25.

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Dans un avion dans le ciel…

Rob attrape la télécommande et allume le grand écran. Il parcourt rapidement les actualités. Toutes les chaînes ne parlent que de ça : l’attentat de Rome. La destruction du Farandole, fabuleux restaurant de Mario Stulu.

Les images sont impressionnantes. La première explosion, celle de la pomme d’Abigail, filmée par un client sur place, provoque un mouvement de panique. Les cent-vingt-cinq clients présents dans l’établissement et le personnel se dirigent comme un seul homme vers la sortie. Ils se bousculent, poussent des cris apeurés. Certains restent figés et observent le nuage de poussière à l’étage, comme si c’était une apparition divine. Personne ne songe à venir en aide à ces statues pétrifiées.

Le chahut au niveau des portes est monstrueux. Les vigiles tentent tant bien que mal de contrôler le débit de clients, mais se font vite submerger. L’un d’entre eux se fait écraser par des dizaines de pieds et ses collègues sont contraints à regarder l’horrible spectacle, sans pouvoir agir. Le pauvre pousse des hurlements, et se transforme bien vite en loque inanimée, salie par le passage de la foule. Une douzaine d’individus réussissent à s’échapper. Les autres se retrouvent bloqués aux portes, derrière un mur humain infranchissable.

À ce moment-là, la deuxième explosion retentit.

Les bombes, placées le long des murs et à l’entrée, détonent toutes en même temps. Il y a un grand flash. Un immense champignon rougeoyant apparaît là où se trouvaient une seconde plus tôt les malheureux qui cherchaient à s’enfuir. Au milieu de cet enfer incandescent, ils sont brûlés, pulvérisés, atomisés. Une boule de braises ardentes, de fumée grisâtre enfle à une vitesse folle et souffle toutes les vitres des bâtiments dans un rayon de trente mètres. Elle monte haut dans le ciel, et à ce moment-là, tous les habitants de Rome s’arrêtent, lèvent les yeux et poussent une exclamation de surprise, de désespoir. La mort a frappé.

Les murs du Farandole ne supportent pas la déflagration. Ils se fissurent et finissent par s’effondrer sur eux-mêmes. Les trois-tiers du bâtiment s’écroulent sur les quelques miraculés qui espéraient survivre à leurs blessures. Le dernier tiers, fièrement dressé en l’air, subira le même sort douze minutes plus tard et s’affaissera sur les décombres fumantes, tuant au passage les premiers secours arrivés sur place.

Dans la rue, le souffle de l’explosion renverse les voitures garées, coupe un bus à soufflet en deux, fracasse les vitrines de plusieurs grands magasins. Les passants sont propulsés en l’air. Une image restera : celle d’une vieille dame promenant son caniche. La vieille dame a été protégée par un abris de bus, mais pas le caniche. Quand elle recouvre ses esprits, le caniche a disparu ; ne reste qu’un lambeau de laisse brûlée encore fumant. Plus loin, un homme se fait écraser par une grosse berline. Ses cris d’agonie hantent l’avenue durant les minutes d’apocalypse qui s’ensuivent. Une jeune femme se fait décapiter par le capot décroché d’une voiture. Une fillette abandonnée pleure au milieu du chaos.

Les secours sont dépêchés. D’abord une lignée de camions de pompiers et d’ambulances, sirène hurlante, escortés par les fourgons carabiniers et les voitures de police ; puis, quelques minutes plus tard, les unités cynophiles, les forces spéciales qui interviennent en hélicoptère. Les secouristes arpentent les décombres à la recherche de survivants. Dans les deux heures qui suivent, seules deux femmes seront sauvées. La première se trouve dans un état critique, la seconde est étrangement indemne, ce que les présentateurs qualifient de miracle. Les journalistes se mêlent à ce triste spectacle, complètent le tableau d’un quartier sinistrée. Les flashes crépitent, les témoignages se succèdent. La plupart des témoins sont en état de choc et ne peuvent pas parler. Un homme agresse une journaliste et annonce que le Jugement Dernier est arrivé, que les hommes vont payer pour leurs péchés.

Les secours s’activeront toute la nuit, peut-être même dans les jours suivants. Ils portent des masques pour supporter l’affreuse odeur des macchabées, des corps broyés, déchiquetés, consumés. Les lumières balaient les ruines du Farandole, dans lesquelles reposent, je le sais, Mario Stulu, le Sicilien, puissant allié et traître de l’agence ; et Abigail, la furieuse Abigail qui malgré tout, aura accompli sa vengeance. En y laissant la vie.

Rob dit que les terroristes ont usé d’elle pour leur crime, qu’elle ne savait sûrement pas dans quoi elle était impliquée. Il dit que nous avons eu beaucoup de chance de nous en sortir, que quelques secondes de retard nous auraient coûté la vie à tous. Il dit que maintenant, nous sommes sains et saufs, dans ce jet privé qui survole la France vers une destination inconnue, parce que l’agence veille sur nous. Comme elle l’a toujours fait, comme elle le fera toujours.

Rutger est dans une pièce au fond de l’avion, en train d’être soigné. Il a reçu un coup de couteau dans le dos, mais s’en remettra. Rob ne veut pas que je lui parle. Je lui demande ce qu’il se passe. Il me répond que les réponses arriveront quand nous serons là-bas, que je saurais tout, enfin.

Il est temps de finir ma formation.

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