On s’est bouffés, et il en reste des traces
On s’est bouffés, lui et moi.
Pas aimés à distance, pas aimés en silence. On s’est pris l’un l’autre avec tout ce qu’on était, comme si l’amour devait nous traverser entièrement pour être vrai. À seize ans, on aime sans filtre, sans mesure, sans protection. On se donne jusqu’à s’y perdre, persuadés que c’est la seule manière d’aimer.
Puis le temps a passé. La vie a suivi son cours. J’ai grandi, doucement.
Je pensais que tout était apaisé, rangé quelque part dans les souvenirs. Jusqu’à hier où, presque par hasard, je suis retombée sur ses mots.
Il parlait de revenir un jour. Pas pour reprendre une histoire, mais pour demander pardon. Il parlait de fleurs fanées, marquées par le mal que l’on se fait quand on s’aime trop fort, trop maladroitement. Il parlait d’un amour qu’il disait éternel, impossible à effacer, malgré le temps et les autres histoires.
En les lisant, j’ai senti mon cœur se serrer.
Un instant suspendu. Un flash de lui. De nous.
De ce garçon avec qui je me suis consumée.
Ces phrases, je les avais déjà attendues avant qu’il parte. Elles avaient été dites autrement, dans la peur de se perdre, dans l’urgence de retenir ce qui glissait déjà entre nos doigts. Je ne les ai jamais vraiment oubliées. Peut-être même que je les ai gardées quelque part en moi, comme on garde une promesse sans savoir si elle sera un jour tenue.
Et pourtant, aujourd’hui, je les entends différemment.
Si je pouvais te répondre maintenant,
je te dirais peut-être en hurlant, ou en te secouant, que tu n’as aucune idée du temps que j’ai passé à avoir mal. Du temps qu’il m’a fallu pour apprendre à vivre sans toi.
Je te dirais combien de larmes sont tombées, combien d’objets j’ai brisés parce que la douleur durait trop longtemps, parce qu’elle était trop intense.
Je te dirais combien de temps il m’a fallu pour m’aimer vraiment, entièrement. Combien ton absence avait un goût amer, et comment, un jour, ton parfum n’avait plus d’odeur.
Je te dirais que oui, cet amour a compté. Qu’il a laissé une trace profonde, indélébile.
Je te dirais que je n’ai pas besoin que tu reviennes, ni que tu t’excuses encore, parce que le temps a fait ce qu’il pouvait, mais que certaines blessures et certains souvenirs restent pour l’éternité.
Je te dirais que je te souhaite la paix. Pas pour effacer ce qui fut, mais pour accepter que certaines histoires s’inscrivent dans nos vies comme des étoiles qui brûlent longtemps, comme l’éternité dont tu parlais.
On s’est consumés. Et il en reste des traces, oui. Des traces qui ne font plus mal, mais qui rappellent que j’ai aimé de tout mon cœur, sans retenue, sans peur, sans détour.
Que j’ai aimé, et que cet amour reste, pour toujours, gravé en moi.

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