Pluie

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À travers la fenêtre d'un manoir délabré, Diego observe le vent souffler. Les arbres, tous centenaires, ploient au gré des dérives du temps, cèdent, pour certains, et hurlent des craquements de bois, semblables à des lamentations qui résonnent dans la forêt à faible densité.

Un verre en cristal entre les doigts, il se demande si l'eau-de-vie qu'il avale depuis des heures anesthésiera enfin la douleur qui fait pulser son cœur. Cet organe qui souffre et s'apitoie depuis qu'il se retrouve seul à aimer. À adorer un fantôme, un être devenu poussière, telles les bûches qui dans l'âtre crépitent et font s'élever une mélancolique mélodie. Si la chaleur se répand dans cette grande pièce délaissée de vie et de gaieté, son sang reste glacé. Il est si froid que Diego tremble comme les feuilles qui caressent les branches de ces arbres en peine. Il entend le chant de leurs tristes prières, muettes, elles frémissent sous l'averse. Ces plaintes qui espèrent une accalmie, qui quémandent un instant de répit, comme le jeune homme esseulé et égaré. Perdu dans un brouillard qui envahit son monde et inonde son âme d'un voile de désespoir. Il navigue dans des bains déchaînés, sans plus jamais respirer, sans plus tenter de résister à cette obscurité.

La solitude pèse sur ses frêles épaules lorsqu'il traverse le manoir, atteint le corridor et enfin, passe l'immense porte d'entrée. Le vent lui fouette le visage, l'averse se déverse et imbibe rapidement ses vêtements qui lui collent désormais à la peau. Un sourire naît sur ses lèvres gercées alors qu'il s'échoue sur le sol détrempé. Il se remémore ces nombreuses soirées à danser, sous l'orage et les épais nuages, avec celle qu'il a aimée si inconditionnellement qu'il en a oublié comment penser. Quelques mois se sont écoulés depuis que la maladie l'a emportée si loin de lui, mais la douleur est tout aussi oppressante, envahissante, que le jour de ses funérailles. À tel point qu'il passe le plus clair de son temps à déposer des fleurs colorées sur la stèle de leurs souvenirs envolés.

Le regard vers le ciel enragé, il dissimule ses pleurs sous des perles de pluie.

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