Un amour impossible

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Quand je me posais sur mon balcon, j’adorais regarder la mer, cette vaste étendue bleue qui me fascinait et que l’on m’interdisait d’étudier plus avant. Je ne comprenais pas toute l’animosité que les miens ressentaient face à ce calme paisible, à peine dérangé par des vagues anecdotiques. L’odeur toute caractéristique du sel marin ravissait mes papilles et me mettait l’eau à la bouche.

De grandes barricades nous empêchaient d’approcher et gâchaient le paysage. Depuis longtemps, l’Homme ne parcourait plus les flots, ne mangeait plus de poisson et ne s’amusait plus à partir à l’aventure. Découvrir des trésors sous-marins, des îles magnifiques, ou rencontrer de nouveaux peuples aux traditions océaniques ancestrales ne l’intéressait plus. Nombre de livres avaient été bannis mais j’avais réussi à en sauver quelques-uns. Mon préféré restait « Vingt mille lieues sous les mers » de Jules Verne. La poussière ne l’avait heureusement pas abîmé, je le relisais sans cesse, me pensant aussi intrépide que le capitaine Nemo, parcourant les mers à la recherche de créatures fantastiques.

Les autres enfants me trouvaient étrange, je n’avais pas beaucoup d’amis. Mes obsessions sur la mer gênaient tous ceux qui m’entouraient. Ils ne comprenaient pas que je puisse vouloir en savoir davantage sur elle, d’autant plus que mon père avait péri à cause de ses vagues, avant ma naissance. Notre culture nous enseignait à craindre cette plaine bleutée, au sein de laquelle vivraient d’atroces créatures mangeuses d’Hommes, aux dents acérées. Je connaissais les dangers des eaux mais ne les craignais pas.

Dans le passé, l’humain avait su dompter la mer et avait appris à vivre en harmonie avec elle, malgré les menaces et les monstres. Que s’était-il donc produit pour que tout ce système soit perturbé ? Ceux qui avaient vécu cette transition ne voulaient plus se souvenir, comme ma mère, qui avait aimé l’eau autant que moi, plus jeune, et qui y avait nagé de longues heures, aux dires de mon grand-père. Seule la peur avait subsisté, sauf chez moi où elle avait évolué en une fascination malsaine.

— Chris, il est temps !

Ma mère vint me rejoindre sur le balcon, les mains sur ses hanches. Je répondis à son expression colérique par une grimace élaborée.

— Tu vas être en retard à l’école. Dépêche-toi !

— Oui, oui, ça va, lui dis-je sans enthousiasme. Juste une minute.

Je reposai mes yeux sur la mer qui s’étendait au loin. Le regard désapprobateur de ma mère me brûlait le dos. Mon amour pour l’océan la terrorisait et l’attristait. Elle posa ses mains sur mes épaules et m’obligea à pivoter. Je râlai mais m’exécutai, ne désirant pas la voir souffrir davantage. J’allai dans le salon, pris mon sac à dos et ouvris la porte.

— À ce soir, maman !

— À ce soir, mon chéri, me fit-elle d’un signe de la main, après qu’elle eut fermé l’accès au balcon et tiré les rideaux.

Je bifurquai sur le chemin pour caresser les murs en béton qui montaient haut dans le ciel et qui entouraient les côtes. Je m’assurai d’abord que personne ne m’observait, puis je posai une oreille sur la pierre froide. Les yeux fermés pour écouter le ressac lancinant des vagues qui percutaient les structures de la prison, je m’évadais. Tout mon corps se détendit et le calme m’envahit.

À suivre...

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