Chapitre VI partie 2

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Des coups contre la porte de sa chambre le réveillent en sursaut.

— Sire voyageur, votre bain est prêt. Puis-je entrer ?

Chris se relève.

— Bien sûr, entre.

Le jeune homme arbore un large sourire. Du haut de ses seize ans, son physique tranche radicalement avec celui de son père : une silhouette mince, d’environ un mètre soixante-dix, avec de grands yeux marron qui illuminent son fin visage, tandis que de longs cheveux brun, légèrement bouclés, lui tombent dans la nuque.

— Tu dois être Elöhan ?

— C’est bien cela, sire, répond le jeune homme d’un ton enjoué. Sans vouloir vous brusquer, la salle de bains est juste en face de votre chambre. Vous n’aurez qu’à déposer vos vêtements dans le couloir et je m’occuperais de les laver.

— D’accord… mais que vais-je porter pendant ce temps ?

— ne vous inquiétez pas, il y a tout ce qu’il faut dans la salle de bain, le temps que l’on s’occupe de vos vêtements.

— D’accord, merci beaucoup, Elöhan.

— Je vous en prie, sire, c’est la moindre des choses.

Chris le salue, avant de se diriger de l’autre côté du couloir.

La salle de bains est une petite pièce sans fenêtre, avec une grande bassine en bois au centre, un paravent pour se changer, ainsi qu’une coiffeuse sur laquelle une multitude de brosses et peignes en tous genres sont étalés. De gros pains de savon marron sont posés dans une coupelle sur une petite table, et une corde, au bout de laquelle pend une clochette, descend du plafond juste au-dessus.

Après avoir fait un tas de ses vêtements, Chris les donne à Elöhan en passant un bras par la porte. Une fois cette dernière verrouillée, Chris se glisse doucement dans l’eau chaude qui dégage un doux parfum d’onguents. La bassine, bien que rudimentaire, s’avère confortable, et sa belle taille lui permet même d’allonger son mètre quatre-vingts, ne laissant que son visage hors de l’eau. Après une si longue journée, c’est avec plénitude qu’il se délecte de ce moment de détente bien mérité.

Lorsqu’il baisse les yeux, il remarque que la clé scintille – son éclat lui est toujours aussi apaisant. À tel point qu’il se perd dans sa contemplation. Malheureusement, à peine dix minutes s’écoulent avant que l’eau ne refroidisse au point de lui glacer le sang. Sans vraiment y réfléchir, Chris saisit la clé qui rougeoie, puis de grosses bulles réchauffent instantanément l’eau autour de lui.

Emporté par la douce chaleur qui l’enveloppe, ses yeux se ferment tandis qu’il sombre dans un sommeil bienvenu.

— Sire voyageur, est-ce que tout va bien ? Vous êtes dans votre bain depuis presque une heure, demande Elöhan de l’autre côté de la porte.

— Oui… tout va bien ! répond Chris en reprenant ses esprits. Je sors dans un instant.

— Bien, sire. Prenez votre temps, je patiente.

Chris se presse de se rincer avant de sortir du bain. La grande serviette qui pend au paravent est douce et sent l’herbe fraîchement coupé. Il s’emmitoufle dans le peignoir avant d’ouvrir la porte. Elöhan lui tend ses vêtements avec un grand sourire.

— Merci infiniment, Elöhan !

— Je vous en prie, sire ! C’est avec plaisir !

Le jeune homme fait une révérence maladroite, puis s’éloigne en direction de la salle de banquet d’où montent de la musique et des chants. Chris referme la porte pour s’habiller et le parfum que dégagent ses vêtements propres le surprend.

« Comment ont-ils fait ? »

Lorsqu’enfin il descend pour se restaurer, l’auberge est animée d’une ambiance bon enfant et les gens rient. Elöhan et son père s’affairent à servir le repas tandis qu’une femme s’active en cuisine. Inquiet de ne pas savoir sur qui il pourrait tomber en s’installant dans la salle, Chris décide de rester au comptoir, à proximité de la sortie.

— Bonsoir, voyageur ! Votre bain était agréable ? demande l’aubergiste avec un large sourire avant de déposer une assiette de soupe fumante.

— Très, merci. Et merci pour les vêtements.

— Pas de quoi. Je m’appelle Löghan, meilleur aubergiste de Bärglade !

L’homme lui tend sa main droite.

— Chris… enchanté de vous connaître.

Chris lui attrape la main et sent aussitôt ses os craquer.

— Mangez pendant que c’est chaud, dit Löghan en indiquant l’assiette fumante. C’est la meilleure soupe de Champardons que vous pourrez trouver dans tout le pays de Borest !

Tiraillé par la faim et le délicieux fumet, Chris englouti son assiette. Puis, sans qu’il ait à le demander, Löghan le débarrasse en lui en apportant une autre remplie de viandes en sauce et de légumes. La bonne odeur qu’il avait senti à son arrivée lui revient aux narines.

— Ragoût de Buglons aux légumes épicés, spécialité de Löinda, ma femme.

Chris est subjugué. Les morceaux de viande sont généreux et fondants, tandis que la sauce et les légumes sont épicés juste ce qu’il faut. Un véritable délice.

Chris s’apprête à demander de quoi boire à son hôte, lorsque Löghan lui sert un grand verre d’un vin sucré et épicé, à la couleur rappelant le jus de carottes.

— Vous voulez encore du ragoût ?

— Oh oui ! Avec grand plaisir !

L’ambiance est festive et Chris s’amuse du trio de ménestrels qui interprètent des chants amusants qui parlent de seigneurs et de batailles. Les noms qu’ils lancent à la foule lui sont parfaitement inconnus.

« Probablement des personnages folkloriques ou issus de contes et légendes locaux. » s’imagine-t-il.

Après avoir englouti sa deuxième assiette de ragoût, Löghan lui apporte un dessert.

— C’est de la tarte de Boudrons rouge, vous m’en direz des nouvelles ! lance-t-il en déposant l’assiette généreusement garnie.

— Qu’est-ce que c’est le Boudron rouge ? demande Chris, en pensant au thé aux araignées de Thèoffric.

— C’est une petite baie qui pousse sur un buisson rempli de piquant très urticant. On les ramasse au début de l’automne, c’est notre première récolte de l’année. Ma femme, est la reine des tartes, et moi le roi pour les manger ! C’est pas pour rien que je suis si gros !

Löghan éclate d’un rire franc et spontané, tout en frappant la paume de sa main droite sur son ventre.

Le silence s’impose soudain dans la salle bondée. L’un des ménestrels s’avance sur la petite estrade et même Elöhan et Löinda sortent de la cuisine pour l’écouter. Tout en grattant nonchalamment sur son étrange guitare à trois cordes, il déclame un magnifique poème sous les regard ébahis des clients.


Jadis, en des temps troublés.

Le monde, les forces du mal envahissaient.

Grandes furent les batailles et les conflits.

Où nombre de soldats perdirent leur vie.

Enfin, le jour sacré de sa venue.

Quand de par l’autre monde, l’élu parut.

Le pouvoir ancestral qu’il détenait.

Devait un jour, ramener la paix.

Au plus profond du néant, il combattit.

Les monstrueux habitants des terres impies.

Et au-delà des mers et des monts.

Il renvoya, pour l’éternité, ces démons.

La vie, de par le monde, reparut.

Et depuis lors, se chante la légende de l’élu.


Le troubadour fait une révérence, son grand chapeau à la main, et l’assistance éclate dans un tonnerre d’applaudissement, tandis qu’une pluie de pièces de monnaies tombe tout autour de lui. Certaines personnes pleurent, tandis que d’autre embrassent leurs mains jointes.

— Quel est ce poème ? demande Chris.

— Vous ne connaissez pas la légende de l’élu ? s’étonne Löghan.

— Euh… non... je ne suis pas d’ici, vous savez… bafouille Chris.

Löghan plisse les yeux en le scrutant.

— Une légende dit que, lorsque les Vilainards tentèrent de conquérir le monde, ce n’est pas Pliöth et son armé qui les vainquirent, mais un être venu d’un autre monde et pourvut de grands pouvoirs. Quand ce dernier retourna d’où il venait, Pliöth récupéra le seigneur Osth, qui avait été fait prisonnier et s’attribua tout le mérite de la victoire contre les Vilainards. Il aurait ensuite fait disparaître toutes personnes cherchant à contredire sa version de l’histoire, par cupidité pour le trône du royaume de Borest...

Il marque une pause et secoue la tête, l’air désolé.

— Le Grand Prêtre Miriël nous ferait probablement exécuter s’il apprenait que l’on chante les louanges de l’élu dans mon auberge. Il ne vaut pas mieux que cet usurpateur de Pliöth ! Gloire à l’élu ! hurle-t-il soudain en levant son verre.

La foule de l’assistance le suit avant de descendre leurs verres d’un trait. Ne voulant pas attirer l’attention, Chris trinque. Lorsque leurs coupes s’entrechoquent, il perçoit dans le regard de Löghan une lueur d’interrogation à son égard. Son ignorance de leurs us et coutumes n’a pourtant rien d’exceptionnel. Pourtant, à plusieurs reprises durant la soirée, Chris sent le regard de Löghan lui peser, comme s’il savait quelque chose que lui ignorait encore.

Peu de temps après, Chris regagne sa chambre. Cette longue journée ainsi que ce copieux repas ont raison de ses dernières forces. Il verrouille la porte de sa chambre à double tour, avant de la bloquer à l’aide de la petite table et du tabouret. L’atmosphère y est chaude malgré le manque flagrant d’isolation et les étranges lunes qui brillent dans le ciel baignent la pièce d’une douce lumière bleutée. Une fois de plus, malgré le poids ses pensées, Chris n’a aucun mal à s’endormir.

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