Mise en matière.
Dans un appartement au rez‑de‑chaussée, avec un petit jardin envahi de plantes bavardes, vivait un homme de quarante‑six ans. Archibald était bon vivant, aimable, serviable, toujours prêt à aider. Observateur, très organisé, il vivait seul… enfin, seul avec un bébé chien qui n’en faisait qu’à sa tête. Archibald n’aimait pas le punir, alors tout était permis. Le chien le savait très bien.
Mais Archibald n’était pas un homme comme les autres.
Il faisait de la magie.
Il entendait les objets du quotidien, les pensées des gens, les animaux, les plantes.
Un don discret, parfois encombrant, souvent drôle.
Ce matin‑là, il se réveilla en s’étirant. À peine avait‑il posé un pied par terre que son lit grogna :
— Tu devrais perdre un peu de poids, tu sais.
Archibald cligna des yeux, encore à moitié endormi.
— Ça ne te regarde pas, répondit‑il en bâillant.
— Eh bien si, justement, répliqua le lit. C’est moi qui te porte.
Archibald leva les yeux au ciel.
— Il m’énerve, ce lit. Je devrais le changer et en trouver un moins râleur.
Le lit éclata d’un rire grinçant.
— C’est toi qui râles, en ce moment.
— Oh, ça va, dit Archibald en se frottant le visage. J’ai compris. Je vais essayer de perdre du poids. Voilà, je l’ai dit.
Le lit vibra de satisfaction, comme s’il venait de gagner une bataille.
Dans le jardin, une plante commenta :
— Il dit ça tous les ans.
Archibald soupira.
La journée commençait bien.

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