18.

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… les couleurs chromatiques, les flashs prophétiques, les crépitements volcaniques, les relents putrides, les chocs électriques, les éclairs messianiques, le tonnerre apocalyptique, les éruptions nauséabondes, les couinements moribonds…

… les bouches distordues, les éclats de rire démoniaques, les grimaces simiesques, les œillades dévastatrices, les bajoues hilares, les mentons ventripotents, les langues perfides et le cœur, le cœur, froid et dur comme le roc…

… une menace…

Je cours. Je fuis. Je me retourne. Je trébuche. Je tombe. Je m’affale. Je m’écrase. Je rampe. Je me relève. Je me traîne. Je repars. Je cours.

Je n’ai rien vu. Tout cela n’était qu’un rêve… oui, c’est ça. Un cauchemar. Je vais me réveiller, auprès de Maman, et elle me bercera en me chantant la chanson douce, en me prenant la tête et en caressant mes cheveux, jusqu’à que je me rendorme à nouveau…

Un cri meurt en moi. Il forme une boule noire de désespoir et se loge dans mes entrailles, me retourne l’estomac, me glace le sang et ankylose mes jambes. L’air vient à manquer, j’étouffe, et c’est comme si je me noyais.

Des gens vont mourir.

Soudain, les lumières s’allument. Toutes en même temps, d’un seul coup et leur éclat fulgurant me brûle presque les rétines tant j’étais habitué au noir ambiant. Je cligne des paupières et tente de faire le clair dans mes idées, sans trop y parvenir. Je n’ai pas trouvé la clé, ni Maïa ; juste ce vaste pandémonium infernal. En fermant les yeux pour me protéger de la luminosité, je revois l’entrepôt et ces armes et ces explosifs et cette grosse cuve…

J’entends des éclats de voix. Tout proches. Je plonge par terre, derrière un sofa, au moment même où Stulu – je reconnais son accent emporté – et d’autres gens surgissent en face de moi. Je retiens mon souffle et me tasse le plus possible. Ils passent juste à côté de moi, sans me voir. Stulu, dont le ventre s’est allongé de quelques centimètres au moins depuis la soirée sur le yacht, une femme noire dont la tresse fouette le dos comme un serpent enragé et un domestique à la mine pincée.

— Monsieur, dit-il d’une voix empotée, Pupuce s’est échappée…

J’ai juste le temps de voir le signe de main ennuyé de Stulu avant qu’ils disparaissent.

— … il semblerait que cette coquine ait trouvé un stratagème pour se libérer, poursuit-il sur le même ton. La porte de son enclot est grande ouverte…

— Cessez de m’ennuyer avec vos problèmes, réplique Stulu. Elle n’a pas pu aller bien loin. Allez, oust, hors de ma vue !

Les gloussements de la femme qui le suit sont la dernière chose que j’entends de leur conversation. Je me relève et enlève la poussière de mes vêtements, même si le sol a apparemment été fait il y a peu : il brille presque.

Je réfléchis à toute vitesse. Stulu et cette femme… Ils allaient sûrement dans la chambre ! Ils vont découvrir Rutger et Stulu sera furieux ; il dépêchera certainement ses hommes à nos trousses ! Catastrophé, je décide de tenter le tout pour le tout et de les suivre. Stulu a le rire d’une otarie, en plus grave, ce qui facilite ma tâche.

J’arrive dans une grande pièce dont les baies vitrées donnent directement sur la vallée et Rome qui s’étend en dessous, insouciante à nos problèmes. Je tends l’oreille, en quête des barrissements du Sicilien mais n’entends rien, rien d’autre qu’un étrange… grondement. Qui se mue alors en rugissement et je fais volte-face, tétanisé.

Un énorme tigre se tient à deux mètres de moi à peine. Il m’observe d’un air courroucé et ses moustaches frémissent quand ses deux yeux noirs croisent mon regard. Je recule le plus lentement possible, sans faire de mouvements brusques. À deux reprises, il pousse un de ses cris terrifiants qui se répercutent dans la salle.

— Pupuce ! Pupuce ! appelle la voix du domestique. Inutile de rouspéter, je t’entends… J’arrive.

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