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Soudain, une boule de neige me frappa au ventre. Suivit d'une deuxième qui atterrit sur ma jambe. Apparemment, l'inconnue avait décidé de me lancer non des répliques, mais de la neige. Cela me fit sourire.

-Tu devrais sourire plus souvent, ça te va bien. Ne t’arrête pas cette fois, sourit-elle.

Une troisième boule de neige vola dans ma direction, d'un pas je m'écartai de sa trajectoire. Elle éclata de rire. Ce qui illumina son visage fatigué. Ce n'était pas un rire cristallin d'un enfant dans toute son innocence, ni celui, amer qui me caractérisait bien souvent. Ce n'était pas non plus le plus beau son qu'il m'ait jamais été donné l'occasion d'entendre. C'était un rire qui sans être complètement contagieux, me fit sourire. De manière naturelle. Pas ce sourire forcé que je donnais à mes parents. Un rire et le monde ne tourne plus rond. Elle n'était plus cette insomniaque trop curieuse qui pour tuer le temps était venue jouer les sauveuses. Ni une partisane de Nietzsche. Elle n'était ni plus ni moins qu'une jeune fille qui aimait la vie plus que tout et qui se battait quoi qu'il se passe. Elle avait connu ses propres douleurs, avait déjà pleuré la nuit, hurlé au vent, mais jamais elle n'avait baissé les bras. C'est ce que me confiait son rire. Elle était fragile et forte. J’avais envie de la connaitre davantage. Savoir où elle trouvait son énergie. Où elle conservait son émerveillement. Elle avait une âme d’enfant. Pureté et innocence. Et dire qu’à première vue, elle ne m’avait inspiré que de l’agacement.

Je m'accroupis pour former une boule de neige énorme afin de répliquer à son attaque. Je pris le temps de la lisser avant de la lui lancer. Et soudainement, je me retrouvais à courir après une inconnue riant aux éclats. Une véritable bataille s'en suivit.

-Hey ! Protesta-t-elle.

Ses cheveux dégoulinaient de la neige que je venais de lui lâcher au-dessus de la tête. Après coup, peut-être pas la meilleure des idées avec le froid. J’allais finir par la rendre malade. On se fit face, essoufflés. La course m’avait un peu réchauffé et j’haletais de l’effort que je venais de fournir. Elle était visiblement fière d'elle, comme en témoignait sa moue de vainqueur.

-Tout semble tellement facile avec toi.

-Je suis mes envies, c'est tout. Et tant pis si ça a des conséquences. Je vis dans le présent parce qu’il n’y a que ça de vrai.

-La réalité existe au sein d’un espace-temps qui ne s’écoule pas. Le temps qui passe. C’est une illusion.

Elle haussa les épaules.

-Je n’en sais rien. Tu as peut-être raison, on n’est rien, on est peut-être tous insignifiants, mais on est là, alors c’est peut-être pour quelque chose ? Je sais que tu as l’impression que ça ne change rien si tu fais quelque chose ou non, mais si on ne le fait pas, personne d'autre ne le fera.

-C’est la troisième fois que tu cites les paroles de quelqu’un d’autre, constatai-je.

-Gandhi, sourit-elle.

-Gandhi, répétai-je. Je suppose qu’il fait partie de tes idoles héroïques.

-Oh j'en ai d'autres, affirma-t-elle.

-Ouais j'ai pu le constater, raillai-je.

-J'ai froid, murmura-t-elle, en se mordant la lèvre inférieure de nouveau, reprenant son tic.

Je la regardai sans bouger. Rentre, pensai-je, sans oser le formuler. Rentre chez toi, oublie cette nuit et apporte ta joie à d’autres que moi. Ne la gaspille pas plus avec moi. Ces yeux étaient le reflet de son âme. Un soleil brillant. Un soleil brillant un jour d’hiver, capable de faire fondre la neige.

-Et si tu ne sautais pas, déclara-t-elle farouchement.

On s’était remis à marcher. Côte à côte. Les arbres nous entouraient. On était seuls. Seuls dans une bulle hors du temps.

Je m’arrêtai net, serrant la mâchoire à m’en faire mal aux dents. Ses mots étaient comme un coup de poing, on aurait dit qu’elle venait de me frapper. Il n’y avait pas de « et si je ne sautais pas ». Je ne voulais pas l’imaginer. Je ne le pouvais pas. Ne le pouvais plus. Non pas parce que j’avais peur de voir que je faisais le mauvais choix. J’avais imaginé des milliers de fois. C’était épuisant. Elle venait de faire éclater notre bulle. Pourquoi s’était-elle senti obliger de faire cette remarque ?

-Il n’y a pas de « et si » ! D’ailleurs, je déteste cette expression, persiflai-je d’un ton brusque entre mes dents serrées.

-N’as-tu jamais eu des rêves que tu voulais réaliser ? Tu vivais jusque-là, non ? Alors qu’est-ce que tu faisais ? Eh oui, je le dis, et si tu décidais finalement que la vie vaut la peine d'être vécu, que tu lui donnais une seconde chance, que tu réessayais de te battre, de te relever et de ... vivre. Simplement. Qu’est-ce que tu ferais ?

Je me retins de lui cracher au visage qu’elle avait une promesse à honorer et qu’il était temps pour elle de partir, de me laisser tranquille, de ne plus interférer dans ma vie et que de toute évidence, elle ne savait pas tenir sa parole. Je n'avais pas oublié celle-ci, simplement occulté parce que je ne voulais pas qu'elle parte tout de suite, parce que tout d'un coup, je n'avais pas envie de retourner à ma solitude. De me retrouver seul. Surtout après avoir dévoilé mes faiblesses. Alors je ravalai encore une fois mes propos acides. Une fois partie, elle ne reviendrait pas. Ne pouvais-je finalement profiter de sa présence encore un moment ?

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