Chapitre 1
Penelope se trouvait devant la porte de son psychiatre. Juste avant de toquer, elle ajusta rapidement ses vêtements et observa le peu de son visage qu’elle voyait à travers une plaque dorée sur laquelle elle pouvait également voir l’inscription « Dr P.PARKER ». Elle n’avait absolument aucune envie de faire mauvaise impression pour sa première séance. Quelques jours avant, elle avait scruté presque tous les avis internet sur le cabinet du médecin, les notes positives l’avait grandement rassurée tant avait elle éprouvé de grandes réticences à l’idée de s’ouvrir sur ses peines et son mal-être. Dire que les derniers mois avaient été pour le moins compliqué serait un euphémisme. Londres était en plein milieu du plus beau des printemps mais le sien était sans aucune douce brise chaude, ni fleurs et encore moins la joie de vivre.
— Penelope ? Entrez je vous en prie, dit le docteur d’un large sourire en ouvrant la porte.
— Merci.
— Laissez-moi juste le temps de récupérer notre carnet. Choisissez le siège que vous voulez !
Etrangement, la pièce fit ressentir une sensation d’apaisement instantané à la patiente, dans un style vintage il lui rappela les dessins que sa mère faisait lorsqu’elle était petite. Un fauteuil en particulier semblait d’être celui du médecin, une tasse fumait sur un petit meuble d’appoint juste à côté. Elle ne s’imaginait absolument pas s’asseoir dans un fauteuil bleu royal posé trop près selon elle de celui du docteur ni sur le beige trop proche du mur.
— Vous ne vous asseyez pas ? questionna le docteur.
— Si, si euh… excusez-moi, répondit Penelope gênée.
— Je laisse peut-être un peu trop de choix à mes patients, ria-t-elle. Je vous avoue que j’ai toujours eu du mal me décider.
Elle sourit en guise de réponse ne sachant que dire et opta finalement pour un canapé jaune pâle qu’elle trouvait un peu cliché tant il ressemblait à ce que l’on voyait dans les films, après tout ces derniers devaient bien s’inspirer de la réalité. En voyant le docteur ouvrir son carnet et sortir son stylo elle sentit une peur monter en elle.
— Pas de panique Penelope, ce n’est que notre outil de travail, dit le docteur sans même avoir vu cette dernière. Vous avez un très joli pull dis donc.
— Euh… merci, répondit-elle repensant au temps astronomique qu’elle avait mis pour se décider devant son miroir.
— Dites-moi comment allez-vous aujourd’hui ?
— Par où je pourrais commencer…
— Comme vous souhaitez, nous retomberont toujours sur nos pattes, sourit le docteur.
— Je ne sais pas… je crois que je ne vois pas la vie en couleur comme tout le monde.
— C’est-à-dire ?
— La mienne est teintée de noir et de gris. Je m’efforce d’y ajouter de la couleur pour remonter la pente mais je ne sais même pas si je suis sur une pente.
— Un événement particulier vous afait perdre les couleurs. Quel est-il ?
Penelope savait qu’elle avait besoin d’aide, mais exposer la raison de sa venue c’était avouer que tout s’était bel est bien passé de la pire des manières possibles. Elle respira un bon coup tandis que les larmes brouilaient peu à peu sa vue.
— Mon mari est décédé quatre jours après notre mariage.
— Mon dieu, toutes mes condoléances, répondit le docteur Parker le cœur emplit de compassion.
— Merci.
Penelope s’empressa d’essuyer ses larmes en attrapant un mouchoir sur la table basse devant elle. Se montrer si vulnérable hormis face à son défunt mari lui était bien trop désagréable. Le docteur Parker semblait ne plus être attentive à sa patiente, observant depuis un moment par la fenêtre les rayons du soleil frapper ses carreaux. La préoccupation se lisait sur son visage quand soudain elle se résigna.
— Perdre un être cher est une des épreuves les plus difficiles Penelope. Je partage votre peine, je vous assure, mais je ne peux absolument rien pour vous. Vous ferriez mieux de rentrer chez vous.
— Pardon ? s’indigna Penelope.
— Tu m’as bien entendu.
Sans voix, elle était comme tétanisée par l’annonce du docteur. Elle avait envie de hurler sa colère, de lui balancer en pleine face le pot de fleur sur la table, de se ruer sur elle et de la démolir.
Mais il n’en fut rien. Ou presque.
— C’est une blague j’espère. Non mais vous vous foutez de moi, fulmina Penelope.
— Absolument pas, je suis on peut plus sérieuse.
Le docteur garda son calme ce qui énerva encore plus sa patiente.
— Non mais je rêve, hurla Penelope en se levant brusquement. Et pourquoi je devrais m’en aller, madame le docteur ?
Le docteur souffla un bon coup avant de fermer son carnet, remonter ses lunettes à grosse monture noire tout en passant ses mains sur son visage.
— Parce que j’ai également perdu mon mari, le même jour que toi et surtout parce que je ne suis absolument pas psychiatre.
— Je ne comprends pas, de quoi vous me parlez ? J’ai trouvé votre cabinet sur internet !
— Arrête de me vouvoyer s’il te plaît. Penelope, je suis toi !
— Quoi ? mais qu’est-ce que vous me racontez ?
— Tu viens me voir à chaque fois que tu as des épisodes.
— Mais quels épisodes ?
— Je suis dans ta tête, mon cabinet n’est pas réel. Tu es malade depuis la mort d’Asher.
Penelope observa la pièce tout autour d’elle tout en s’y déplaçant, cette sensation étrange qu’elle avait ressentit en arrivant ici, cette sensation d’être protégée par le lieu s’avérait être mystérieusement réelle. Perdue, comme dans un rêve, elle s’effondra au sol.
— Le sédatif commence à faire effet, elle se calme, docteur Parker.
— Très bien, prévenez-moi si elle recommence.

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