Je suis...

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On me définit souvent par ce que je ne suis pas : une absence, un vide, un manque de bruit. Quelle erreur. Je suis une présence constante, une étoffe invisible qui habille vos vies.

Je suis le silence. Je ne parle pas, et pourtant, je suis le miroir de votre âme. Laissez-moi vous présenter mes différents visages, car selon l'heure ou l'endroit, je change de peau.


je peux être leger comme une plume.

C'est ma forme la plus douce. Je suis là quand vous fermez un livre après une belle lecture, ou quand deux amants se regardent sans avoir besoin de mots. C'est une plénitude. Vous vous sentez enveloppé dans une couverture de laine chaude. Votre respiration ralentit, votre cœur bat à un rythme apaisé. C’est le silence qui guérit, celui qui vous murmure que, pour un instant, tout va bien.

Puis, je deviens lourd, massif. Comme du plomb.

Je suis celui qui s'installe après une dispute, quand les mots cruels ont déjà été dits et qu'il n'y a plus rien à ajouter. Je pèse sur vos épaules comme un plafond qui s'abaisse. Une sensation de suffocation. Vous avez l'impression que l'air manque, que chaque seconde dure une éternité. C'est un poids physique qui vous empêche de lever la tête, une gêne qui vous donne envie de fuir la pièce pour simplement pouvoir respirer à nouveau.

Je peux aussi etre électrique.

Celui de l'attente. Dans l'ascenseur avec un inconnu, ou juste avant que le professeur ne rende les copies d'examen. Je suis chargé d'une tension invisible, comme un élastique tendu à l'extrême. Une anxiété pointue. Vos mains deviennent moites, vos yeux cherchent une issue, un point fixe. Le moindre petit bruit. Un stylo qui clique, un raclement de gorge qui résonne comme une explosion. Vous êtes sur le qui-vive, suspendu à une parole qui ne vient pas.

Des fois, je suis provoque l'inquiétude.

Je suis le silence des bois où les oiseaux s'arrêtent soudain de chanter. Je suis celui de la maison vide à trois heures du matin, quand vous entendez un craquement au rez-de-chaussée. Je ne suis plus vide, je suis rempli de ce que vous imaginez. Une peur primitive. Votre instinct de survie se réveille. Vos sens s'aiguisent jusqu'à la douleur. Ce n'est plus l'absence de son que vous entendez, c'est le "bruit" du danger potentiel. C'est un silence qui ne vous berce pas, il vous traque.

Et tout cela, j’en suis capable sans un bruit.

Je ne change jamais vraiment, c'est simplement votre cœur qui interprète ma musique différemment.

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