Chapitre 1
Par Emmanuel ONDZE ONGAGNA
Horace — Épîtres
Vulnerant omnes, ultima necat.
« Toutes blessent, la dernière tue. »
Chapitre 1
Išātun ina maḫrīšu illak, Erra uštenne’e gimir nišī.
— Épopée d’Erra
« Le feu marche devant lui, Erra anéantit la totalité des gens »
Rome notre empire dominait l'ensemble des terres méditerranéennes ,une grande partie des terres de Gaule, l’Espagne, la grande Bretagne, le proche Orient et bien d’autres terres dont le peuple ne connaissait que par les villes, Athènes, Alexandrie …
Ce soir-là n'était qu’une soirée d’allégresse de plus, devenue monnaie courante sous le règne de l’empereur Trajan qui installa la pax Romana (paix romaine) .le ciel était dégagé, les torches éclairaient les ruelles couvertes de briques. Les agitations de la nuit commençaient à peine, l’odeur de la boisson se dégageait des tavernes, des femmes de joie accompagnaient des soldats dans des ruelles et disparaissaient. Les rires s’entendaient de l’autre côté des avenues où s'étalaient déjà des marchands de nuit qui cherchaient des clients supplémentaires pour compléter de quoi payer leur taxe du lendemain. Plus aucun enfant ne traversait les rues déjà couché par leurs parents. Je m'étais pied dans la taverne où mes camarades de longues dates m’attendaient . Nous étions dans l’armée plus longtemps que je n’ai connu ma femme, ils étaient devenus une deuxième famille, j’avais bravé la mort à de nombreuses reprises à leur côté. On célébrait l’arrivée d’une nouvelle recrue, un garçon de 17 ans, Félix. Il avait le même âge que mon fils, enfin aurait eu si ce dernier n’était pas mort de la peste. Je regardais au fond de la salle quand j'aperçus Aulus et il s’approcha.
–Aulus:« Tiberius, camarade. J’espère que la soirée t’es agréable, nous avons une mission importante demain » .
–Tiberius:« Toujours droit au but Aulus, je suis également heureux de te revoir. Comment se portent Octavia et les enfants ?»
–Aulus:« Ils se portent bien Tiberius, mais cela pourrait changer »
–Tiberius:« Que veux- tu dire ?».
Alors Aulus, me prit à part et baissa la voix
.–Aulus:« Il y a des disparitions à l’est de Rome et cela commence à s’ebruiter , le sénateur veut s’occuper de cette affaire avant que le peuple soit pris par la panique. C’est l’objet de notre mission de demain faire une ronde pour débusquer d’éventuelles bandits ou vendeur d’organes»
–Tiberius:« j’entends ce que tu dis, mais pourquoi s’inquiéter autant de quelques paysans disparus ?»
-Aulus :« Parce que parmi les disparus il y a des nobles, Trajan veut garder son règne immaculé de tout signe de manque de contrôle ».
L'apogée de l'Empire romain est souvent datée au IIe siècle de notre ère, sous le règne de l'empereur Trajan (98-117 ap. J.-C.), une époque où l'Empire atteint ses frontières maximales. Cette période a été suivie par une relative stabilité, marquée par la paix romaine (Pax Romana) qui dure environ deux siècles, jusqu'au IIIe siècle.
Le lendemain nous avancions vers l’est, le soleil frappant nos casques du haut de nos chevaux. La fatigue commençait à se faire sentir. Dans ma gourde, un peu d’eau que je réservais pour plus tard. Les pas des chevaux sonnaient. Sur nos armures, les sceaux de Rome ; dans nos esprits, le devoir de l’Empire. Une quête couverte d’un sentiment étrange. À mes côtés, Aulus et le jeune Félix. À notre passage, même les bêtes s’écartaient, comme pour se soumettre.
Nous approchions d’une colline. Le sol était sec, la végétation autour annonçait l’automne, les arbres perdaient leurs feuilles et se coloraient d’un rouge rouillé au bout de leur branche, la poussière se levait avec légèreté. Le soleil nous faisait clémence. Je sortis ma gourde quand un tambour retentit. Pas comme ceux qui sonnent à Athènes. Un bruit saccadé, irrégulier, comme un tonnerre brisé. Les chevaux furent les premiers à tomber, puis les hommes.Leurs corps frappaient le sol, projetés par une force invisible. Un homme tomba près de moi. Son plastron se fendit d’un coup sec, et quelque chose de chaud se répandit sur la poussière. Je vis ses entrailles glisser hors de lui, lentes, lourdes, comme si son corps ne savait plus comment rester fermé, il se retourna comme pousser par son dernier souffle, c’était Aulus, mon cœur se replia sur lui même, mes sens fesaient décoration incapable d’interpréter quoi que ce soit, Aulus voulais souffler un dernier mot mais la vie s’échappa plus vite que sa parole, une nausée soudaine me pris , comme si mes entrailles voulaient sortir se lamenter au près de ceux de mon frère d’armes . Les armures éclataient autour de moi , un sentiment primaire m'envahit, cherchant des repères qui avaient disparu. Les peaux se déchiraient. Le mal qui brisait les membres restait invisible. Les cris montaient, mon rythme cardiaque aussi .Le symbole de Rome était couvert de sang. Les crânes s’éclataient sans cause visible, laissant apparaître la cervelle. Certains tentaient de fuir, mais leurs dos éclataient de l’intérieur. La terre sèche voyait naître des ruisseaux de sang. Dans l’agitation des bêtes et des hommes j'aperçus Felix, nous n’avions jamais échangé de parole, nos regards se sont croisés, le sien cherchant une consigne, un ordre de ma part et le mien voyant le fantôme de mon fils, au moment où j’allais sortir une parole, le torse de Félix éclata éjectant un coeur encore battant n’ayant pas réalisé que lui et son hôte étaient séparé, je tombais sur mes genoux regardant la terre puis le ciel cherchant la protection de Mars dans une fatalité que mon esprit me criait de refuser. L’air était âcre, les feuilles des arbres qui jusque là reposaient au sol se retiraient vers les cieux comme si elles ne voulaient pas être en contact avec la terre qui venaient de pécher en absorbant le sang des hommes s'élevant pour rapporter à Jupiter l’abomination. Les membres étaient tordus à des angles impossibles.
Tous étaient animés d’un même mouvement : la chute.
Une pression soudaine sur mon bras me propulsa à terre. Le monde devint noir. Les bruits s’éloignaient, comme si l’ouïe se retirait lentement. Rome avait foulé une terre gardée par une divinité.

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