CHAPITRE 14 – LE SEPTIEME

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Samedi, soirée privée ds le 7ᵉ. Tu viens ?

Deux heures plus tard :

Ok t pass m chrché ?

Jonathan se gare aux pieds des tours à dix-neuf heures trente précises. Jean sombre, chemise blanche, manteau long. Mehdi apparaît en bas de la dalle et traverse le parking en roulant des épaules. Le cuir glacé. Fermeture tirée haut, col relevé. Arrivé près de la voiture, il s’arrête une seconde sous la lumière orange, écarte les bras, fait un tour sur lui-même. Il ouvre la portière, s’affale dans le siège, sourire aux lèvres.

— T’as vu, j’me suis habillé.
— Oui… j’ai vu.

Il tire sur sa ceinture, jette un coup d’œil rapide derrière la voiture.

— Vas-y, décolle.

Le moteur repart. La veste noire prend les néons en plein pli. En dessous, une chemise blanche ouverte sur un t-shirt. Le pantalon coupe au-dessus de la cheville. Aux pieds, des chaussures à bout carré, lustrées. Les doigts remontent dans les cheveux plaqués en arrière avant de tirer sur les manches.

Sur le périphérique, Mehdi regarde dehors, ouvre le pare-soleil, relève les yeux vers le rétroviseur.

Ils arrivent devant l’immeuble haussmannien du septième arrondissement.

— C’est là ?
— Oui. Au 3e.

Mehdi lève la tête vers les fenêtres illuminées, se redresse. Ils montent l’escalier. Moulures. Tapis rouge. L’ascenseur ancien gémit derrière sa grille métallique. La porte de l’appartement est entrouverte. Une musique lounge sous des rires de salon. Jonathan entre ; Mehdi suit, une seconde après, pendant qu’une hôtesse les débarrasse de leurs vestes. Du monde, coupes de champagne à la main.

Mehdi se tient droit. Il articule.

Paris arrive au fond du couloir, pantalon de velours bordeaux, chemise noire, et vient faire la bise à Jonathan.

— Ma beauté.

Il balaie la pièce du regard, s’arrête sur Mehdi, revient.

— Tu connais du monde ici ?
— Un peu.

Paris sourit.

— D’accord.

Il s’éloigne. Mehdi le rejoint quelques minutes plus tard.

— C’est qui le mec en pantalon bordeaux ?
— Paris. Mon pote.

Un homme s’approche, coupe de champagne à la main.

— Vous étiez où cet été ?

Mehdi le regarde.

— Ici.
— Ah. Nous, les Cyclades. Santorin. Vous connaissez ?
— Non.

L’homme esquisse un sourire, puis n’est plus là.

Vers vingt-trois heures, Paris réapparaît près de Jonathan.

— Je vais filer. Rendez-vous demain au Georges, vers midi ?
— Ouais. Je viendrai.
— Parfait.

Il l’embrasse.

— A demain.

Mehdi arrive peu après. Il tient sa coupe de travers.

— Ça t’dit qu’on s’casse ?
— T’es sûr ? On peut rester encore un peu.
— Nan, j’ai envie d’partir.
— D’accord. On y va.

Ils prennent congé, descendent, montent dans la voiture. À peine assis, Mehdi se laisse tomber contre le dossier, veste ouverte, chemise déboutonnée. Jonathan tourne la clé. Ils prennent le périphérique, en sortent un moment plus tard.

— C’était comment ?

Mehdi fume. Regarde par la fenêtre. Du béton. Des parkings.

— Chelou.

Ils arrivent en bas des blocs, rue Paul Éluard. Il sort, se penche vers l’intérieur, la main sur la portière.

— Bien vu l’invit’ Jo. Mais on va en rester là, pour l’moment.

Il referme, frappe deux fois sur le toit avant de vite s’éloigner, cuir sur le dos.

— Eh ! —

La ceinture bloque ; Jonathan tire, se libère, sort. Il fait quelques pas tandis que Mehdi continue, avalé par la nuit.

De retour dans la voiture, le téléphone dans la main. Il appelle, attend, écoute la sonnerie. La messagerie arrive, il coupe avant la fin. Réessaie immédiatement. Cette fois, la ligne ne prend même pas.

Il descend, traverse lentement la dalle. Sous la masse d’un immeuble, il lève les yeux. Une fenêtre reste allumée, plus haut. Il la fixe. Quelqu’un tire un rideau.

Il avance vers l’entrée, ralentit, reste là une seconde. Finit par se détourner, et repart vers la voiture.

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