011 - le plus fort

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C’est quand même bizarre. Quand on fait l’amour, c’est toujours aussi fort, comme avant quand on se croyait frère et sœur et qu’on s’envoyait en l’air désinhibés par l’alcool et motivés par toute la tension entre nous, en héritage des mensonges de nos parents.

  • C’est faux mais on y croit encore. Y croire c’est plus fort que la vérité.
  • Peu importe, nous sommes liés à jamais, par ton ventre fécondé.

Il me dit ça alors qu’il est encore en moi après s’être soulagé de me souiller de sa semence par derrière comme pour prendre possession de son territoire, mon cul et moi. Je le retourne et je place mes mains autour de son cou.

  • Ça va pas le faire, je vais avorter et te le faire bouffer.

Il prend peur et se rhabille en me regardant comme une folle. Je fond en larmes. Je n’en peux plus. Il me prend dans ses bras et me console :

  • Pardon, mon amour, je t’aime, je vais m’occuper de toi, de nous, tous.

Elle est bipolaire et ne prend plus son lithium. Mais elle n’est pas folle. Juste folle de moi peut-être. Mais elle me plaît. Même avec nos histoires sordides de secrets de famille. Et je lui plais, beaucoup. On se mérite. À nous de continuer notre histoire, d’amour. Notre rencontre est si forte de sens, ça nous dépasse. À partir de maintenant, je la respecte et je la protège, contre elle et contre moi. On fait notre vie, ensemble, avec notre bébé, une fille qui porte les prénoms de nos mères respectives et respectables. Nos mères qui ont fauté et qui grâce à ce péché ont permis notre amour. Nos mères à qui l’ont doit notre bonheur de couple.

Dans nos ébats pour en faire un autre, je me surprend à l’appeler en gémissant et il m’imite en faisant de même pour la sienne. « Maman ! Encore ! Maman ! Plus fort ! Maman ! » Ça réveille notre petite, la pauvre. J’espère que elle aussi aura le droit à beaucoup d’amour, on va d’abord lui transmettre le nôtre et elle aura les armes pour trouver le sien, à sa façon, comme elle le veut, comme elle l’entend, comme elle le sent.

Ma rouquine et nos deux petits, un garçon cette fois-ci. Quinze mois de différence. Toujours ensemble comme de vrais faux jumeaux. Elle fait plus garçon et lui plus fille mais ils s’adorent, un peu trop parfois je trouve. Même à l’adolescence, on les surprend plusieurs fois à jouer à touche pipi. Ils ont l’air dépassés aussi, leur amour semble le plus fort.

xoxo

Analyse

Cette conclusion nous permet de saisir l'œuvre non comme une collection de fragments, mais comme un cycle romanesque complet et cohérent, explorant la transmission, la répétition, et la possibilité de dépasser les traumatismes par l'amour.

1. Symbolique et Thèmes Majeurs : La Roue de la Transmission

La Fécondité comme Écriture du Destin :

Le corps des femmes (Cendrine, la Collègue, la Fille/Rouquine) est le parchemin sur lequel s'écrit l'histoire familiale. Les grossesses, désirées ou accidentelles, sont les points de pivot narratifs. L'enfant à naître est toujours le symbole tangible d'un lien (qu'il soit d'amour, de transgression ou de réparation). La saga montre une chaîne ininterrompue de fécondité, où chaque génération hérite des conséquences charnelles des actes de la précédente.

La Croyance plus forte que la Vérité :

La déclaration "Y croire c’est plus fort que la vérité" est le coeur philosophique de l'œuvre. Les personnages vivent dans des récits qu'ils se sont construits : l'idéalisation du couple (Cendrine/Florent), la fatalité de l'inceste (les enfants), la rédemption par la famille (l'épilogue). La "vérité" biologique ou sociale est un matériau brut qu'ils remodelent en une mythologie personnelle qui donne sens à leur existence et légitimité à leurs désirs.

La Répétition et la Variation :

L'épilogue montre une reprise en miroir, adoucie, des schémas précédents.

La bipolarité (évoquée chez Cendrine, assumée chez la Fille) devient un trait familial, une intensité à gérer.

Les jeux de rôles et la transgression (les enfants surpris à "touche pipi") font écho aux explorations des générations précédentes, mais dans un cadre fraternel qui laisse présager une nouvelle complexité.

L'appel à "Maman" pendant l'acte est l'écho déformé et assumé du cri de détresse de Cendrine face au sang. Ici, c'est ritualisé, érotisé, intégré au plaisir.

Thème ultime :

La Transmission d'un Héritage d'Amour Chaotique : Les personnages finaux choisissent consciemment de transmettre non pas le secret ou la honte, mais "le nôtre" (l'amour). Ils espèrent que leur fille aura "les armes pour trouver le sien". C'est une tentative de briser la malédiction du secret pour transmettre seulement la force du désir et de l'attachement. L'œuvre se clôt sur une note d'espoir volontariste, mais teintée d'inquiétude ("un peu trop parfois je trouve").

2. Bilan

Génération 1 (Cendrine & Florent) :

Les Fondateurs Chaotiques. Leurs vies furent une quête de sens à travers la transgression, l'art et le désir. Leur héritage est un mélange de trauma, de liberté radicale et d'amour absolu, qui produira à la fois le chaos (les adultères, les enfants illégitimes) et la matière première pour la génération suivante.

Génération 2 (Le Fils & La Fille / "La Rouquine") :

Les Réparateurs Conscients. Héritiers d'un secret qu'ils ont percé à jour, ils transforment l'horreur potentielle (l'inceste) en fondation de leur amour. Ils choisissent de perpétuer la vie et l'amour, en assumant pleinement et pacifiquement l'histoire sordide ("Nos mères à qui l’ont doit notre bonheur"). Ils passent de la réaction à l'action, construisant délibérément une famille.

Génération 3 (Leurs Enfants) :

Les Héritiers Innocents et Libres ? Le récit s'achève sur eux, laissant planer le doute. Sont-ils libérés du poids des secrets, ou déjà engagés dans une nouvelle danse de désir et de transgression ("leur amour semble le plus fort") qui répétera, en la variant, la saga familiale ? Ils représentent l'avenir ouvert, mais habité par les échos du passé.

3. Conclusion

L'œuvre complète est une vaste méditation sur la possibilité de la rédemption à travers les générations. Elle pose que nous sommes les produits de récits familiaux faits de désirs, de secrets et de fautes. La première génération vit ces passions dans toute leur brutalité et leur beauté. La deuxième génération décrypte et réinterprète ces passions, transformant une malédiction en destin, puis en choix. La question finale est : la troisième génération pourra-t-elle enfin vivre sans avoir à décrypter, ou est-elle condamnée à rejouer, à son insu, la partition écrite par ses aïeux ?

Le message final est ambigu. D'un côté, il y a une volonté de briser la chaîne ("on va d’abord lui transmettre le nôtre [amour]"). De l'autre, la conclusion sur les enfants adolescents suggère que la pulsion, le désir "trop fort" et le jeu transgressif sont peut-être l'héritage indéracinable et le vrai moteur de cette famille. L'amour n'est pas présenté comme une paix, mais comme une force intense, parfois destructrice, toujours créatrice, qui se transmet comme un feu.

4. Structure de l'Œuvre : Un Cycle en Spirale

L'œuvre ne suit pas une ligne droite, mais une spirale :

1. Le noyau : La relation fondatrice, intense et dysfonctionnelle de Cendrine et Florent.

2. L'expansion : Les conséquences non contrôlées de leurs actes (les enfants adultérins).

3. Le retour : La rencontre des enfants, qui rejoue d'abord l'intensité et la transgression du noyau (croyance en l'inceste), mais avec une conscience nouvelle.

4. La résolution : La création d'une nouvelle cellule familiale, consciente de son histoire et cherchant à la transcender par la volonté et l'amour.

5. L'écho : La génération suivante, où l'on voit à nouveau poindre les mêmes schémas de désir, suggérant que la spirale continue, mais peut-être sur un mode plus doux, plus conscient.

5. Titre définitif suggéré pour l'œuvre complète :

L'HÉRITAGE DU FEU

Explication :

Feu : symbolise la passion, le désir sexuel, l'intensité destructrice et créatrice qui anime tous les personnages.

Héritage : évoque la transmission inéluctable à travers les générations, à la fois des traits (bipolarité, intensité) et des schémas relationnels.

Le titre évoque à la fois la beauté dangereuse de la flamme et la responsabilité de ceux qui la reçoivent et doivent décider comment la porter sans tout brûler.

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