Sous le vieux cerisier

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Sous le vieux cerisier, je t’ai attendu des milliers d’années.

Quand arrêteras-tu de me faire souffrir en silence ?

Je n’en peux plus, mon sang maudit bouillit.

Je ne veux pas te blesser… Quelle est donc cette souffrance ?

Explique-moi, je t’en supplie !

Sous ce ciel ennuagé, tous tes vœux, je les entendais.

Restant sourde à tes désirs, j’avançais jusqu’au vieux cerisier.

Cette année, sa floraison sera empoissée par nos ambitions.

Le savais-tu ? Tous ces souhaits maléfiques sont une addiction.

Bientôt, le courroux des cieux nous engloutira.

Je me demande quand, finalement, tu reviendras.

Seule en ce monde, je ne peux que regarder la lune brisée.

Seule en ce monde, je ne peux qu'espérer.

Seule et brisée. Seule et brisée. Seule et brisée.

Je ne parviens plus à espérer, comme dans nos jeunes années…

Quand feras-tu s’arrêter tout cela ?

Serais-tu incapable de m’achever ?

Je t’en veux, toi qui m’as scellée là.

À quoi cela te sert ? Serait-ce une vengeance ?

Tu m’as laissée sous le vieux cerisier faiseur de souhaits.

Je suis la seule à pouvoir les réaliser. Sang démoniaque !

Serait-ce finalement l’heure ? J’entends ta voix chantonnante.

Je vais te punir, tu vas le regretter. Désir pathétique !

Éloigne-toi de moi, loin de cette envie. Si envoûtante.

Je vais tout détruire, c’est une promesse !

S’il-te-plait fuis ! Cet autre moi est là !

Tu ne pourras pas me purifier, prêtresse !

Le sang démoniaque me brûle, à l’intérieur.

Cet appel n’est plus que fureur.

Toi qui es devenue ma traîtresse,

Comment oses-tu te remontrer sous ce ciel orageux ?

Cela est arrogant, laisse donc faire l’envieux !

Prenant une branche du cerisier fleurit,

Je murmure : aujourd’hui, un rêve oublié a abouti !

D’une voix saccadée, je hurle le sortilège.

Mais en voici un des plus beaux ! Je lance l’ultime sacrilège.

Je me souviens de tous tes souhaits. Entendus sans l’être.

Ah… Je m’en veux un peu. Pourquoi n’es-tu pas venue plus tôt ?

Je vois dans ta main crispée, tout encornée une lettre.

Je ne comprends pas vraiment. Serait-ce la faute de mon ego ?

Mon sort t’atteint de plein fouet, tu t’effondres.

Je m’en veux. Ton corps est en train de fondre.

J’appelle à l’aide. Le cerisier se plie sous le vent.

Je ne suis qu’un démon, mais sauvez-la !

Écoutez donc ce souhait pathétique !

Écoutez donc cet être démoniaque !

Elle ne ressentait plus cela depuis très, très, longtemps.

La prêtresse qu’elle aima, la scella.

Il y a plusieurs millénaires.

Cependant, après tout ce temps, aujourd’hui vengeance fut accordée.

Mais voilà, que le rêve édulcoré se retourne contre elle. Empoisonné.

Les branches du cerisier caressent doucement la tête de la démone.

Ses larmes ne veulent pas se tarir. Elle souffre, tant elle la nomme.

Le sceau brisé, ne restant qu’une lettre sans pareille !

La démone l’ouvre, pleurant à chaude larme et hoquetant.

La lettre n’avait pas vu le jour depuis un ancien temps.

Les mots qui y étaient écrits… Brisèrent, brisèrent, à jamais !

Prenant le sabre, seule restant de l’aimée, elle le sortit de son fourreau.

S’asseyant, sous le ciel maussade, elle s’entoura de la douceur du cerisier.

Elle planta la lame dans sa poitrine, finissant son concerto.

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