La Théorie de l’Attachement,

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Par Sorel Lise,

Valentine se réveilla aussi impatiente qu’un jour de noël. La date tant attendue était enfin pour aujourd’hui, elle allait enfin rencontrer physiquement ce petit être qu’elle chérissait déjà depuis des mois. Bien sûr il y avait les échographies mais c’était flou et difficile de bien visualiser. Pour l’aider à se projeter elle avait déjà préparé sa chambre en appréciant chaque minute à rechercher, coordonner et agencer les éléments de décoration et les multiples jouets. Elle avait cherché des pièces uniques, du sur mesure pour correspondre parfaitement aux croquis qu’elle avait réalisé initialement. Elle vivait un moment charnière de sa vie et elle ne voulait laisser aucun détail au hasard.

Elle se leva doucement de son grand lit afin de prendre un bon petit déjeuner. Pour une date spéciale, il fallait des mets d’exception, ce serait donc crêpes au Nutella avec un chocolat chaud et des fruits frais. Elle prenait son temps pour profiter de chaque instant de cette journée et les graver dans sa tête. Elle était sereine et infiniment heureuse, elle repoussa bien loin toutes les réflexions qu’elle avait pu avoir ces dernières semaines. Oui elle était seule mais elle avait de l’amour et de l’énergie pour deux, oui elle vivait en appartement mais avec un bon agencement tout irait bien, oui elle travaillait beaucoup mais une fois venue elle saurait assouplir ses horaires et trouver un équilibre. A défaut du soutien, elle aurait aimé au moins souhaité de la bienveillance mais elle avait vite compris qu’elle devrait se protéger contre les préjugés et les bien-pensants. Elle s’était donc recentrée et avait bien redéfini ses priorités, pas uniquement pour elle-même mais pour eux.

Forcément, tout aurait été différent avec Victor, ils auraient pu se soutenir et avancer main dans la main. Lorsqu’ils s’étaient rencontrés, le courant était tout de suite passé les plongeant dans une discussion jusqu’au petit matin dans le port de Cassis. Elle était tombée amoureuse au fil des heures de sa fossette et de sa fougue. Il voulait sauver le monde plus que tout de sa propre décadence en faisant réagir la population. Son groupe était qualifié « d’extrémiste » par la presse mais il préférait parler de justiciers. Son charisme l’avait immédiatement séduite, il avait ce don que peu de personnes possédaient, celui d’emmener la foule. Il se souciait du bien-être de la Nature avec un grand N en englobant les végétaux mais également les animaux. Il avait tatoué sur son poignet « Homo homini lupus est » pour ne jamais oublier ce qui l’avait poussé à s’engager avec autant de ferveur dans l’écologie. Alors âgée de 21ans, elle buvait chacune de ses paroles avec avidité lui qui semblait apporter une réponse à toutes les questions de la vie.

Pendant, les années qui suivirent elle s’engagea à ses côtés et se donna corps et âmes. Elle était la princesse qui au lieu d’être sauvée, aide le preux chevalier à terrasser le vilain dragon, main dans la main. Sa vie avait trouvé un noble sens et elle se sentait dans le camp des gentils. Néanmoins, tard le soir, elle commençait à ressentir un vide, un manque. Au début, elle redoubla d’efforts mais rien ne venait combler ce vide. Elle ne pouvait pas en parler à Victor sous peine de s’attirer ses foudres sur son égoïsme et égocentrisme. Elle se devait comme lui de dédier son temps, son corps et sa vie à préserver la Terre. Tous ses besoins vitaux étaient satisfaits, n’avait-elle pas déjà tout ce dont l’être humain a besoin. Elle devrait un peu plus regarder autour d’elle plutôt que de se complaire dans sa recherche de satisfaction perpétuellement inassouvie.

Sans s’en rendre compte, il venait de lui donner le meilleur conseil de sa vie, elle se mis à observer plus attentivement son environnement. Ce manque qu’elle avait était là sous ses yeux depuis le début, en voyant les koalas prendre soin de leurs petits en Australie puis de voir les ours bruns du grand ouest américains protéger leurs oursons de la déforestation et enfin dans les rues de New York avec tous ces chatons à chaque coin de rue. Elle voulait toujours changer le monde mais elle avait enfin compris qu’il lui manquait la motivation ultime. Un petit être pour qui le monde valait d’être rendu meilleur.

Par la suite, Victor avait tout fait pour la dissuader mais sa décision était prise. Elle ne s’était jamais sentie aussi sûre d’elle et son aura qui jadis l’avait convaincu la laissait désormais de marbre. Elle le quitta emportant ses maigres affaires acquis pendant ses dis années à sillonner les contrées du globe pour venir s’installer au cœur de la France près des montagnes, à Lyon. Son expérience lui avait permis de trouver un emploi dans une entreprise familiale de chimie en tant que responsable de développement durable afin de conseiller, sensibiliser et mener des actions en faveur de l’environnement. Sa situation une fois stabilisée, elle avait pu entamer ses démarches et en arriver à aujourd’hui.

Le téléphone sonna brisant le silence paisible qui y régnait, Valentine ne s’attendait pas à avoir de nouvelles mais peut être qu’un de ses proches se souvenaient de la date et voulaient être là pour elle. Son cœur se gonfla de joie mais à la vue du numéro qui s’affichait il se glaça immédiatement. Elle décrocha et la secrétaire de la clinique lui indiqua que des complications se profilaient au vu des dernières analyses effectuées et qu’elle devait venir rapidement. Elle raccrocha difficilement, sa main tremblait et se raidissait à vue d’œil. Elle entama des exercices de respiration pour ralentir son pouls qui s’était emballé. Elle devait faire confiance aux professionnels, elle s’habilla rapidement, pris son sac dans l’entrée et monta dans sa voiture. La route, contre toute attente, fut rapide et sans encombre. Elle se gara et se rendit directement à l’accueil où la secrétaire l’accueillit avec douceur.

Elle lui annonça que, dans l’urgence, ils avaient fait au mieux et qu’il n’avait pas pu atteindre son arrivée pour intervenir. Elle avait malheureusement manqué l’instant crucial mais en suivant la secrétaire dans le couloir qui la conduisait vers son avenir plus rien n’importait. Valentine ouvrit la porte et entra d’un pas chancelant, quand leurs yeux se croisèrent, elle comprit ce que signifiait vraiment aimer.

Il était tout simplement parfait, il se redressa sur ses pattes pour venir la saluer. Elle le prit dans ses bras et caressa ses poils duveteux, il était déjà grand mais les Mainecoon étaient reconnus pour être imposants. La secrétaire lui expliqua qu’elle pourrait repartir avec lui après le sevrage complet soit environ deux mois. Il faudrait remplir quelques documents administratifs afin de finaliser l’adoption. L’assistante était perplexe face à cette femme, militante bien tranchée qui condamnait depuis une dizaine d’années dans toutes ces apparitions les personnes ayant des enfants qui détruiraient à leur tour la planète mais qui berçait cet animal à la manière d’un nourrisson. Elle sortit de la pièce et referma doucement la porte derrière elle.

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