Yuki
Elle était là, près de la fenêtre, les voilages virevoltants près de sa silhouette. Sa main posée sur le rebord de la baie, j'ignore sur quelle partie de l'horizon se posait son regard.
Depuis nos vingt ans, Yuki et moi nous nous aimons. Il paraît que le temps abîme les hommes et les change insidieusement. Je n'en crois rien.
Yuki a toujours eu de superbes cheveux longs et noirs. Elle a toujours aimé observer le monde, les interactions entre les gens et la nature. Moi, je ne peux qu'admirer sa beauté chaque jour et toujours sa magnificence me rappelle un lotus sacré.
Son âme, son corps et sa parole sont les plus purs. Elle flotte au dessus de moi, au dessus de nous tous, seul le vent peut prétendre à la posséder entièrement.
Jamais je n'aurais imaginé devenir ce genre d'homme. Jusqu'à notre rencontre, j'étais persuadé que l'amour n'était qu'un opium parmi d'autres; qu'il était seulement indispensable à l'humanité pour se donner une raison de perdurer.
Ma femme ne s'est pas arrêtée à l'amas de roche que j'étais jadis. Elle a façonné le marbre de mon être, elle l'a taillé, poli, pour en faire surgir un éclat insoupçonnable. Avec douceur, avec amour, la pierre se laissait peu à peu dompter.
Yuki a fait naître de la chaleur de ce marbre, chaleur qui lui était indispensable pour exister à son tour.
J'ai eu la prétention de vouloir garder cette délicate fleur au creux de mes mains.
Depuis quinze ans, chaque matin alors que mes yeux s'ouvrent à peine, je vois son fantôme à la fenêtre.
Annotations
Versions