Chapitre 9

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Violette était restée un moment à contempler la photographie qui reposait sur la console près du canapé. En s'attardant sur le visage de Julia, elle avait songé au drame que lui avait confié Fred et se sentait proche d'elle d'une certaine manière. Tandis qu'elle détaillait le regard de la jeune femme, elle avait remarqué deux petites larmes à la commissure de ses paupières. Elle avait caressé le papier glacé, cherchant à faire glisser ces perles d'eau le long de ses doigts mais Julia continuait de la fixer, un sourire triste accroché à ses lèvres. L'impression de regarder son propre reflet dans un miroir l'avait saisie.

En déplaçant ses yeux sur la bouille de Maya, figée dans un éclat de rire, il lui avait semblé entendre l'écho de sa joie résonner dans le couloir. C'est sans doute ce qui lui manquait le plus, la perspective d'écouter un bonheur insouciant carillonner au milieu de ce monde où les rêves tintent comme du verre brisé.

  • Tu veux aller boire un verre quelque part ?

La voix de Fred, douce et bienveillante, l'avait tirée de ses réflexions. Elle ne savait expliquer la façon dont il se comportait avec elle mais il lui donnait l'impression de la comprendre d'un simple regard et, par conséquent, de savoir dans quelle direction la mener.
Elle avait regardé une dernière fois Julia, mais sa mélancolie s'était envolée. Elle s'était levée pour suivre Fred, emportant le rire de la petite qui tintait encore à ses oreilles comme des milliers de petites clochettes.

**

Cling-ling

La petite cloche au-dessus de la porte du Sunday's ramena Violette au présent. Assise sur l'une des banquettes du fond, elle aperçut son père entrer aux côtés de Pauline. Elle fit un petit signe pour leur indiquer sa présence et les regarda s'avancer vers elle. Son amie avait la mine enjouée et sa queue de cheval se balançait au rythme de ses pas allègres.

Félix était le seul capable de distiller cette euphorie chez la petite blonde. Du plus loin qu'elle se souvienne, Pauline n'arborait cette attitude qu'à son contact. Petite, Violette avait remarqué les regards en coin que son amie jetait à son papa chaque fois qu'elle venait chez eux. Un de ces regards mêlés d'admiration et de regrets que les enfants posent sur ce qu'ils n'ont pas. La lueur de tristesse qui faisait briller les yeux de sa copine avait profondément touchée Violette qui s'était promis de partager bien plus que sa boite à goûter.

Un dimanche par mois, ils se retrouvaient tous les trois pour bruncher. Cette tradition avait été instaurée par Félix à la suite d'un repas auquel les deux jeunes femmes n'avaient pas touché, l'estomac encore en vrac de leur soirée de la veille et du petit-déjeuner tardif qu'elles avaient pris avant de venir. Si Pauline et Violette se montraient désormais plus raisonnables le week-end, ce brunch était surtout l'occasion pour eux trois de retrouver un semblant de famille et de combler leurs manques.

  • Salut ma grande !

Violette se leva et embrassa son père. Son parfum musqué l'envahit aussitôt. Elle s'attarda un instant dans ses bras, savourant ces quelques secondes qui n'appartenaient qu'à eux, puis elle se rassit, le laissant s'installer aux côtés de son amie.

  • Comment va ta mère ? s'enquit Félix auprès de Pauline.
  • Très bien. Sa boutique ne désemplit pas. Elle est heureuse. Enfin je crois.
  • C'est bien, elle le mérite. C'est une femme courageuse.
  • Et...Hortense ? demanda-t-elle à son tour après un rapide coup d'œil à son amie.

Violette détourna la tête. La réponse ne l'intéressait pas. Elle savait d'ailleurs que ça n'intéressait pas plus Pauline et qu'elle n'avait posé cette question que par pure politesse. Elle savait aussi que son père n'était pas dupe.

  • Ça va, répondit Félix en souriant.

La serveuse vint prendre leur commande, ce qui eut le mérite de couper court à cet échange sans réel intérêt. Félix les questionna alors sur leur boulot. Pauline lui expliqua son projet, fière du travail qu'elle avait mené et Violette, qui n'avait rien de bien intéressant à raconter à ce sujet, lui répondit que tout allait bien.

  • Et côté cœur ? Un petit amoureux ?
  • Papa ! Félix ! s'exclamèrent les deux jeunes femmes.
  • Quoi ?

Violette leva les yeux au ciel tandis que Pauline riait.

  • On n'a plus six ans Papa.
  • Vous aurez toujours six ans à mes yeux, et je m'inquiéterais toujours pour vous deux, répondit-il, une lueur d'émotion dans les yeux.

La serveuse leur apporta leurs verres et, tandis qu'ils levaient leurs jus d'orange pour trinquer, les deux amies se sourirent, à la fois émues par la dernière réplique de Félix et fières de ce papa qu'elles se partageaient.

**


Félix était reparti de son côté, laissant les deux amies flâner dans les rues de Vincennes. De retour chez Violette, Pauline remarqua la chemise à carreaux posée sur le dossier du canapé.

  • C'est quoi ça ? demanda-t-elle les sourcils froncés.
  • Une chemise ?
  • Très drôle ! C'est à Fred ?

La boxeuse leva un sourcil provocateur.

  • Putain Violette ! Fred ?
  • Oh, détends-toi. Il me l'avait passée l'autre soir parce que j'avais froid.

Devant la mine contrariée de son amie, elle lui raconta brièvement les soirées qu'ils avaient passés ensemble.

  • Il est super sympa. Et drôle aussi. Je ne sais pas comment expliquer mais il débloque quelque chose en moi.
  • T'es amoureuse ? demanda Pauline d'un air dégoûté.
  • Pas du tout, c'est purement platonique.

Perplexe, Pauline la mit en garde une fois de plus.

— Fais gaffe. Le truc de Fred c'est de passer d'une fille à l'autre...

— Je te dis qu'il n'est pas comme ça, la coupa Violette. De toute façon, il ne s'agit pas de ça entre nous. Il n'y a aucune ambiguïté. Sois contente pour moi.

  • Je suis contente pour toi ! Si c'est grâce à lui que tu retrouves le sourire et la joie de vivre alors c'est très bien mais je ne peux pas m'empêcher de m'inquiéter pour toi, tu le sais.
  • Je le sais. Et c'est gentil de t'inquiéter pour moi mais je ne cherche rien de plus qu'un ami. Je me sens comme libérée quand je suis auprès de lui. Alors cesse de te faire du souci pour moi et pense un peu plus à toi, lui répondit-elle d'une voix douce. Alors, Samson ?

Pauline soupira.

  • C'est compliqué. Quand un mec baise juste pour s'amuser, c'est un dieu, quand une fille le fait, c'est une salope !

Violette fronça les sourcils, pas certaine d'avoir saisi.

  • Il t'a dit ça ?
  • Pas comme ça... Mais bon c'est ce que ça voulait dire !
  • Il en pince pour toi alors ?
  • Peut-être, je ne sais pas. De toute façon ce n'est pas ce que je veux, tu le sais.
  • Tous les mecs ne sont pas comme ton père Pauline, risqua Violette.

Les yeux de son amie se voilèrent à cette mention.

  • Ce sont tous des cons, pas un pour rattraper l'autre. Ils te prennent et après ils te jettent. Dès que t'as besoin d'eux pour autre chose qu'une partie de jambes en l'air, hop ils se font la malle. Regarde mon père, regarde Antoine... Tous dans le même panier j'te dis.
  • Regarde mon père...
  • Ton père c'est l'exception qui confirme la règle.
  • Mon père c'est la preuve que l'amour existe bien quelque part.

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