8.

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L’eau surgit de la pomme de douche et m’asperge le visage. Je ne cherche même pas à mettre le thermostat sur « chaud ». Mes jambes sont ankylosées et mes mains tremblent. Je revois sans cesse le cadavre noir et rachitique, comme un meurtrier assiégé par le remord. Mais surtout, je repense au cyclope, à cette masse poilue et musclée qui m’a foncé dessus.

Madame Wu m’attend derrière la porte de ma chambre, un grand sourire plein de gratitude au visage. À la voir comme ça, inconsciente des dangers que j’ai traversés, j’ai presque envie de la frapper, de coller une gifle monumentale sur son visage lifté.

— Arthur, je tenais à te féliciter pour…

— C’était quoi ce monstre ? Coupé-je, excédé. Il y avait un putain de mutant dans cette salle, un truc immense avec un gros œil dégueulasse en plein milieu de la tronche. Il a failli me tuer !

Elle lève les mains en signe d’apaisement, sans se départir de son minois satisfait.

— Arthur, calme-toi, tu as réussi l’exercice avec brio. Même Rutger n’avait pas fait aussi bien…

— Je me fous de la note de Rutger ! hurlé-je en serrant les poings. Je veux juste qu’on m’explique ! C’était pas des effets spéciaux, hein ? Son œil a cligné… son gros iris noir… c’était pas humain ça, non !

— Écoute-moi…

— Ne me dites pas que c’était un acteur, c’était pas un acteur ! Il était à moitié à poil et j’ai vu… j’ai ses couilles. Des grosses bourses de taureau, brunes, pendantes, immondes… C’était pas un déguisement. Bordel…

Je réfléchis à toute vitesse et lève les yeux vers elle, soudain terrorisé :

— Vous m’avez fait quoi ? C’est des cachets ? Vous m’avez drogué ? Vous m’avez drogué, c’est ça ? Vous n’êtes pas là pour m’aider…

Elle me fixe en silence. Son regard se fait froid et dur.

— Tu me déçois Arthur. Tu me déçois beaucoup. Tu perds tes moyens alors même que tu as réussi l’épreuve et tu pars en plein délire. Ça n’est pas digne d’un de nos membres… Si tu veux rejoindre notre agence, tu devras apprendre à te contrôler.

Je serre les dents et essaie de calmer ma respiration.

— Regarde-toi un peu, sermonne-t-elle. Tu ressembles à hystérique, à un ivrogne qu’on a privé d’alcool ! Oh écoute, je voulais t’annoncer qu’une soirée était organisée sur mon yacht et qu’il y aurait tout un tas de gens passionnants qui souhaitaient te rencontrer, mais au vu de ton état actuel, je crains devoir te laisser là…

— Je me comporterai bien, rétorqué-je après une courte cogitation. Je vous le promets. Je suis désolé, l’exercice m’a plus stressé que je le pensais… j’ai paniqué. Ça ne se reproduira plus…

Madame Wu m’ausculte de ses yeux en amande. Finalement, elle pousse un petit grognement mécontent.

— D’accord. J’accepte. Mais ce genre d’incident ne doit plus se reproduire dans l’avenir, ou je serai contrainte d’appliquer des sanctions.

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