Chapitre 1 Partie 3
Deus-Latis
Je viendrais pour la dernière, leur annonça le premier pilier.
Verne
Je connais déjà le vainqueur, s'enorgueillit le porte-foudre.
Larish
Verne de Sif, Verne le solitaire taciturne. Vous correspondez vraiment à ce que l’on raconte de vous Porte-foudre, lui avoua le pilier Protecteur
Verne.
Vraiment ?
Geor
Traiter ce bon vieux Verne de solitaire tient du pléonasme, lâcha vertement Geor. Il est la solitude incarnée. Il est le rocher dans le désert, ironisa-t-il tout en positionnant une carte espion.
Et les rires changèrent de camp, mais le Porte-foudre ne s’en soucia guère et partagea même ce moment. Il y avait dans cette nuit, au sein de cette petite troupe, quelque-chose qui les mettaient sur un pied d’égalité et qui dépassait les chaînes de la naissance et des circonstances.
Deus-Latis
Mais grâce à cela, rajouta le premier pilier, il est capable de résister à tout ce que la nature ou l’homme peut intenter contre lui. Verne mes amis est l’endurance personnifiée. Il est l’intégrité et le courage.
Derrière ce masque d’ironie, ses mots étaient chargés d’une forme de tendresse qui lie deux amis pour la vie.
Deus-Latis
Nos chemins sont liés mon ami, depuis la guerre des Veyders. Depuis lors nos routes sont devenues si différentes et j'ai tout oublié, je suis devenu un autre homme…
Verne
….
Deus-Latis
Il n'y a plus rien entre nous de commun, ni dans le passé, ni dans l'avenir...surtout....surtout dans ton passé, et pourtant nous voici réunis au bout du monde, prêts à affronter les dangers de l'Yggdrasil. Nous qui ne sommes que grain de poussière, nous allons déplacer des montagnes !
Redo
Verne marche sur le long du sentier depuis trop longtemps, marmonna le peintre rouge.
Lafayette
Un sentier, c’est la mémoire que la terre garde des caravaniers, récitait le prêtre sourcier. Plutôt que fait pour marcher, il est fait par les marcheurs. À l’échelle de l’univers, les voyageurs, les caravaniers, aussi puissants soient-ils passent pour grain de poussière. A leur passage se plie l’herbe, leurs foulées s’enfoncent dans la terre, leurs pieds modèlent un passage. Alors soyons fiers car l’infime comme le grain de poussière lui aussi finit par creuser sa marque sur le monde.
Weid
Ainsi parle la sainte. A ce putain de Verne, à notre chef, brailla le pillier fulgurant, déjà bien émêchée sous son armure.
Lumis
Sacrebleu c’est là bonne vérité, ajouta-t-il. Seul un homme s’étant frotté à la fureur inhospitalière de ce monde et de ceux qui y grouillent peut comprendre ce que cela signifie de mener une existence comme celle de Verne.
Rano-hana
Compter que sur soi-même. Sans personne sur qui compter… renchérit à mi-voix l’invoqueuse dont les yeux sous son heaume à plume de bronze se chargeaient de sombres souvenirs. Parfois pourtant c’est bon d’avoir des gens sur qui compter…
L’atmosphère était plus solennelle tout à coup. Verne les observait d’un intérêt soutenu. Ces féroces caravaniers avec leurs vitalité presque primitives et leurs manières franches et droites l’intriguait autant qu’elle le rassurait. Pendant des années, il avait arpenté les routes du monde civilisé ce qui avait quelque peu modifié l’apparence extérieure de cet ancien soldat. Sa nature profonde restait inchangée certes, mais toutes ces années au sein de la civilisation lui avaient amené un vernis de culture, d’éducation et de réserve. Pourtant sous ce vernis brûlait la même nature indomptable que saillaient les hommes et les femmes présents cette nuit, et cela lui plaisait.
Jean
Bah t’as bien raison Rano, lui assura le géomaitre. Les gens cherchent depuis toujours à acquérir du bien matériel en pensant que ça les hissera au-dessus des autres, et ils paniquent à l'idée de rater la moindre occasion de réussite. Mais rater quoi tu vois ? Hoqueta-t-il. Réussir ne consiste pas à acquérir six châteaux, car tu n'en habites jamais qu'un et à l'intérieur, tu n'es que toi-même. Il ne faut pas posséder plus, mais exister mieux moi je dis. Ici je trouve enfin ce que je cherche, ici enfin, j’existe ! Putain ! Aux portes de la mort, Aux portes de la vie, enfin je vais voir ce putain d’arbre bleu ! Et ça, ça fait du bien…
Jeanne
Bon, vous la finissez cette partie, lâcha une femme en armure cramoisie, que je puisse perdre mon pari, ironisa-t-elle.
Larish
Mes chimères vont s'aligner, et la partie est finie.
La troupe retint son souffle, pourtant Geor restait calme. Comme à son habitude.
Geor
Je ne dirais pas cela.
Il ne restait plus qu’une carte à Geor.
Larish
Ne me dis pas que…
Geor
C’est qu’il commence à faire chaud ici, dit-il avec son malicieux sourire.
La carte “Feu mordant” tomba sur le plateau, et la partie était finie. Le vieil ours serrait ses poings à en faire craquer toutes ses articulations.
Geor
C’était une sacré bonne partie Larisch... Larish ? Tu ne vas pas me tuer pour cela, je me trompe. Non tu ne vas pas me tuer.
Larish
Comment peux-tu en être aussi sûr ?
Geor
Et bien le contexte tout d’abord, et puis une telle décision s'accompagne de préliminaires, une mise en condition, un ton de voix.
Larish
Cela pourrait n’être qu’un coup de sang vif, un geste incontrôlé.
Geor
J'ai vu ou plutôt entendu beaucoup de chants de mort au cours de ma vie, et j'en ai raconté un certain nombre tu sais, lâcha-t-il en agitant son livre une fois de plus.
Larish
Si tu commences une de tes histoires, je songerais à quelques préliminaires.
Lys
Alors ? On ne vous entends plus, fit noter la porteuse d’oriflamme.
Geor
Je n'y tiens pas vraiment. J'aime la vie mes amis.
Vandal
Curieux quand on sait où l’on va.
Larish
Moi j’aime la bière, servez-moi donc jeune conteur, et oublions cela, vous avez bien joué.
Deus-Latis qui avait placé sa main instinctivement sur le pommeau de son épée s’était ravisé. Son cœur reprenait ses lentes saccades.
Lumis
Sacrebleu, buvons compagnon, demain nous gravons notre nom dans l’histoire.

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