Naelya
Quelques feuilles et branchages se brisaient sous ses pas enjoués, tandis qu’un fagot de bois ballottait contre l’épaule de Kenael. En route vers le village, il ne pouvait s’empêcher de constater que la forêt était à l’image de son état d’esprit : verdoyante, animée par un léger souffle de vent. La canopée filtrait les rayons du soleil en une douce chaleur, comme pour illuminer la rouge chevelure de Kenael.
Satisfait de sa journée, le jeune homme était impatient de prendre dans ses bras la femme qui, depuis quelques mois, parvenait à lui faire oublier les peines et les souffrances laissées par sa vie de vagabond.
En quelques minutes, le bûcheron passa devant les premières chaumières du village. Une vieille dame, la mère de sa muse, l’attendait à quelques mètres de chez lui. Kenael lui sourit, mais le regard embué de larmes qu’il reçut en réponse lui glaça le sang. Inconsciemment, son pas ralentit, jusqu’à se retrouver face à sa belle-mère. D’une voix tremblotante, il murmura :
— Où est-elle ?
La main de la vieillarde se crispa contre son bras, tandis qu’elle baissait les yeux, abattue par le chagrin. La gorge sèche, l’angoisse submergea le cœur du vagabond. Ignorant la vieille femme, Kenael se mit à courir aussi vite qu’il le put. Mû par l’urgence, il se sentait plus vif et rapide. Les arbres et branchages filèrent devant ses yeux.
Jusqu’à la retrouver enfin.
Comme si cela avait la moindre chance d’en changer l’atroce vérité, Kenael s’approcha lentement du corps aimé, étendue inerte au sol. La pluie commença à heurter son visage, se mêlant aux larmes glissant sur ses joues. Paralysé un court instant face à elle, les gouttes devinrent perles de sang. Kenael tomba à genoux et la prit dans ses bras. Il ne pouvait détacher son regard de ses iris vides, dénués de la pétillance dont il était tombé follement amoureux. Ses longs cheveux dorés étaient à présent teintés d’écarlate. Son visage, d’ordinaire si solaire, était gravé en une grimace de terreur.
— Naelya…
Kenael ferma les yeux, se laissant aller à son chagrin. Lorsqu’il les rouvrit, seuls le sang et les flammes l’accueillirent, cerclant le pâle visage de la jeune femme. Un cri de rage déchira l’air, alors que la tête du guerrier basculait en arrière.
Il hurla à s’en brûler la gorge, alors que le monde s’effondrait autour de lui en un tourbillon. Et que tout s’obscurcisse…
******
Cette nuit-là, Kenael fut incapable de retrouver le sommeil. Poing crispé, son regard glissa vers son épée. Aujourd’hui encore, le sang allait couler.
Pour elle.

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