Miroir chinois, ô beau miroir chinois, dis‑moi qui je suis ?

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Si j'étais un animal, si tant est qu'il fût réel, je serais un dragon. Selon le calendrier chinois, l'année 1976 lui est associée et cela tombe bien, puisque c'est celle de ma naissance. Il peut paraître très solitaire et rustre. Il a besoin de grands espaces et de liberté. On ne titille pas un dragon pour lui voler ses trésors, et encore moins durant son sommeil. Il se montrera terrible, gare à vous, vous seriez vite brûlé dans son jet de flammes ! Agressé, il fera le dos rond, protégé par ses grosses écailles et l'art de se défendre. Cependant, le dragon a un point faible, caché sous son poitrail. Une simple flèche visée vers cette région anatomique pourrait l'anéantir complètement. Celui ou celle qui gagnera sa confiance aura néanmoins à ses côtés un compagnon loyal, droit et persévérant.

Si j'étais un végétal, je serais de l'avoine, en flocons, s'il vous plaît, bouillie dans de l'eau légèrement salée ou du lait cru, jamais sucrée autrement qu'agrémentée de banane, fraises ou morceaux de pomme. J'adore le craquant des cerneaux de noix et la douceur des amandes qui viennent couronner mon porridge. Que je l'aime. Qu'il me manque quand je suis à l'hôtel et qu'il m'est impossible de la cuisiner avec passion. Elle est mon plein d’énergie pour démarrer la journée de travail ou pour réussir ma sortie longue du dimanche.

Si j'étais un pays, je serais celui rêvé des grands espaces, où l'océan et les montagnes se rejoignent. Je serais la Patagonie, en raison de mon tempérament froid et des humeurs aussi variables que les vents sur la Terre-de-Feu. Pourtant, je n'aime plus le froid, tout comme je déteste les fortes chaleurs. Alors, finalement, si j'étais un pays, je serais celui où je n’aurais pas besoin de gros manteaux, juste de ma casquette et d’un gilet, libre et heureux, entouré de gens qui ne vivraient que d'amour et de partage.

Si j'étais un sport, la réponse est évidente, ce serait la course à pied. Elle m'apporte depuis plus de dix ans sérénité, calme, introspection. Elle me procure à la fois jouissance, estime de soi, confiance en moi. J'ai couru de nombreux marathons à travers le monde. J'ai appris à me discipliner, à sortir de ma zone de confort, à garder le cap et à tout faire pour arriver au but, quitte à passer par des chemins tortueux.

Elle est complexe, aux accords et aux rythmes multiples. J'aime quand elle devient technique et électrique, à la fois mélodique et planante, souvent psychédélique, parfois bruyante et brutale. Des instruments qui ne sont a fortiori pas assortis, harmonium, flûtes traversières, violons, batterie et tambours, synthétiseurs et guitares, fusionnent et explorent les sens à travers des harmonies jazz, rock ou classiques : je serais rock progressif.

En y regardant de plus près, je me rends compte que tous les jours, je tape des quantités de mots sur un clavier QWERTZ. Il me semble que quelques touches me chatouillent bien souvent les doigts, semblables à une aiguille. Celles qui ne me permettent pas de faire les accents ou la cédille. Enfin, surtout celles des accents aigu ou grave, qui manquent tant sur un clavier AZERTY.

Je ne tiens à rien de moins que mon couvre-chef. Pas cette vulgaire casquette de baseball, que l'on porte la visière de travers sur le front. Elle est plate, légèrement bombée, arrondie et sa visière est courte. Ce n'est ni un béret, qui serait pour le coup trop basque, ni un gavroche, trop parisien. Sa matière lui donne quelque chose de plus snob, et tient chaud, c'est de la laine vierge, un Harris Tweed pour être plus exact. Mon vêtement préféré est ma casquette anglaise.

Il existe un tas d'objets divers, mais il en est un qui est multi-usage. Utilisé par l'armée suisse, il possède en général deux lames, une grande et une petite, un tire-bouchon, un ouvre-boîte et un ouvre-bouteille, ainsi qu'un poinçon. Le nec plus ultra, c'est quand un ciseau et un tournevis s'y cachent également. C’est un outil idéal pour de longues journées de randonnée ou pour réaliser un tas de petites réparations de tous les jours. Un beau jour, je l'avais oublié dans mon sac à dos au lieu de le ranger dans ma valise. Il m'a laissé un vide et m'a rendu fort triste, le jour où, à l'aéroport, j'ai dû abandonner l'exemplaire que je possédais depuis ma plus tendre enfance, offert par papa. Il était gravé de mon prénom, Alexandre.

Je ne suis fan ni des Verts de Saint-Étienne, ni des Verts de Mönchengladbach. Pourtant, le vert est ma couleur préférée. Il paraît qu'il s'agit de la couleur de l'espoir. Alors, je prends toujours le pion vert lorsque je joue à un jeu de société, en espérant que je ne perde pas la partie, donc que je ne m'énerve pas. Pourtant, pourquoi alors perd-é-je toujours aux jeux ?

Soyons pratiques ! De nos jours, on ne sait plus se déplacer sans sa voiture. Elle est l’outil de travail du commercial itinérant. Elle est le coffre que l’on charge de valises quand on part en vacances et que l’on charge de victuailles quand on va au supermarché. Elle devrait rester un objet utilitaire, destiné à un usage fonctionnel et non voué à un culte.

Si j’étais un meuble, je serais une bibliothèque. J’exposerais fièrement mes lectures les plus passionnantes : les récits historiques de Robert Merle ou Maurice Druon, la saga des Rougons-Macquart ; je sèmerais des Fleurs pour Algernon, dans Le Meilleur des Mondes ; je ferais tout pour ne pas mourir de folie au contact du Mythe de Cthulhu ; je combattrai avec Frodon aux côtés de Gandalf, Legolas et Gimli. J’aiderais XIII à retrouver sa mémoire, pendant que Largo Winch lutterait contre la corruption sur et en dehors des marchés financiers. Ma bibliothèque est pleine d’aventures littéraires et de vinyles en tout genre, et tout particulièrement de progrock.

Il m’est difficile de m’imaginer en personnage historique. Je suis Alexandre, n’en suis-je déjà pas un ? Trêves d’humour. Je serais un chevalier, un baron, un prince ou un roi, vivant dans un de ces fameux châteaux perchés, à l’abri de mes soucis.

Si un personnage de fiction me passionne autant, c’est bien lui : râleur, il aime marmonner dans sa barbe ou exprimer sa colère. Bien que têtu et obstiné, il est un camarade loyal. Il est endurant, aime la bonne chère. Surtout ne le croisez pas quand il souhaite se battre, son marteau de guerre (floqué +121 mais perdu, car enterré lors de son mariage) vous volera à travers la gueule. Ce personnage est un nain. Il s’appelle Attila et ère avec ses amis dans les Terres du Milieu à la recherche d’aventure et de gains.

On me reproche parfois de trop parler. Quand je veux exprimer mon avis ou quand le sujet me passionne, une fois lancé, je ne m’arrête plus. Un de mes défauts est de ne pas assez écouter. Si il fallait faire de moi un signe de ponctuation, alors ce serait le point.

Il n’y a qu’un seul plat au monde qui représente le mieux mes origines et qui lie la gastronomie et la bonne chère : la choucroute garnie. La vraie ! Et pour la manger, il n’y a qu’une seule région au monde, l’Alsace.

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