La galère
La galère.
C’est drôle, car à la base, ce mot exprimait plutôt le quotidien d’un esclave qui ramait, frappé par un ventripotent personnage à qui l’on avait donné une poussière de pouvoir.
C’est d’autant plus drôle que ce genre de personnage existe encore aujourd’hui — vous savez, ce manager qui se croit tout-puissant.
“La galère, ce mec.” Ce sentiment qu’il vous inspire, juste parce que vous n’avez pas servi la pauvre demoiselle qui assiste aux réprimandes de votre manager sur vous, mais trop timide pour lui dire de se taire.
La galère.
C’est aussi un terme qu’on utilise quand on est enfant.
Vous savez, quand vous étiez dehors avec vos potes, et que chacun fouillait ses fonds de poche pour participer à la cagnotte commune, en vue de s’offrir un soda ou un Mister Freeze en été.
Et évidemment, il y avait toujours le héros du groupe, mû par un mélange de courage et de charisme, qui osait aller demander à ses parents.
La galère.
C’est aussi une locution qu’on emploie quand votre vélo crève au beau milieu d’un champ, suffisamment loin de toute civilisation pour que vous soyez obligé de le pousser, malheureux, en passant devant ces gens qui vous jugent.
La galère.
C’est la fin du mois, quand vous avez un peu abusé de votre maigre salaire et que votre compte affiche un négatif joliment entouré de rouge, votre téléphone se transformant alors en une bombe à retardement, dans l’attente du banquier qui va vous gronder.
La galère.
Ça veut un peu tout et rien dire, en fait.
Ça peut être de bons comme de mauvais moments — ça dépend de quel côté on le prend.
Mais souvent, ça nous tombe dessus sans qu’on s’y attende.

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