Le couloir

Une minute de lecture

C’est dans les couloirs du lycée que ma vie s’est transformée.

Un après-midi nuageux étouffait toute lumière. Aucun rayon de soleil ne traversait les vitres opaques, donnant à ce long couloir blanc la morosité d’un hôpital. Les murs semblaient chargés de tristesse, comme s’ils avaient absorbé les soupirs de centaines de visages fatigués, penchés vers le sol, attendant une improbable guérison.

Je marchais le cœur lourd, mes émotions ternies par ce ciel grisâtre qui collait à la peau.
Soudain, une silhouette fine traversa le couloir.

Ses cheveux blonds se balançaient doucement, malgré l’absence de vent. Ses yeux verts fixaient droit devant eux, sans la moindre hésitation, révélant une estime d’elle-même qui me frappa de plein fouet. Sa démarche était calme, assurée, dénuée de toute fébrilité.

Moi, je m’approchais, envahi par l’appréhension. Je bombai légèrement la poitrine, tentant maladroitement de me donner contenance. Une posture défensive, ridicule mais nécessaire. Je refusais de m’écraser devant elle.
Même si c’était la fille sur qui j’avais des vues.
Même si elle m’impressionnait plus que je ne voulais l’admettre.

Mon visage se figea, inexpressif. J’accélérai le pas.

Nos trajectoires convergeaient.

— Bonjour Yann, dit-elle d’une voix douce et joyeuse.

— B… Bon… com… oui !

Elle plissa légèrement les yeux, pencha la tête en arrière, puis esquissa un sourire. Un sourire qui fit disparaître, l’espace d’une seconde, toute la grisaille de la journée.
Elle me dépassa.

Un léger gloussement résonna derrière moi.

Je fis encore un pas. Puis un autre, plus lent. Jusqu’à m’arrêter complètement. Figé. Incapable d’avancer. Mon esprit repassait la scène en boucle, imaginant mille scénarios, mille répliques que j’aurais dû prononcer.

La culpabilité monta.
L’amertume suivit.

Des souvenirs surgirent : moi, face au miroir, répétant des sourires, des postures, des intonations. M’entraînant à devenir quelqu’un d’autre. Quelqu’un de mieux.

Puis un éclair glacé : elle était meilleure amie avec Susie la piplette.

Le sang me monta aux joues. La honte me brûla de l’intérieur. Je pensai à tous les lycées des environs. Il me serait impossible de finir ma scolarité ici.
L’année serait longue.

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