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Après la carrière, ce hangar sinistre. À croire que les lieux qu’elle visiterait désormais seraient le reflet de sa décrépitude. Ils l’avaient détachée et enlevé son bâillon, pour autant elle ne chercha pas à fuir ni ne parla. Elle ne l’envisagea même pas. Elle était au milieu d’eux, vraisemblablement au centre d’un débat houleux entre son ravisseur et le chef des six autres. Son sort était en jeu sans qu’elle se sente concernée. Et c’était la triste vérité : elle ne l’était plus. Elle les observait converser dans une langue inconnue, apathique, presque indifférente. Son crâne bourdonnait sans coup férir, elle avait la bouche sèche de ne plus pouvoir la fermer, son cul irrité de l’intrusion forcée la brûlait, la semence visqueuse de ce porc qui coagulait la démangeait. C’est le pire, pensa-t-elle vaguement. Une souillure pire qu’un cancer. Mais elle était au-delà. Elle était partie, quelque chose était mort en elle, la lumière s’était éteinte, définitivement. Peu importe d’être Petit Soleil ou Diane, elles étaient des vestiges.

— Tu l’as salement esquintée, confirma un homme patibulaire sans qu’elle ne le comprenne.

Oui, la fille était dans un état déplorable. Ses cheveux en pagaille tombaient sur son visage tuméfié, sa mâchoire déboitée l’empêchait de fermer la bouche, ce qui, couplé avec son regard ravagé par les outrages, lui donnait un air de débile profonde.

— J’ai dû lui apprendre à filer droit, se défendit-il néanmoins.

Le moldave désigna son jean déboutonné, derrière lequel sa culotte, maculée de tâches de sperme. Pour ce genre de diagnostic, il était expert :

— Filer droit, hein ? Avec ton engin dans son cul ?

Oleg le dévisagea. Saloperie d’indépendant. Toujours à jouer les vierges effarouchées, toujours pour augmenter les tarifs.

— C’est quoi ton problème, Dimitri ? Ne viens pas faire l’enfant de chœur avec moi.

Pour une fois, ça n’était pas une question d’argent :

— Le problème c’est Kiev, Oleg. Et ta marchandise à moitié morte.

Il soupira de mauvaise foi.

— Kiev, c’est moi. Tu es assez cher payé pour ne pas venir me casser les couilles.

Dimitri tendit ses paumes vers lui en signe d’apaisement. S’embrouiller avec ce type n’était pas une bonne idée. Pour autant, il fallait qu’il comprenne son point de vue, même s’il avait payé plus que le prix juste pour cette opération au pied levé. Avec Kiev, foirade interdite. Oleg lui-même devait être sur la sellette après un tel fiasco. La petite starlette du net qui avait tapé dans l’œil du big boss faisait le tour des chaines d’infos. Dans l’Europe tout entière et peut-être bien jusqu’en Ukraine. L’option raisonnable eut-été de lui loger une balle dans la tête et de se débarrasser proprement de son cadavre. Mais le big boss en question n’en avait rien à foutre. Il la voulait et c’était une raison qui se suffisait à elle-même, quitte à déclencher une guerre pour que Monsieur tape dans le fond de cette pétasse. Toujours est-il qu’elle devait lui être livrée vivante. Et en bon état.

— Avec tout mon respect… Tous ces efforts juste pour une poule… C’est pas qu’une simple pute. Elle compte beaucoup… pour quelqu’un que je préfère ne jamais connaître. J’ai pas envie de me faire trucider parce que tu t’es fait plaisir, Oleg. La route est longue et je suis pas sûr qu’elle tienne le trajet.

En réalité, Oleg était ne pouvait qu’abonder dans son sens. La voie des airs était cramée, la terre et la mer bien plus compliquées et aléatoires. Il avait déjà explosé son délais, il avait même compromis le rapatriement des cinq autres. Ce plan B n’était qu’une fuite en avant, sa tête était déjà sur le billot.

Il avait perdu ses nerfs avec la fille, alors que Vlad était seul responsable. Elle avait tenté ce que n’importe qui d’un tant soit peu intelligent aurait essayé fait : survivre. Elle avait été plus maligne que Vlad, pas faute de l’avoir prévenu. Et il avait commis une erreur en recrutant ce pied tendre. Maintenant, il devait tout faire pour arrondir les angles. Son sort était scellé, celui de sa famille encore en jeu, peut-être. Il soupira sa frustration, il devait à tout prix le convaincre :

— Finissons-en de ce bordel, Dimitri. Embarque moi cette trainée, je te le revaudrai.

Dimitri jaugea son commanditaire. Qu’il lui soit redevable était une bonne chose, certains services valaient tout l’or du monde. Mais le jeu en valait-il la chandelle ? Il se reporta sur la fille qui le dévisageait d’un aire ahurie. Elle était en état de choc. Ou autre chose… Elle eut un sursaut de frayeur lorsqu’il porta la main à son visage pour évaluer l’ampleur des dégâts, mais rien d’autre, elle ne moufta pas. Sa blessure à la mâchoire avait beau être spectaculaire, l’œuf de poule sur son front l’inquiétait d’avantage. Elle poussa un gémissement de douleur lorsqu’il l’effleura. Impossible de connaitre la gravité du coup sans auscultation. Tant pis, il n’avait plus qu’à prier pour qu’elle soit bénigne.

— Ok, Oleg. Je prends. Allez, princesse, rajouta-t-il en mauvais français. On va t’amener à ta nouvelle suite.

Tout était flou, elle les entendait de loin, elle resta incrédule lorsque l’on s’adressa à elle. Elle compris l’invective, une traction sèche entre les omoplates. Elle se mit en marche, machinalement. La réalité s’imposa fugacement lorsqu’elle aperçue son cachot. Un petit container aménagé de toilettes sèches, d’une couchette et de provisions, éclairé d’un néon pâle.

Sa tentative n’avait fait que rallonger le calvaire de son dernier voyage. Une inspiration horrifiée, ce fut tout ce qu’elle avait à en dire. Ses jambes devinrent molles et ses pas difficiles. Des poignes fermes enserrèrent ses biceps, tant pour la soutenir que pour la contraindre à cette marche inéluctable. Des larmes inondèrent ses joues, encore. Elles étaient mécaniques, elle ne les ressentaient plus, elle ne sentait plus rien. Elle laissa ses pensées s’envoler, loin, dans un ailleurs où les choses suivaient leur cour. Son père aimant, ses études, Paris, les joies, les tracas, les peines, un avenir, une vie. Elle en revint lorsque la lourde porte grinça pour se refermer sur elle. Elle n’entendait plus que Vessel qui martelait avec désespoir : It’s to late for me. To late for me. To late…

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