Rignac 24 novembre – Charlotte

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Charlotte était seule, assise, les jambes repliées sous elle, sur l’un des Chesterfield du salon. Elle faisait face au portrait de Ljubica, peint par Lefebvre en 1813. Avec son teint mat, ses traits affirmés mais finement dessinés, la jeune Serbe devenue Baronne d’Empire, avait un air guilleret. Elle paraissait illuminer de ses 23 ans la pièce sombre du vieux manoir. A côté du tableau, posée sur une console, une photo prise 60 ans plus tard à Chislehurst, peu après les obsèques de l’Empereur Napoléon III, sur laquelle elle apparait encore droite, élégante, racée. Elle porte sur sa robe sombre, hommage sans doute à l'Empereur disparu, la croix de la Légion d’Honneur qu'il lui avait remise en 1855.

Charlotte était troublée. Le regard profond de Ljubica sur la toile la mettait presque mal à l’aise, elle ne s’expliquait pas pourquoi. Elle avait le sentiment irrationnel de se trouver devant un personnage tiré d’un roman Gothique.

Charlotte avait tenu tête à cette jeune commissaire Parisienne plus par réflexe anti-flic, l’héritage de son grand-père… que par hostilité à l’égard de cette femme qui lui était, au fond, plutôt sympathique. Chez Cécile, elle avait perçu, sous l’allure militaire, une profonde humanité. Elle avait deviné qu’il y avait eu quelque chose entre elle et Rignac et s’était même demandé un instant pourquoi le Baron n’était pas resté avec cette femme qui paraissait être de sa race. Trop sans doute. Deux personnages dotés d'aussi forts caractères ne pouvaient probablement pas se supporter trop longtemps… Le vieux colonel Corse était le seul qui l'avait impressionnée. Pourtant il ne lui avait presque pas parlé et peut-être d'ailleurs était pour cela. Paradoxalement elle lui trouvait aussi un coté rassurant, un peu comme un vieil oncle bourru que l'on redoute mais sur lequel on sait pouvoir compter.

Elle prit son carnet et essaya de dessiner pour se changer les idées, mais, chose rare, l’inspiration n’était pas au rendez-vous. Elle ne voulait pas se l’avouer mais cette histoire avec la présence d’un tueur sadique dans les forêts sombres qui entouraient le manoir, l’avaient profondément choquée. C’était une chose d’inventer une histoire horrifique pour faire la maligne pendant un rendez-vous amoureux mais une autre de la vivre…

Des pensées obsédantes lui trottaient dans la tête. Au fond elle ne connaissait pas Rignac. L’homme était élégant, charmant, cultivé mais tout de même étrange. Quelle idée avait-elle eu de vouloir partir seule avec lui, en plein hiver dans ce coin de nulle part ? Malgré elle, elle réfléchissait, Rignac pouvait-il avoir eu le temps de tuer un type sur le quai avant d’aller la retrouver ? Elle se dit que cela était probablement possible pour quelqu'un sans doute bien entrainé. Elle repoussa cette idée presque avec colère mais la peur, insidieusement, se glissait en elle.

Elle essaya de se rassurer : elle avait cru comprendre qu’un témoin avait parlé d’une femme… mais aussitôt d’autres pensées sombres revinrent l’assaillir. Et Anne ? Bien sûr elle était là quand ils étaient arrivés mais n’aurait-elle pu faire le voyage ? Cette femme aussi était vraiment étrange. Elle dégageait un magnétisme brut, une sensualité sauvage. Qu’est-ce qui lui avait pris de l’embrasser et de se mettre à poil devant-elle ?

- Non, tu es idiote, tu es en train de dérailler complètement ça ne peut pas être lui, ni Anne. Se murmura-t-elle à elle-même.

Elle sursauta, Rignac venait d’entrer dans le salon.

- Ca va mon cœur, tu parles toute seule ? Rignac lui prit la main et l’attira à lui, elle eut un frisson mais ne put résister à l’envie de se coller contre son torse. Lorsque Rignac la renversa sur le divan, elle eut l’impression troublante et dérangeante que les deux Ljubica les observaient.

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