La légende des narus : ceux qui portent le monde

2 minutes de lecture

Avant les kherpiens.

Avant les structures.

Avant même les mots...

Il y avait un monde qui ne séparait rien.

Le ciel ne dominait pas la terre.

La lumière ne s'opposait pas à l'ombre.

Et les êtres n'étaient pas seuls dans leurs corps.

Tout circulait.

Les émotions n'appartenaient à personne.

Elles passaient.

D'un souffle à l'autre.

D'un vivant à l'autre.

On ne disait pas "je ressens".

On disait... rien.

Parce que cela n'avait pas besoin d'être nommé.

La naissance des Narus

Quand le monde devint trop plein,

il fallut apprendre à porter.

Alors, naquirent les narus.

Pas dans la chair.

Pas dans la matière.

Dans le lien.

Ils ne furent pas créés pour vivre.

Ils furent créés pour relier.

Petits.

Souples.

Discrets.

Ils marchaient entre les êtres,

ramassant ce qui débordait.

Une peur trop grande.

Une tristesse trop lourde.

Une joie trop vaste.

Ils ne prenaient rien,

ils transformaient.

Leur don

On dit que les narus n'ont pas de voix,

parce qu'ils n'en ont pas besoin.

Parce qu'ils parlent autrement.

Leur souffle s'accorde.

Leur rythme se pose.

Leur présence s'ajuste.

Quand un être tremble,

ils ralentissent le monde autour de lui.

Quand un être s'effondre,

ils deviennent appui.

Quand un être se perd,

ils deviennent son phare dans la nuit.

Toujours.

Pas pour guider.

Pas pour corriger.

Pour tenir.

La fracture

Mais un jour,

Les êtres ont commencé à se fermer.

A garder pour eux.

A contenir.

A retenir.

A contrôler.

Le lien s'est tendu.

Puis il s'est rompu.

Les émotions ont cessé de circuler.

Elles sont restées coincées.

Dans les corps.

Dans les murs.

Dans les silences.

Et le monde est devenu... lourd.

Ce que les narus ont fait

Ils auraient pu disparaître.

Mais ils sont restés.

Ils ont changé.

Moins nombreux.

Plus proches.

Ils ont cessé de parcourir le monde librement.

Et ont commencé à suivre certains êtres.

Pas tous.

Seulement ceux qui débordaient encore.

Chez eux,

le lien n'était pas complètement brisé.

Le choix

On croit que les narus sont apprivoisés.

C'est faux.

Ce sont eux qui choisissent.

Ils ne vont pas vers les plus forts.

Ni vers les plus calmes.

Ils vont vers ceux qui

ressentent trop.

Tiennent malgré tout.

Et ne savent pas toujours comment exister.

Ce qu'ils portent

Les narus ne prennent pas la douleur.

Ils la partagent.

Ils ne retirent pas la peur.

Ils la rendent respirable.

Ils ne suppriment pas le chaos.

Ils le rendent... vivable.

Et parfois,

quand le monde devient trop dur,

ils se placent entre l'être et le reste.

Pas pour bloquer.

Pour amortir.

Ceux qui les entendent

La plupart ne voient que des animaux.

Dociles.

Utiles.

Adaptables.

Mais certains savent.

Pas avec la tête.

Avec le corps.

Ils sentent,

que les narus ne répondent pas aux ordres.

Ils répondent à ce qui est vrai.

La mémoire

On raconte que

les narus se souviennent d'un monde

où personne n'avait besoin d'eux.

Un monde où tout circulait librement.

Et, qu'ils attendent.

Pas un retour en arrière.

Mais un moment

où ils ne seront plus nécessaires

pour réparer ce qui n'aurait jamais dû se briser.

Et parfois ...

Parfois,

très rarement,

un naru ne se contente pas d'accompagner.

Il reconnait.

Pas une fonction.

Pas un rôle.

Un être.

Et, dans ce moment là,

il ne régule plus.

Il s'accorde.

On dit qu'il existe des êtres

que les narus ne quittent jamais vraiment.

Même quand ils s'éloignent.

Même quand ils disparaissent.

Parce que chez eux,

le lien n'a pas été cassé.

Seulement...

étouffé.

Et que,

tant qu'il reste une trace...

Les narus reviendront.

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