Les comparaisons qui rétrécissent le monde”
Il y a des phrases qui se veulent sages, presque proverbiales, mais qui finissent par écraser ce qu’elles prétendent apaiser.
« Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. » Comme si la valeur d’un être dépendait uniquement de ceux qui l’entourent. Comme si la médiocrité devenait grandeur par simple contraste. C’est une manière élégante de dire : ne vise pas trop haut, contente-toi d’être “moins pire”. Une couronne en carton posée sur une résignation.
« Il y a plus malheureux que toi. » Celle-là, c’est la favorite des consciences pressées. Elle coupe court, elle moralise, elle culpabilise. Elle transforme la douleur en caprice, comme si souffrir n’était légitime que lorsqu’on atteint un certain seuil de misère mondiale. Mais la souffrance n’est pas un concours. Elle n’a pas besoin d’être la pire pour être réelle.
« Prends exemple… » Et soudain, ta vie devient un tableau comparatif. Tu devrais être plus comme untel, moins comme toi. On t’arrache à ton propre rythme, à ta propre histoire, pour te coller dans un moule qui n’a jamais été ta taille.
Ces phrases ont un point commun : elles réduisent. Elles réduisent l’individu, réduisent la nuance, réduisent la complexité du vécu humain. Elles prétendent guider, mais elles ferment. Elles prétendent consoler, mais elles étouffent.
Pourtant, il existe une autre manière de voir : Non pas comparer, mais comprendre. Non pas hiérarchiser, mais accueillir. Non pas dire “regarde les autres”, mais “regarde-toi, vraiment”.
Parce qu’on ne grandit pas en se mesurant à autrui. On grandit en se rencontrant soi-même.

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