Chapitre 2 : Nouvelle inattendue
- « Bleda ! Où est-elle ? »
- « Egon ! Arrête de m’appeler comme ça je te dis, si tu veux ma coopération. Ça me gonfle. On est au 21ème siècle, merde ! »
Ho-Jin tape frénétiquement sur le clavier relié à son installation informatique d’avant-garde. Différentes cartes apparaissent sur les nombreux écrans en face d’eux, différents lieux, pays, villes. Cela fait bien une bonne semaine que les recherches s’effectuent pour retrouver la jeune femme. Mais, rien. Aucune trace de Lisa. Ses coordonnées qu’Ho-Jin a réussi à scanner restent inconnues au système. Même les données numériques de Lisa sont résistantes aux pouvoirs de localisation du Petit Prince. Egon est debout derrière lui, serrant fermement le dossier de la chaise où est installé Ho-Jin, scrutant les moindres anomalies qui pourraient se montrer et leur donner n’importe quel indice, aussi infime soit-il.
- « Revois les mesures que tu as prises. Il doit y avoir un truc qu’on a loupé.
- « Egon… Elle résiste aux pouvoirs des démons mais aussi aux notre. Je ne sais pas quoi faire.
- « Non. Ses pouvoirs latents se sont réveillés lors du rituel. Elle est devenue à ce moment là un véritable GPS ambulant tant sa puissance était forte. Je n’avais jamais vu ça chez une enchanteresse auparavant. Jamais. Si tu ne la localises pas, c’est qu’elle ne veut pas être retrouvée. »
Dans un soupir de dépit, Egon se retire et se dirige vers l’antique bibliothèque derrière eux. Il y a là une petite table ronde en bois verni sur laquelle est installée une machine à café dernier cri et des capsules de couleurs diverses, ce qui donne un effet assez incongru dans un décors ancien de plusieurs siècles. Egon prend une tasse qui se trouve à côté de la machine, la pose sur son réceptacle, insère une capsule dorée dans le compartiment de la machine et appuie sur le bouton indiquant deux tasses. Le bruit sourd du liquide chaud qui se déverse dans la tasse à café couvre à peine les cliquetis frénétiques fait par Ho-Jin sur ses différents claviers. Mais toujours les mêmes messages de la voix ultra féminine de l’intelligence artificielle Leila ponctuent le bruit tel un étrange concerto : « Coordonnées inconnues. Cible non localisable. »
- « Aegeus a raison, Bleda. Tu devrais entrer d’autres coordonnées. Lorsque tu prends les mesures de personnes, tu te bases sur leur patrimoine génétique n’est-ce-pas ?
- « HO-JI …. » Mais Ho-jin n’insiste pas dès qu’il réalise qui a parlé. C’est Octavius l’Ancien, qui vient de rentrer dans la pièce, suivi de Mandrin, le bras gauche emplâtré sous la forme d’un angle droit, complètement émerveillé par ce nouvel environnement. Octavius est le seul qui a le droit de tous les appeler par leur nom d’origine. Il est le chef. On ne discute pas ses paroles.
- « Euh… oui, Octavius. Entre autres. Mais pas seulement. »
- « Parfait. Je veux que tu fasses un test. Tu rentres les données de mesure basées sur la génétique d’Aegeus. Uniquement ça. Et redis-moi ce que ça donne. »
Egon qui sirote tranquillement son café serré s’interrompt et manque de s’étouffer.
- « Pourquoi ? Pourquoi mes données génétiques ? Je suis là !
- « Oui, Aegeus, tu es là. Mais j’ai une théorie que je voudrais vérifier.
- « Oui ? C’est-à-dire ? » Demande Egon perplexe.
- « Ah oui, justement, je t’expliquerais si ma théorie se confirme. » Répond l’Ancien avec un sourire en coin.
- « Non Octavius. Dis-le-moi maintenant s’il te plait. »
Octavius se gratte la gorge pour se préparer à énoncer sa théorie, réfléchit un peu puis se lance :
- « Aegeus, tu as bien connu Lisa, n’est-ce pas ?
- « Que veux-tu dire l’Ancien ?
- « Disons que, lorsque je l’ai interrogé et lui ai brièvement expliqué qui on était et les raisons de notre existence, elle était prise de malaises. Puis j’ai pu aussi observer une très forte sensibilité qu’elle avait aux odeurs. J’ai d’abord mis ça sur le compte du choc des informations, qui sont, j’en convient difficiles à assimiler pour le commun des mortels. Mais étant donné que l’insémination artificielle auxquelles ont procédés nos ennemis…
- « QUOI ??? Mais de quoi tu parles l’Ancien ? » Egon l’interrompt. Il tente de comprendre ce qu’essaie de lui communiquer Octavius.
- « C’était un rituel magique ou je ne sais pas. C’était extrêmement malsain en tous les cas, comme tous ce que font ces maudits démons.
- « Non Egon… C’était certes une cérémonie sacrée pour eux mais ce n’était qu’une mise en scène. C’était tout ce qu’il y a de plus scientifique. Ils l’ont inséminé, comme on le ferait à une jument.
- « Je ne comprends pas l’Ancien. S’ils l’ont effectivement inséminée c’était APRES que tu l’ais vu. Ça n’explique pas ses… »
Egon s’interrompt. Il commence à saisir, comme en témoigne la pâleur de son teint. Un autre a aussi compris de quoi il pourrait s’agir et Mandrin pense judicieux d’illustrer les propos du vieux sage :
- « Ah oui, c’est ce qui est arrivé à ma cousine ! Elle ne supportait plus les odeurs, surtout celles des cuisines et allait vomir toutes les demi-heures. Au début on a cru à une simple gastro mais après un test de grossesse, tadaaa ! Ben elle attendait mon petit cousin Maxime. On a fait la fête évidemment ! Son mari moins, car c’était le quatrième. »
Octavius regarde Egon avec un petit sourire malicieux :
- « D’après ma théorie, nous allons très vite savoir si l’insémination des Démons a fonctionné, et si ce n’est pas le cas, nous allons savoir pourquoi.
- « Oui ! La place était déjà prise ! » Rajoute Mandrin dans un éclair de génie. Egon le regarde avec des yeux effarés.
Octavius pose sa main sur l’épaule du Loup et lui dit doucement :
- « Je me doutais bien que tu avais connu cette fille un peu plus… disons intimement. »
Egon réfléchit à toute vitesse puis rétorque :
- « Non, ça ne fait pas de sens. Les symptômes de grossesse n’arrivent pas si vite habituellement. Ses malaises viennent tout simplement du trajet, qui était fatiguant et puis on n’avait pas beaucoup dormi la nuit d’avant… »
Tous les hommes présents regardent Egon d’un air entendu, tous avec ce léger sourire qui veut tout dire et qui est parfaitement exaspérant pour le principal concerné.
Egon se met à rire et leur dit, sûr de lui.
- « Non, les gars ! Sans déconner… C’est ridicule ! Je sais bien qu’on a été transformés génétiquement ce qui nous confère de super pouvoirs mais… quoi ? J’ai une semence… normale !
- « Oui, avec des femmes ou des enchanteresses… normales. Lisa est une sorte de super enchanteresse, avec des ascendances démoniaques, ce qui est tout à fait inédit ! Alors si on lui donne une semence d’un super guerrier, cela pourrait accélérer considérablement le processus ! Mais bon, ce n’est qu’une théorie. Et ma théorie sur le fait de repérer quelqu’un d’après ses gênes n’a pas encore était vérifié. Bleda ? Où en es-tu ? »
Ho-Jin, fasciné par la discussion se ressaisit d’un seul coup et déclare :
- « Igen ! Boscànat l’Ancien. Je regarde ça tout de suite. » (Oui ! Pardon l’Ancien.)
Il se remet à tapoter avec encore plus d’enthousiasme sur ses différents claviers. Il veut voir si cette théorie fonctionne et surtout, si un petit louveteau est en chemin.
Alors qu’Ho-Jin pianote son clavier à une vitesse phénoménale, entrant les coordonnées d’Egon incluant toutes ses données génétiques, tout le monde a les yeux rivés sur les écrans, attendant une réponse. Soudain le défilé de caractères runiques s’interrompt. Une carte apparait, celle de la Hongrie, puis se focalise vers le nord-est du pays pour indiquer le monastère où Egon se trouve effectivement. Leila confirme de sa voix suave :
- « Cible repérée : QG de la confrérie. Proche du Monastère de Bélapàtfalva, Hongrie. »
- « Ah ! Vous voyez ? Elle m’a repéré ici, c’est tout ! Il n’y a rien ! » Dit Egon, rassuré d’abord.
- « Bon, au moins, on sait que la reconnaissance génétique fonctionne. » Rajoute Ho-Jin. « Ce qui est absolument génial et va nous permettre de trouver des personnes beaucoup plus précisément. Merci l’Ancien ! Vous êtes un génie. »
- « Mais de rien mon cher Bleda. » Puis il se tourne vers Egon. « Je suis désolé de t’avoir donné de faux espoirs. A moins que je t’aie fait peur ? »
Egon est pensif. Il est soulagé mais étrangement déçu aussi. Permettre à une femme de donner la vie est l’une des plus belles choses qu’il ait réussi à faire dans sa longue vie et dont il est le plus fier. Peut-être parce qu’il a trop souvent été confronté à la mort ?
- « Oui. Et non. » Répond-il à Octavius. « Et on n’a toujours pas localisé Lisa… »
Octavius lui frotte le dos, pour le réconforter. Il a l’air désolé de cet échec et devient bien plus soucieux. Peut-être qu’Egon avait raison après tout. Ce n’était peut-être que la fatigue du voyage et le contre-coup de toutes les émotions qui avaient submergé Lisa en si peu de temps.
Mandrin voit la mine déconfite d’Egon et cela lui brise le cœur. Il le prend par l’épaule et lui dit :
- « Ne vous inquiétez pas, Egon. On va la retrouver. Je suis sûr que le Capitaine Garcia et L’inspecteur Székéres vont trouver de leur côté de nouvelles pistes à Budapest.
- « Oui, peut-être… En attendant, j’espère juste qu’elle est toujours en vie. Ou qu’elle n’a tué personne... »
Soudain une voix ultra féminine et sensuelle brise le silence pesant qui commence à envahir l’atmosphère :
- « Correspondance génétique proche de la cible, Egon Guidrish Farkas, trouvée. Localisation : CHU et sanatorium d’Istanbul. Turquie. Autre information génétique impossible à déterminer. Données génétiques anormales. »
Ho-Jin se jette sur son clavier et ordonne à Leila :
- « Enregistre ces données génétiques anormales et place les sous le nom Lisa Mauragnier ! »
- « Très bien. Données génétiques anormales enregistrées sous le nom de Lisa Mauragnier »
Tout le monde est fixé sur les écrans. Lisa a été repérée, finalement. Elle est devenue trouvable. Mais tous s’interrogent. Pourquoi un hôpital ? Et que fait-elle en Turquie ? Egon commence sérieusement à s’inquiéter. Quel est le rapport avec le reste ? Cela dit, si les démons font des expérimentations génétiques, il est logique qu’ils investissent les hôpitaux et les centres de recherche. Pourquoi n’y avait-il pas pensé avant. Soudain une violente tape dans le dos le sort de ses pensées. Il se retourne. C’est Mandrin, tout souriant, les bras grands ouverts, avec son bras gauche plâtré à l’étrange angle droit, et lui déclare avec une joie immense :
- « Félicitation, Aegeus… ou Egon…
- « Egon.
- « Vous allez être papa ! »
Egon le regarde l’air grave, ce qui met très mal à l’aise le jeune policier français, qui balbutie quelques vaines excuses. Quand soudain, un immense sourire fend le visage du guerrier avec une pointe de fierté dans les yeux. Il donne alors une tape énergique dans le dos de Mandrin qui manque de s’étouffer et lui répond :
- « Köszönöm szépen, a baràtom! (Merci beaucoup, mon ami !)
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