CHAPITRE 7 : L’ENQUÊTE

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Debout sur le quai, Jeanne attendait la prochaine rame lorsqu’elle ressentit des vibrations. Son arrivée était imminente. L'atmosphère était étouffante. Puis un bip strident retentit. Les portes se refermèrent comme un couperet sur les derniers voyageurs, quand elle aperçut Elias. Ils n’étaient qu’à quelques mètres l’un de l’autre. Jeanne tenta de rester discrète, mais son regard revenait sans cesse vers lui. Ils descendirent à la même station. Visiblement pressé, Elias sortit le premier ; Jeanne resta derrière, anonyme parmi la foule. Il bifurqua à droite, traversa rapidement la voie et accéléra le pas. Elle traversa à son tour, le suivit sur quelques mètres et réalisa l’absurdité de ce qu’elle était en train de faire, d’autant qu’on l’attendait. Elle rebroussa chemin, chassant de sa tête cette envie d’indiscrétion qui ne la lâchait pas. Elle hésita, fit quelques pas. Malgré elle, elle se retourna et l’aperçut tendre les bras à cet enfant qui s’apprêtait à se jeter dans les siens. Il lui prit la main et ils continuèrent leur chemin. Jeanne resta quelques instants bouche bée, puis reprit sa marche, encore troublée par ce qu’elle venait de voir. Elle aperçut enfin son père, installé en terrasse, qui levait la main pour lui faire signe.

Elle s’approcha, l’embrassa, quand son sac glissa de son épaule et heurta la table. Depuis la disparition de son frère, leurs liens s’étaient resserrés et ils prenaient le temps de se voir régulièrement.

A sa façon de tirer la chaise pour s’asseoir, il remarqua une pointe d’agacement. Son visage semblait fermé. Il souleva un sourcil mais Jeanne n’y préta aucune attention. Et quand la serveuse déposa les menus, elle ne leva même pas les yeux, perdue dans ses pensées. Carte en main, hésitant entre une salade césar et un gravlax de saumon, il demanda :

— Tout va bien, Jeanne ?

Sa voix, un peu tremblante, l’avait trahi. Il le savait. Jeanne plissa les yeux, triturant ses doigts. Alors, elle lui raconta sa dernière séance et son improbable découverte. En examinant son dessin — celui sur lequel elle était revenue furtivement — elle avait cru apercevoir un tatouage, placé derrière l’oreille gauche, d’une forme plutôt arrondie. Cela n’avait duré que quelques secondes ; gênée, elle avait détourné le regard. Pourtant, elle en était convaincue.

Elle les avait tellement étudiés. Et pourtant, la scène à laquelle elle venait d’assister ébranlait tout ce qu’elle croyait savoir de ce tatouage.

Son père l’écouta attentivement, sans dire un mot quand la serveuse arriva pour prendre les commandes. Sans le vouloir, elle fit redescendre la tension. Il la regarda, droit dans les yeux, et l’implora de ne pas se replonger dans le passé. La vie avait repris son cours, les blessures commençaient à se panser. Cela avait été suffisamment difficile. Pour lui, l’acceptation avait été son point de départ vers sa reconstruction. Il refusait de la voir aspirée dans une nouvelle spirale. C’était à ce moment-là que Jeanne comprit. Malgré les années et les changements importants dans sa vie, elle réalisa qu’elle n’avait jamais vraiment entamé son propre deuil. Elle acquiesça, en lui prenant la main. Elle s’était voulue rassurante mais ne promit rien. Son chemin prenait désormais une autre direction. Son père régla l’addition. Avant de la quitter, il lui murmura dans le creux de l’oreille, de tout laisser de côté. Même si, comme elle le supposait, cet homme appartenait à cette organisation, rien ne prouverait jamais qu’il était l’auteur de ce crime. C’était un puits sans fond.

L’air était doux et Jeanne marcha sans réfléchir, histoire de s’éclaircir les idées. Ça bouillonnait trop dans sa tête : il fallait qu’elle sache. Mais une fois cette étape franchie, la véritable question était : « pourquoi ». Que ferait-elle si elle avait vu juste ? La panique la gagna. Et si elle voyait ce qu’elle voulait voir ? Elias ne faisait-il pas un coupable trop facile ? Trop parfait ? Et si, au fond, ce n’était que de la paranoïa ?

Perdue dans ses pensées, elle releva la tête juste à temps pour éviter la trottinette qui fonçait droit sur elle. Elle lâcha un juron entre ses dents, quand elle remarqua qu’elle était plantée là, devant ce qui ressemblait à un portail d’école. Le retentissement de la sonnerie leva définitivement le doute. Treize heures vingt, les cours allaient reprendre. Sac à dos sur les épaules, elle aperçut le fils de la patronne du bistrot, agitant la main pour dire « au revoir ». Jeanne balaya rapidement la foule du regard : pas de patronne. Mais elle surprit Elias qui semblait lui répondre. Il l’intriguait réellement. Il existait forcément un lien avec la patronne. Et si elle voulait des réponses, il fallait qu’elle commence par là.

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