Lune de Glace
de
Kae Morrigan

La lune rousse s’était couchée face à la lune de glace, et le froid régnait.
C’était le premier jour du givre. Dans certaines contrées du royaume de Natole, les gens subissaient la morsure du froid et voyaient déjà les premières neiges. Ce n’était toutefois pas le cas à Alendaris, la capitale, là où l’air était toujours plus chaud.
Dans les ruines du plus pauvre quartier de ladite capitale, à travers un plafond délabré, un garçon aux oreilles pointues fixait le ciel nocturne sans vraiment le voir, et tournait le dos au corps sans vie qui reposait au milieu de la pièce.
Il s’agissait de sa mère. Une Elfe forte et énergique, née dans la nature et que les aléas de la vie avaient menée dans une ville corrompue.
Elle venait de s’éteindre, et il n’arrivait pas à l’admettre. Parce qu’il avait tout fait pour qu’elle guérisse, cela ne pouvait donc pas se terminer ainsi. Il le refusait. Voilà pourquoi il en détournait ses yeux ambrés.
« C’est le premier jour du givre, maman, tu aimes le fêter », avait-il assuré pour la maintenir éveillée, pour qu’elle lui réponde et confirme qu’elle était toujours avec lui.
« Tu ne peux pas partir, tu vas te rétablir », l’avait-il ensuite rassurée, et pour s’en convaincre.
« Je ne veux pas », avait-il fini par avouer.
« Il faudra que tu brûles mon corps, je ne veux pas me décomposer dans cette ville, me mêler à cette terre, j’ai toujours voulu être libre... et... je veux que tu survives malgré tout, que rien, pas même ma mort, ne te brise. Je veux partir en te voyant fort, alors ne pleure pas, je ne veux pas que tes larmes soient ma dernière vision » avait-elle ensuite soufflé en lui tenant fermement le menton.
Il n’avait pas versé une larme, et elle s’était éteinte avec un léger sourire.
Depuis, il était muré dans le silence, mais son pragmatisme refaisait surface.
Il devait s’occuper des funérailles, il fallait qu’il s’occupe d’elle tant que son corps était intact. Il se tourna donc vers elle et la regarda longuement.
Elle semblait endormie. Sa longue chevelure aux reflets rouges étaient étalés telle une couronne autour de sa tête, sa peau sombre avait perdu de son éclat sous l’effet de l’épuisement, mais elle semblait apaisée. Il prit son visage entre ses mains et caressa sa pommette avec son pouce. Il lui prit ensuite son collier, son seul bien, et le mit dans sa poche. Il ferait partie du rite Elfique pour qu’elle entame paisiblement son dernier voyage.
Il l’enveloppa dans un drap qu’il cousit, toujours sans un mot ni un sanglot. Il rassembla ensuite ses forces et la prit dans ses bras avant de sortir de leur abri qui ne méritait même pas le nom de maison.
Mais il n’avait que treize ans et, aussi légère était-elle, la porter n’était pas tache aisée. Il était pourtant déterminé à trouver un endroit où il pourrait honorer ses dernières volontés funéraires.
C’était le premier jour du givre et, malgré l’énergie qu’il brûlait sous le poids de ce corps en train de refroidir dans ses bras, il était glacé.
Glacé à l’intérieur. Gelé.
État de choc ?
D’aucuns diraient que ce n’était pas possible, que ce garçon n’avait aucun cœur, lui qui ne versait aucune larme alors qu’il portait le cadavre de sa mère. Aux yeux de ceux qui le regardaient traverser les rues crasseuses, ce n’était pas le choc, c’était de l’indifférence. Mais quelle importance, ce qu’ils pouvaient bien penser ? Il les ignorait et continuait sa route, ses pensées tournées vers les funérailles à accomplir. Vers sa mère qu’il ne reverrait plus jamais.
Personne ne lui proposa son aide, à vrai dire personne ne compatissait : la mort régnait dans les plus bas quartiers d’Alendaris, voir des corps, sentir la chair décomposée, croiser des orphelins livrés à eux-mêmes dans les rues, n’avait rien d’inhabituel. Et ce garçon-là, avec son regard perçant, ses oreilles pointues et son fort caractère, personne ne l’appréciait ; il ne voulait pas se laisser faire ? Qu’il se débrouille !
Il crut ne jamais trouver un endroit suffisamment tranquille et de quoi faire un brasier funéraire, mais il y parvint, et il regarda les flammes dévorer bois, peau et os, et des débris s’envoler dans le ciel nocturne. Le vent hivernal emporta les fragments brûlants, et la chaleur du feu ne parvint pas à le réchauffer.
Glacé. Gelé.
C’était le premier jour du givre qu’il passait sans elle, c’était aussi la première fois qu’il avait si froid, comme si le gel s’était emparé de lui au lieu de la ville.
La lune rousse s’était couchée face à la lune de glace, et le froid régnait aux côtés de la mort.
Dans certaines contrées, on assistait aux premières neiges, on frissonnait sous les premiers flocons. Mais lui, tout ce qu’il voyait tomber étaient les cendres de sa mère qui parsemaient ses cheveux de la même teinte grisée. Les crépitements, voix du feu qui se repaissait de sa mère, étaient comme des éclats de glace dans son cœur si jeune mais pourtant endurci.
Il resta tout de même jusqu’à ce qu’il ne reste plus aucune braise. Il retira ensuite sa tunique, en fit un baluchon de fortune et rassembla le plus de cendres possible.
Sa mère n’allait pas se mêler à la terre de cette horrible cité, non, elle allait quitter cet endroit.
Quant à lui, il y resterait. Il n’avait nulle part où aller, de toute façon.
Et il allait survivre, envers et contre tout. Il allait se battre et ne se laisserait pas mettre à terre, quitte à blesser les autres, les entasser et les écraser pour sortir de cette basse fosse où il était obligé de vivre. Sans un regret ou un regard en arrière, avec assurance et une froideur plus intense que la glace.
Table des matières
En réponse au défi
Monde elfique ?
HEyyyy le scribay sphére .
Le defi que je vous propose ets le suivant: ecrire u e histoire ou
1 votre hero(ine) est une elfe.
2 il/elle vie dans un autre monde-galaxie, bref tout ce que vous voulait du moment que se n'est pas sur terre.
5 minutes de lecture MINIMUM!! ^^
allez,faites nous réver !
Commentaires & Discussions
| Premier Jour du Givre | Chapitre | 2 messages | 1 semaine |
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