L'impardonnable

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Mon meilleur ami était un garçon que je connaissais depuis le lycée. Malgré notre histoire commune complexe, nous avions toujours réussi à nous entendre et à nous parler sincèrement. Nous ne nous voyions que très peu, mais nous restions régulièrement en contact. Alors que j'avais dû arrêter mes études, lui continuait les siennes. Pourtant, il m'annonce un jour qu'il a raté son semestre et que cela a rendu ses parents furieux. Il ajoute qu'ils l'ont mis à la porte en me fournissant les détails de la scène. Puis il m'explique qu'il vit désormais dans sa voiture. Au fil du temps et des discussions, il me raconte ses efforts pour trouver un emploi et s'en sortir. Inquiète, je le sens dépérir de jours en jours. Jusqu'à un terrible soir.

Depuis la veille, il ne cesse de me répéter qu'il veut en finir. Vers vingt-trois heure, il m'affirme qu'il est seul en forêt dans sa voiture, avant d'ajouter qu'il a avalé une tablette entière de somnifères et de l'alcool six heures avant. Comme je ne sais pas combien de temps mettent des somnifères à agir, je panique totalement. Rapidement, je me mets en tête d'appeler les pompiers pour qu'ils le retrouvent et le transportent à l'hôpital si besoin. Je m'isole pour les contacter et leur expliquer la situation. Ils me renvoient à la police qui me demande divers détails. Je dois lui fournir mon nom, mon adresse, mon numéro de téléphone, ainsi que ceux de mon ami. Elle essaye de le contacter, mais il refuse de répondre malgré mes encouragements. Plus tard, elle envoie plusieurs patrouilles pour tenter de le retrouver.


Suite à un long moment sans nouvelles, mon ami m'appelle. Il m'apprend que la police a débarqué chez lui et qu'il a donc dû s'expliquer devant ses parents. Il m'avoue calmement qu'il m'a menti, qu'il n'a rien avalé, que ses parents ne l'ont jamais mis à la porte. Il me répète sans cesse "qu'est-ce que tu as fait?". Il ne pensait pas que j'étais capable d’aller aussi loin. Pendant que j'assimile le fait que mon meilleur ami, celui en qui j'avais totalement confiance et pour qui j'étais si inquiète, me mentait depuis des mois, la colère prend la place de l'angoisse dans mon esprit. Malgré l'heure tardive et la proximité de mes parents endormis, j'explose de fureur. Je lui hurle toute ma rage à travers le téléphone.


Ce soir-là, j'ai vu mon ami mourir. Pas un seul instant je n'ai pensé à mal. Je ne voulais pas perdre mon meilleur ami. Le lendemain, la culpabilité me gagne. Je me questionne sur les conséquences de mon acte. Je repense au dérangement que j'ai pu causer à la police et aux poursuites qu'elle pourrait donner. Même si rien n'est arrivé, je me suis sentie terriblement coupable pendant longtemps.


Je n'ai plus parlé à mon ami pendant des années. Les liens que nous avions sont désormais rompus et ma blessure est toujours profonde. J'ai vécu ce mensonge comme une trahison. Même si je lui dois beaucoup de beaux souvenirs, et si avec le temps je peux comprendre ses motivations et le sentiment de malaise qui l'a poussé à me mentir, je sais que je ne pourrais jamais oublier cela et lui pardonner.

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