus de temps pour discuter posément avec son Anthony, *deuxième coupon*, et lui laisser, comme il l’a fait, de petits mots. Et par-dessus tout : le reconquérir.


C’est alors que le portable en équilibre sur sa cuisse droite reçoit un message, se met à vibrer, et tombe dans la cuvette.


  • RAAAAAAH !!! NON !

Notre héroïne le rattrape, non sans s’en mettre plein les doigts, et comprend alors – en s’essuyant les mains comme elle peut – que le petit résidu de vernis noir qu’elle avait l’autre jour sur le majeur n’était PAS un petit résidu de vernis noir.


Rallumant son téléphone moite et… customisé, elle découvre que c’était Romane, le coup de vibro :

 « T’es debout ? »

Non, mais le temps de remettre sa culotte et la revoilà sur ses deux jambes.


Marine appuie sur le bouton de chasse d’eau. Rien. Une autre fois. Pas mieux.


Elle se retourne, choppe la poignée, mais :


*CLAC !*


  • Qu… ?!

Tandis que Marine tire à elle la poignée sans porte d’un air ahuri, un papier tombe du trou laissé au niveau du verrou. Après avoir marqué une pause, elle le récupère, et déchiffre alors la petite écriture qu’on connaît, et qui lui annonce :


 « Re-bonjour !

 La porte d’entrée est fermée à clé cette fois-ci. Romane et toi vous débrouillerez pour te sortir de là.

 Je ne sais pas si je rentrerai ce soir, tout compte fait. On aura une conversation une fois que tu auras bien « mariné », toi aussi.

 À + ! Anthony.

 PS : Je t’ai laissé du PQ, mais pas de chasse d’eau, pour varier un peu. »


~ Silence musical ~


Plan rapproché, se resserrant progressivement autour du visage en décomposition de Marine.

Cut net au moment où sa douleur se transforme en rage.


Écran noir, mais ces derniers mots lui échappent :


  • Putain de…

CHIOTTES.


Carton :

~ Fin ~

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