Le chaperon rouge

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Chapitre I — La trouvaille

Lou avait treize ans et connaissait la forêt mieux que quiconque au village. Elle s’y aventurait presque chaque jour, glissant entre les troncs moussus, suivant les sentiers invisibles que seuls les habitués devinaient.

Ce matin-là, le ciel était pâle et le sol encore chargé de rosée. En longeant un vieux chêne tordu, elle aperçut quelque chose de rouge, accroché à une branche basse. Un tissu, vif comme une braise dans la pénombre verte.

Elle s’approcha.

C’était un chaperon.

Elle le décrocha délicatement. Le tissu était doux, étonnamment propre pour un objet abandonné là. Sans réfléchir, elle le posa sur sa tête. Il tomba parfaitement sur ses épaules, comme s’il avait été cousu pour elle.

Lou sourit à son reflet tremblant dans une flaque d’eau.

— Il est à moi maintenant, murmura-t-elle.

Elle le rapporta chez elle, le lava soigneusement dans l’eau du puits et le fit sécher au soleil. Le soir venu, elle le plia avec soin et le garda près de son lit.

Chapitre II — Le murmure du village

Le lendemain, le village n’était plus le même.

Des voix basses se croisaient sur la place. Les visages étaient fermés. On parlait d’un homme retrouvé mort dans la forêt, le corps dissimulé sous des branches.

— Une bête, disaient certains.

— Non… quelque chose d’autre, répondaient d’autres.

Lou écoutait, silencieuse, le chaperon sur les épaules. Elle frissonna, sans savoir pourquoi.

Cette nuit-là, elle rêva de la forêt. Elle courait entre les arbres, mais ses pas ne faisaient aucun bruit.

Chapitre III — Les traces

Les jours passèrent, et un second corps fut découvert. Puis un troisième.

Toujours dans la forêt.

Toujours sans témoin.

Lou continuait ses promenades, malgré les avertissements. Elle disait à sa mère que la forêt ne lui ferait jamais de mal.

Parfois, en rentrant, elle trouvait ses chaussures couvertes de boue qu’elle ne reconnaissait pas. D’autres fois, elle ne se souvenait plus du chemin qu’elle avait pris.

Une fois, elle remarqua une fine déchirure au bas de son chaperon.

Elle ne se rappelait pas comment elle était apparue.

Chapitre IV — Les nuits blanches

Le village vivait désormais dans la peur. On barricadait les portes. On allumait des torches à la tombée du jour.

Lou, elle, dormait mal.

Elle se réveillait souvent avant l’aube, le cœur battant, les mains crispées sur les draps. Il lui arrivait de trouver de la terre sous ses ongles.

— Tu fais encore des cauchemars ? demanda sa mère.

Lou hocha la tête.

Mais elle n’en parlait jamais vraiment.

Une nuit, elle crut entendre un bruit dans sa chambre. Un froissement léger, comme un tissu que l’on ajuste.

Quand elle alluma la chandelle, il n’y avait rien.

Sinon le chaperon, posé sur la chaise… légèrement déplacé.

Chapitre V — Les regards

Les morts se succédaient.

Un bûcheron. Une vieille femme. Un jeune homme.

Le nombre grandissait, et avec lui la méfiance.

On se regardait autrement, désormais.

Même Lou sentit les regards peser sur elle. Peut-être à cause de ses promenades solitaires. Peut-être à cause du rouge éclatant qu’elle portait presque chaque jour.

— Tu devrais rester à la maison, dit sa mère.

Mais Lou n’écoutait pas.

La forêt l’appelait.

Chapitre VI — L’étrangeté

Un matin, elle découvrit quelque chose dans la poche du chaperon.

Un bouton.

Elle ne le reconnaissait pas. Il n’appartenait à aucun de ses vêtements.

Elle le fixa longuement, troublée.

Puis elle le jeta.

Ce jour-là, on trouva un autre corps.

Un homme dont la tunique manquait… d’un bouton.

Chapitre VII — Le silence

Les autorités du village voisin vinrent enquêter. Ils inspectèrent la forêt, interrogèrent les habitants, suivirent des pistes qui ne menaient nulle part.

— Le tueur connaît ces bois, conclurent-ils.

Lou les observait de loin.

Elle avait l’impression étrange de comprendre leurs gestes avant qu’ils ne les fassent. Comme si tout cela lui était familier.

Mais elle chassa cette pensée.

Le soir, elle lava son chaperon.

L’eau devint trouble.

Chapitre VIII — Dix

La dixième victime fut retrouvée à l’orée du bois.

Plus proche du village que les autres.

Comme un avertissement.

Cette fois, la peur devint panique. Certains parlèrent de quitter les lieux.

Lou resta enfermée chez elle pendant deux jours.

Elle n’osa pas toucher au chaperon.

Pourtant, le troisième jour, elle le remit.

Et sortit.

Chapitre IX — Le marché

Le marché battait son plein. Les étals étaient chargés de légumes, de tissus, de petits objets façonnés à la main.

Lou aidait sa mère à vendre quelques herbes et du fil.

C’est alors qu’un garçon s’approcha.

Il venait d’un village voisin.

Ses yeux se posèrent immédiatement sur le chaperon.

— Il est beau, dit-il simplement.

Lou hésita.

Elle ne savait pas pourquoi, mais une fatigue étrange l’envahit soudain. Comme si ce tissu pesait plus lourd qu’il n’aurait dû.

— Tu le veux ? demanda-t-elle.

Le garçon hocha la tête.

La transaction fut rapide. Quelques pièces suffirent.

Le garçon repartit, le chaperon serré contre lui.

Lou le regarda s’éloigner, un léger vertige au creux de la poitrine.

Chapitre X — Les jours suivants

Les jours passèrent.

Puis une semaine.

Puis deux.

Aucun nouveau corps ne fut retrouvé dans la forêt.

Le village retrouva peu à peu son souffle. Les portes s’ouvrirent à nouveau la nuit. Les voix redevinrent plus légères.

Lou recommença à dormir paisiblement.

Elle retourna dans la forêt, sans crainte cette fois. Elle trouva les lieux… différents. Plus calmes.

Comme si quelque chose s’en était allé.

Épilogue

On raconta, quelques semaines plus tard, qu’un autre village, au-delà des collines, connaissait désormais le même mal.

Des morts inexpliquées.

Toujours près des bois.

Toujours sans témoin.

Certains dirent qu’un jeune garçon avait été vu errant seul, vêtu d’un chaperon rouge.

Mais personne n’y prêta vraiment attention.

Après tout, ce n’était qu’un vêtement.

N’est-ce pas ?

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