CHAPITRE 13 – QUELQUES JOURS
Le petit bonhomme vert est là. Jonathan ne clique pas ; l’écran reste tel quel, le curseur clignote. Dans l’appartement, rien ne bouge. Il prend ses clés de voiture. Quelques secondes plus tard, il est dehors.
Mehdi est là. Assis dans l’herbe rase de la colline, genoux repliés contre sa poitrine, regard vers l’horizon. Il porte son survêtement, capuche relevée, mains enfouies dans les poches. Jonathan s’arrête à un mètre de lui. S’assoit.
— Je savais que tu serais là.
Mehdi tire sur sa cigarette, laisse la fumée s’échapper lentement.
— Ouais.
Une dernière bouffée, le mégot tombe dans l’herbe et il se penche légèrement en avant, les bras croisés sur ses genoux. Il sort son iPod de sa poche, enroulé d’écouteurs blancs. En tirant sur le fil, son téléphone glisse hors de la poche de son survêtement. L’écran s’allume brièvement. Une dizaine d’appels manqués. Mehdi le retourne vite et le renfonce dans sa poche.
Il lance la musique, des notes de piano d’abord, bientôt rejointes par des basses lourdes, puis tend un des écouteurs à Jonathan, qu’il porte à son oreille — Fonky Family, Mystère et Suspense. Le premier couplet passe, le fil blanc entre eux.
— Mais t’sais... J’en peux plus d’ici. Toujours pareil.
Il s’arrête. Ses mains se rapprochent de sa bouche, il rallume.
— J’veux m’casser.
Mehdi aspire longuement, expire dans l’air glacé.
— Besoin d’partir.
— Où ?
— J’sais pas. Loin.
— Tu partirais quand ?
— Si j’pouvais, j’partirais demain.
— Pourquoi tu pars pas ?
Mehdi tourne la tête vers lui.
— C’est pas si simple.
Jonathan ne pousse pas. La nuit tombe, les lampadaires s’allument en bas, tandis que le froid remonte par l’herbe et que la musique continue dans leurs oreilles.
Le petit doigt de Mehdi touche le sien. La main se retire.
Le cuir de Jonathan capte ce qui reste de lumière.
— Elle est lourde, ta veste.
Jonathan baisse les yeux, passe une main dessus.
— Ouais… enfin. Tu t’y fais.
Mehdi regarde encore, sans rien dire. Après un silence :
— J’t’avais jamais vu avec.
— Je la mets pas tout le temps.
Le vent remonte de la pente.
— Fais voir.
Jonathan ne bouge pas tout de suite. Sa main reste posée sur le cuir.
— C’est fragile.
— T’inquiète.
Il hésite une seconde, enlève la veste. Il la garde entre les mains, sans la lâcher, avant de la tendre. Mehdi écrase sa clope, la prend, l’enfile ; le cuir craque quand il passe les bras, il ajuste les manches sans se regarder.
— Elle est bien.
Sur lui, la veste se tient autrement. Jonathan le regarde.
— Fais gaffe quand même.
Mehdi acquiesce, ailleurs. Il passe la main sur la fermeture, tire un peu dessus.
— Elle tue. J’vais m’la péter avec au quartier. Quand les gars vont me voir…
Un sourire esquissé.
—…c’était juste pour essayer.
Mehdi tourne à peine la tête vers lui.
— C’est bon, Jo.
Ses yeux reviennent devant.
— Quelques jours.
Rien ne sort. Puis :
— Tu me la rendras.
— Ouais. La prochaine fois.
Jonathan ne dit plus rien.
— On bouge ?
Mehdi tire légèrement sur les manches. Ils redescendent.

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