Partie 2

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Après le déjeuner, je passai presque deux heures à briquer la salle de bains, puis, après un café serré, me préparai à remettre ça dans la chambre.

Toutefois, mon restant de courage s’envola lorsque j’en ouvris le vantail. Si aucune des pièces n’avait été épargnée par la moisissure, cette chambre semblait en être l’épicentre ; comme si cette chose avait pris naissance ici avant de se développer tel du lierre dans toute la maison.

Poussant un soupir accablé, je refermai la porte puis me tournai vers celle verrouillée sur ma gauche. En astiquant la cuisine, j’avais trouvé de nombreuses clefs jetées dans l’un des tiroirs du buffet ; peut-être que l’une d’elles me permettrait d’accéder à ce qui se cachait au-delà du battant.

Même si cette « chasse au trésor » impromptue ne me ravissait pas forcément — j’aurais préféré pouvoir juger de l’étendue des dégâts au plus vite —, elle aurait le mérite de me procurer quelque repos avant la suite des événements.

Hélas, j’eus tôt fait de me rendre compte qu’aucune des clefs ne me donnerait accès à la pièce ; la seule qui aurait pu convenir en terme de forme et de taille ouvrait la porte de la chambre de ma mère, qui elle, ne constituait aucunement un obstacle puisque déjà ouverte.

Ronchonnant dans la barbe que je n’avais pas, je redescendis au rez-de-chaussée, remis en place le tiroir emporté avec moi au premier, puis m’assis à table.

Le visage posé sur mes poings serrés, je laissai mon regard se perdre dans les flammes dansant dans l’âtre.

Du plus loin que remontaient mes souvenirs, j’avais toujours aimé ce spectacle. Ma mère n’était pas étrangère à cette fascination. Où que nous vivions, elle n’envisageait d’habiter un endroit dénué d’âtre. Et bien qu’elle soit décédée alors que j’étais encore très jeune, lorsque j’avais pu prétendre à acquérir un chez-moi, mon choix s’était de suite porté sur la seule chambre où s’élevait une petite cheminée en pierres sombres devant laquelle je m’installais chaque soir afin de lire, parfois jusqu’aux petites heures de l’aube.

Dix longues années qu’elle s’en était allée, presque une décennie à naviguer d’orphelinats en familles qui ne me gardaient jamais, et j’héritais enfin de l’endroit où elle avait passé, ainsi qu’elle me le répétait inlassablement dans les lettres que je recevais à l’internat, « les plus beaux jours de sa vie ».

Une larme roula sur ma joue que j’essuyai vivement ; et dire que je ne possédais même pas un seul cliché la représentant…

Une soudaine tristesse dans le cœur, je remontai mes manches sur mes coudes, me lavai les mains dans le seau posé dans l’évier, dont l’eau avait drastiquement refroidi, puis remis du café à réchauffer. Il était désormais seize heures, le soleil ne tarderait plus à se coucher, inutile que je débute le reste de mes corvées maintenant, nettoyer à la lueur d’une bougie n’avait jamais fait partie de mes projets.

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