21.

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Rutger a ouvert la fenêtre et s’est penché sur la rue, quatre étages plus bas. Il n’a vu personne s’enfuir par là. Ses yeux bleus ont semblé se mélanger au ciel nuageux quand il nous a annoncé qu’il ne savait pas quoi faire et qu’il aurait aimé avoir Madame Wu pour le conseiller.


— Il nous a donné rendez-vous, à moi et Arthur, demain soir dans l’un des restaurants les plus prestigieux de Rome, déclare-t-il en avalant un Xanax. Un de ses restaurants.

— Mais pourquoi faire ? demande Abigail, incrédule.

Il se tourne vers elle. Son regard affiche un air interdit.

— Il veut nous recruter à son compte, apparemment.

Abigail écarquille les yeux.

— Vous recruter ? Il veut que vous travailliez pour vous ? Alors qu’il a juste essayé de vous tuer la semaine dernière ?

— Oui, il ne recule devant rien pour servir ses intérêts ! fulmine-t-il. Il sait que nous sommes des électrons libres depuis la mort de Madame Wu, que l’agence est sans dessus dessous et il pense qu’on sera ravi de tourner notre veste contre quelques petits chèques. Ah le salaud !

— C’est peut-être un piège, remarqué-je inutilement.

Il m’observe avec des yeux ronds.

— Un piège ? C’est à dire ?

— Il veut peut-être nous attirer à lui pour nous tuer plus facilement…

Il secoue la tête.

— Non, s’il voulait nous tuer, il l’aurait déjà fait, puisqu’il sait où nous sommes. Et il ne prendra pas le risque de causer de fusillade dans son établissement fétiche. Ça veut dire qu’il est vraiment sérieux quand il nous propose ça…

Rutger semble réfléchir, peser le pour et le contre. Je me mets à paniquer :

— On ne va pas accepter, n’est-ce pas ? On ne peut pas trahir Madame Wu, elle a dit que c’était un tueur, un terroriste et… il est méchant.

— Un terroriste ? (Il éclate de rire et je ne sais pas s’il se moque de moi ou s’il trouve ça absurde) Non, Stulu est un tueur, un violeur, un voleur mais pas un terroriste, non. Madame Wu s’est simplement emportée quand elle a dit ça.

Je retiens ma langue.

— La bonne nouvelle dans tout ça, dit Abigail, c’est qu’il ne sait pas que nous étions les furieux qui sont entrés chez lui et qui ont essayé de le tuer. Dans le cas contraire, nous serions des cadavres au fond du Tibre et cette conversation n’aurait jamais eu lieu.

Nous hochons tous la tête.

— Je pense qu’on peut essayer de tirer parti de la situation, fait Rutger le plus sérieusement du monde. S’il est prêt à nous recruter, alors peut-être consentira-t-il à libérer Maïa. Mais on devra bosser pour lui…

— Pas si je le tue avant, l’interrompt Abigail en souriant à pleines dents.

— Et comment tu vas t’y prendre ? questionne-t-il d’un ton railleur. Tu vas arriver avec ton petit sac plastique et lui demander de gentiment passer sa tête dedans ?

— Ce n’est pas vos affaires de savoir comment je me débarrasse de lui, rétorque-t-elle, lasse de jouer à la joute des mots avec lui. Vous vous occupez de votre Maïa et dès qu’elle est libre… je le bute une bonne fois pour toute. Vous n’aurez même pas besoin de travailler pour lui.

Rutger étudie, calcule, examine et je fais semblant d’étudier, de calculer, d’examiner.

— Ça me paraît être un bon plan.

— Mes plans sont toujours bons, dit Abigail en sortant une nouvelle pomme d’une poche de sa veste.

Il la regarde manger et demande finalement :

— Combien d’autres sont cachées là-dedans ?

Elle sourit et le jus dégouline de sa bouche quand elle parle :

— Beaucoup d’autres. Beaucoup d’autres…

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