Conquête

3 minutes de lecture

 Ce n'est pas un corps à corps, c'est une collision. La force de l'attraction. Pas brutale, mais irrépressible. Il n'était qu'élément de la pièce, il devient soudainement réponse à mon âme. À peine en contact, que ma peau réclame : plus, tout, oui, il me faut chaque centimètre carré de son épiderme sur le mien. On doit se recouvrir, entièrement. Le frottement m'éblouit, fait grimper mon vertige. Qu'il est bon, bon Dieu, délicieux !

 Assise sur la table, je me rapproche du bord, et de mes jambes, le ceinture orgueilleusement. Ma capture, ma conquête. Ma main droite glisse le long de son flanc, jusqu'à atteindre l'arrondi de sa hanche. Han ! Rien que le palpé me rend folle. Menton sur son épaule, mes yeux dégringolent le long de sa colonne ondulante. Oh bordel, la vue est à se damner. Le bombé de son cul merveilleux découpe mon horizon. Il se trémousse à mesure de mes ronronnements. Mes doigts, à quelques centimètres de là, resserrent leur prise.

 Oh, mon garçon. Je rêve de te faire mien. Je dessinerais un blason, piqué de bleu roi et d'or, j'y apposerais mes initiales, et je planterais mon pavillon, fier, à l'endroit exact de ta dernière lombaire. Tu m'appartiendrais — rien que le temps d'un ébat, rassure-toi. Je te restituerais ta liberté après jouissance.

 N'es-tu pas un peu à moi, à l'instant ? Ton souffle court, tes gémissements lascifs, tes mains accrochées à ma taille, ta langue dévouée à mes lèvres… Ne sont-ils pas autant de présents ? N'est-ce pas ton corps entier que tu me remets ?

 J'aime, j'aime ça, j'en réclame encore ! Je t'embrasse, avidement, offre à mes papilles l'éclat de ta saveur. Tu râles plus fort. Oh oui, j'appelle tes décibels ! Le silence, c'est pour les débutants. Déchire l'écho de cette cuisine !

 Était-ce possible, tu nous rapproches davantage. Moites, nos écumes se mélangent. Potion magique, aphrodisiaque. Vas-y, sue sang et eau pour moi : j’exige l'odeur de nos efforts dans toute la pièce. Qu'elle exhale la luxure, à en affoler le voisinage. Je l'ai dit : je veux tout de toi. Donne, donne ! Et je rends, tu le vois bien.

 Oh, toi aussi, tu prends. Tu ne maîtrises pas tout ce que tu reçois, trop loin dans l'ivresse. Si tu savais comme t'es beau, quand tu perds pied, putain ! T'as jamais été autant séduisant qu'aujourd'hui, nu, tes digues rompues, abandonné à nous deux.

 La tension monte, dehors, dessus, dedans. Je ne distingue plus ce qui est de toi ou de moi. L'union est parfaite, osmotique, exquise. Et… tu ralentis. Me la fais pas, petit malin : je repère ce que tu tentes. Une phase plateau, un temps mort, rien qu'une mini pause, pour faire durer. Mais non, hors de question ! Je te veux pied au plancher, du début à la fin. Qu'importe que l'on table quoi : dix minutes ? Cinq ? Seulement trois ? Va pour trois, je m'en cogne, pourvu que l'intensité ne baisse pas. T'es à fond, ou t'es pas. Une prochaine fois, on jouera une partition languissante, si tu le souhaites. On respirera, on tracera l'extase à l'aquarelle, délicate et subtile. On aimera aussi, évidemment. Mais aujourd'hui, je te désire sans freins.

 T'as capté. Ton sourire se dessine, coquin, et tu secoues la tête. Ton regard animal me dévore. Mission acceptée, dans l'allégresse. Il ne faut pas te supplier pour que tu retrouves la cadence qui nous envolait.

 En une poignée de secondes, nous sommes sur orbite. Le monde ? N'existe plus. Le temps ? Défile sans nous. Je bascule, tu me suis, on largue les amarres. Sous mes pupilles, noires et fiévreuses, ton biceps se contracte à mesure de tes mouvements. Les gouttelettes perlent, tentatrices. D'instinct, j'y plante mes crocs. Ton grognement m'achève. Ta faute, t'aurais pas dû. Être si appétissant, si savoureux, si habile, si doué, bordel !

 Regarde-moi, admire ce que tu me provoques. Je chante l'ovation pour ta prestation. Tes yeux pétillent, de passion, de félicité, de jouissance bienvenue. Allez, me laisse pas seule là-haut. Viens, rejoins-moi. Oui, voilà. Comme ça.

 Merveilleux, tu es proprement merveilleux.

Annotations

Vous aimez lire Anaëlle N ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0