Éveil

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Je ne sais plus ce que nous devons croire. Et puis c'est quoi la croyance, tu sais ça toi ? Moi je vois juste des montagnes de corps empilés avec leur tête dans ma direction, je vois des âmes égarées que je n'ai pas le temps de comprendre, je vois un temps infime dans lequel je me sens compressé.


On s'est pas fait écraser par tous ces corps, tous les deux dans le lac ? Cette fuite, c'est bien pour eux qu'on l'a fait nan ? Cette volonté d'écrire, c'est bien pour ceux-là du futur, ceux-là du présent ? C'est pas pour nous, quoi, au final. Et nous ? Je comprends plus pourquoi tu cherches à trouver dans les autres ce que tu attends de toi, je t'ai perdu, je crois. Je te voyais déjà petit et en fait déjà grand, à voir le monde comme personne, vraiment. Tu décorais le monde de pensées et tu augmentais ta réalité jusqu'à te perdre dans la tienne, tu te souviens qu'on t'appelait le rêveur ? Puis forcément, dans ton toi, t'avais le temps de faire plein de choses, ça travaillait là-dedans, la matière grise, comme disait maman... Puis quoi ? Bah t'en as bien profité, pour être dans ton confort, rester là-dedans à ne pas trop en faire, car en fait bah tu savais déjà, tu avais déjà compris, compris le monde, compris les gens, et tu en as joué, et tu en joueras toujours, car c'est un peu comme ça que t'es, à raconter des histoires tous les jours, à retrouver le goût chaque heure chaque minute, dans le jeu de la vie, dans la terreur d'entre les gens, dans le magnifique des liens, ça tu sais jouer... Jusqu'à t'y perdre, c'est pas un jeu, sors-en maintenant. Tu as assez profité, je sais que tu adores ça, ce confort, l'admiration des autres pour ce laisser-aller qui fonctionne parfaitement, c'est normal, tu sais rebondir, montrer le meilleur, dissimuler le pire. Vite, envole-toi loin de là, ça veut pas dire que tu deviendras grand, ça non, tu resteras un enfant, rassure-toi, juste dans la cour des grands qui ne te regarderont plus comme un petit prodige raté, mais comme un grand différent.

Le vent sur le lac faisait onduler l'eau. Tu disparaissais de mes mains. L'univers se transformait. J'étais seul, et autour de moi, les livres et les disques de mon passé, dans ma tête des histoires de futur, un espoir pour le monde, une envie de tout changer... Je t'avais oublié.


Je t'ai aimé, toi la voix rassurante, toi la voix maternante, toi la voix de demain qui ira mieux, toi qui me faisais jusqu'à oublier le présent. Adieu.


Merci.

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