Chapitre 9

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Le séjour touchait à sa fin. Violette se sentait plus reposée, mais les émotions se bousculaient toujours à l'intérieur d'elle. Elle avait beau vouloir aller de l'avant, quelque chose de plus fort que sa volonté pulsait dans son coeur, battait dans ses veines. Il lui semblait que son corps tout entier bouillonnait. Rongée par le doute, elle dépassa l'angoisse qu'elle ressentait pour aller au bout de son idée. Il fallait qu'elle en ait le coeur net avant de rentrer.

L'eau du bain continuait de couler, tandis qu'elle attendait péniblement que le temps opère. Ses doigts pianotaient sur la vasque, témoins assourdissant de l'anxiété qui, muette, sinuait au creux d'elle. Elle s'empara rageusement du téléphone pour observer l'heure qu'il était et découvrit les deux nouveaux messages qui l'attendaient. 

« Violette,

J'ai peut-être précipité les choses.

Je m'excuse. J'attendrai le temps qu'il faudra.

Antoine »

« Violette,

Je m'en veux d'avoir tout gâché.

Tu as raison, peu importe le passé,

c'est le présent qui compte.

Fred »


Violette reposa le téléphone sur le marbre du lavabo et se figea. Le temps était écoulé. Elle était complètement désemparée. Comment la vie pouvait-elle se montrer si cruelle avec elle ? Elle avait l'impression que chaque tentative pour faire un pas en avant se soldait par un nouvel obstacle à franchir. Pourtant, elle savait qu'elle ne parviendrait pas à le surmonter cette fois-ci. Ses mains tremblaient, des remontées acides lui brûlaient la gorge et des étoiles dansaient devant ses yeux. Elle se laissa glisser à terre, s'allongea sur le carrelage froid et ferma les paupières. 

Les images se succédaient dans son esprit, faisant défiler sa vie devant ses yeux en un puzzle de souvenirs.

Des fleurs coupées. De l'amour en bouquet. Un sourire sur les lèvres. Un regard sévère. Des pétales sur le sol. Une feuille de tilleul qui s'envole.

Des larmes salées. Un baiser sucré. Des notes de guitare. Le clair de lune près du lac. Des éclats de rire. Des promesses, des soupirs. Un peu d'elle, un peu de lui. Un ventre arrondi.

Le noir. Un chauffard. Des cris. Des bips. Un sourire éphémère. Le cimetière. Un battement de cœur. Des douleurs. L'hôpital. Des flammes. Des sanglots. Les ailes d'un oiseau.

Des doigts emmêlés. Des perles de rosée. Le soleil. Les persiennes. Une comète. Des fossettes. Un regard azuré. Un voilier.

Les visages de ses proches tourbillonnaient à lui en donner la nausée. Fred. Antoine. Hortense. Florian. Antoine. Fred. Pauline. Leurs portraits se mélangeaient, s'effaçaient, pris dans le tourbillon vertigineux de son esprit. Ça cognait dans sa tête. Les rires, les cris résonnaient dans ses oreilles et rebondissaient contre les parois de son crâne. Elle se recroquevilla, les deux mains plaquées contre ses tempes pour faire cesser les bruits, et, appuya encore et encore jusqu'à ce que tout devienne noir.

  • Violette ! Oh ! Violette !

Une voix. Familière. A la fois ferme et bienveillante. 

Elle aimait entendre cette voix. Elle l'avait bercée tant de nuits, avait été son guide dans l'horizon brumeux de son passé.

  • Violette, tu m'entends ?

Oui ! Elle l'entendait.

  • Ouvre les yeux ! Violette !

La jeune femme entrouvrit les yeux. Pauline était penchée sur elle et lui hurlait des mots incompréhensibles. Ses oreilles bourdonnaient. Ses yeux papillonnaient. Elle reprit doucement ses esprits, guidée par la voix rassurante de son amie.

  • Qu'est-ce qui s'est passé ?

Violette fixait Pauline, la bouche entrouverte, prête à lui révéler le mal qui la rongeait. Pourtant, aucun son ne filtra à travers ses lèvres sèches. Les mots semblaient s'être enlisés dans la lave pâteuse qui remontait dans son oesophage et la brûlait de l'intérieur. Les larmes embuèrent ses yeux tandis qu'un violent spasme lui contracta l'estomac. Elle eut juste le temps de se redresser avant de régurgiter l'intégralité de son petit-déjeuner.

Penchée au-dessus des toilettes, les yeux fermés, le front trempé, Violette s'accrochait désespérement à la voix de Pauline.

Toujours incapable de parler, elle s'empara du bâtonnet et le lui tendit. A travers ses larmes, elle distingua le regard affolé de son amie.

  • J'y arriverai pas ! J'y arriverai pas !
  • Chuuuut.

Dans les bras de Pauline, Violette répétait inlassablement les mêmes mots.

  • J'y arriverai pas.
  • Si tu y arriveras ! Je suis là !


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