Chapitre 3 : Le Harakaï, Partie 3

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Lorsqu’il avait quitté Triss, Sheamon s’était aussitôt mis à faire les magasins pour acheter les provisions et tout le nécessaire pour leur voyage en Enfer. Il ne voulait pas faire escale dans une autre ville avant d’être arrivé à destination. La journée était belle, les rues étaient remplies de monde tout comme les magasins, qui procuraient une bienfaisante brise rafraichissante grâce à l’air conditionné. Sheamon détestait cela, aussi fit-il ses courses le plus rapidement possible avec le reste de l’argent humain qu’il gardait sur lui. Dès qu’il fut seul, à l’ombre d’une ruelle, il se servit de ses pouvoirs pour réduire les sacs remplis de produits à la taille d’un dé à coudre. Conséquence de la Poussière répandue par Dieu sur le monde pour punir les hommes lors de la création de la Tour de Babel, la plupart des humains étaient incapables de percevoir la magie, mais ils n’étaient pas aveugles pour autant et mieux valait se montrer discret.

En effet, certains humains parvenaient à voir à travers la Poussière comme n’importe quelle race magique. Dans le monde surnaturel, on appelait ces humains les clairvoyants, à l’opposé des aveuglés, ceux qui ne pouvaient voir à travers la Poussière divine. Les clairvoyants vivaient généralement un peu plus longtemps que les autres mortels, entre cent et cent-vingt ans en moyenne, et ils s’intégraient assez bien au monde surnaturel. Mais il arrivaient que parmi la population de mortels aveuglés vive un clairvoyant qui s’ignorait. Or, même si ces derniers ne comprenaient pas toujours la signification réelle de ce qu’ils percevaient, leur angoisse face à ces phénomènes étranges pouvait engendrer un mouvement de panique qui, Sheamon le savait d’expérience, s’amplifiait généralement rapidement. Si leurs poursuivants étaient déjà à nouveaux sur ses talons, il préférait éviter de leur faciliter la tâche pour remonter sa piste.

Sheamon ne comprenait cependant pas pourquoi il se sentait aussi inquiet concernant l’état d’esprit de sa protégé. Pour lui cette gamine n’était rien de plus qu’un moyen d’accomplir sa vengeance, rien d’autre. S’il éprouvait de l’inquiétude se disait-il, c’était uniquement parce que livrer Triss à Varenn en vie lui permettrait d’obtenir l’Aurora.

Et pourtant, il n’en était pas convaincu…

Ce fut sur le chemin du bord de mer menant au port qu’il les croisa. Alors qu’il avançait parmi les humains, son sixième sens l’avertit soudain de deux présences hostiles droit devant lui. Des démons, à en juger par leurs auras. Ils se rapprochaient de sa position actuelle.

Sans hésiter, Sheamon s’écarta de la foule et laissa volontairement tomber une pièce entre un banc et un buisson décoratif. Il se pencha pour faire semblant de la ramasser, et pendant que personne ne lui prêtait attention, il posa un genou à terre.

« Division », ordonna-t-il mentalement.

En l’espace d’une demi-seconde, Le corps de Sheamon rétrécit alors jusqu’à ne faire plus que dix centimètres de haut. Sans attendre, il se mit à couvert sous l’ombre du banc. Bientôt, apparurent dans son champ de vision deux hommes, affublés d’uniformes noirs avec un lion écarlate rugissant dans le dos. Ils portaient un long mousquet avec une baïonnette acérée à sa pointe. Les gens les regardaient avec enthousiasme, certains prenaient des photos en souriant, s’imaginant sans doute qu’il s’agissait de cosplayeur ou d’une quelconque attraction publique. Mais pour avoir eu affaire à eux auparavant, Sheamon comprit immédiatement de qui il s’agissait…

Le Harakaï.

  • Je te dis que j’ai vu quelqu’un qui lui ressemblait ! assura l’un d’entre eux d’une voix grave.
  • La chaleur doit te monter à la tête ! répliqua l’autre. C’est impossible de retrouver quelqu’un dans toute cette foule. Et qu’est-ce qu’ils ont à nous prendre en photo, ceux-là ?
  • Tais-toi et sourit. Le commandant a dit pas de scandales. On se fond dans la foule.
  • On aurait dû se déguiser en mortels dans ce cas… Et j’ai trop chaud avec l’uniforme !

Les premières impressions de Sheamon se confirmèrent. Ces deux mercenaires ne pouvaient pas ressentir sa présence. Il les observa alors avec plus d’attention. Que faisait le Harakaï dans cette ville ? La réponse était évidente. Ils avaient probablement été engagés par Forlwey pour les retrouver. L’estomac de Sheamon se tordit d’appréhension. Son nouvel ennemi n’avait pas lésiné sur les moyens pour retrouver sa protégée…

Les deux gardes sortirent de la foule et marchèrent en direction de la première rue s’enfonçant dans la ville. L’exorciste réfléchit vite avant de les perdre de vue. La prudence lui recommandait de rejoindre aussitôt Triss et de quitter la ville au plus vite. Mais Sheamon savait que le Harakaï n’était pas un ennemi à sous-estimer. Avec leur technomagie, ils risquaient de repérer aisément son vaisseau, et peut-être même avaient-ils déjà encerclé la ville… S’il s’agissait d’une simple escouade, Sheamon devait l’éliminer rapidement avant qu’ils ne reçoivent des renforts. S’il y avait toute une cohorte, il devrait trouver un moyen de détourner leur attention ailleurs pendant qu’il s’éclipserait avec Triss.

Quoi qu’il en soit avant de retrouver la jeune vampire, l’ange déchu devait à tout prix en savoir plus sur l’effectif des mercenaires… Et ces deux soldats représentaient une occasion à ne pas laisser passer.

Sheamon sortit de l’ombre du banc et déploya des ailes noires semblables à celles d’un corbeau, puis s’envola d’une puissante impulsion. Il s’élança à la poursuite des deux mercenaires en longeant la façade des bâtiments.

Comme il était bien plus petit, l’exorciste dut déployer plus d’efforts pour s’élever à plus de dix mètres au-dessus du sol. Cependant Sheamon était endurant et suffisament rompu à ce genre d’exercice pour que cela ne fusse pas un problème pour lui.

Il suivit les deux mercenaires à distance, se posant régulièrement sur les toits pour éviter d’être remarqué par l’un d’entre eux légèrement méfiant. Les deux mercenaires s’enfoncèrent dans des ruelles jusqu’à une place circulaire plus tranquille avec une petite fontaine au centre. Hormis eux, personne ne troublait la tranquillité de cet endroit. Sheamon en profita pour se percher sur un lampadaire inactif et observer la scène en contrebas.

Deux autres mercenaires débouchèrent soudain d’une rue adjacente et saluèrent leurs camarades d’un signe de tête.

  • Aucun signe de lui ? demanda l’un d’eux.
  • Pas le moindre, répondit l’autre. C’est d’un exorciste que nous parlons, et pas n’importe lequel en plus. D’après le commandant, il aurait été capitaine chez les Indomptables. Je suis plutôt soulagé de ne pas l’avoir croisé…
  • Mouais… Dis-moi, c’est une tâche de sorbet que je vois sur ton uniforme, là ?
  • … Non ?

Un ricanement hilare s’ensuivit.

  • Mieux vaut faire notre rapport maintenant, déclara un autre. Le commandant Ace n’est pas vraiment patient, surtout que le nosferatu continue de le harceler pour obtenir des résultats.

Sheamon tendit l’oreille. Un commandant de flotte se trouvait donc à Nice ? L’exorciste plissa les yeux avec appréhension. Il était rare qu’un commandant du Harakaï se déplaçât sans son vaisseau… la situation commençait à devenir fort inquiétante. Mais s’il pouvait en profiter pour obtenir des informations supplémentaires sur sa cible ou si cette dernière se trouvait elle-même en compagnie du Harakaï, c’était une chance à ne pas laisser passer.

  • Tu as raison, approuva le dernier. Et puis j’en ai assez de tous ces gens qui nous regardent comme des clowns. Rentrons sur le croiseur.

Sheamon sauta de son perchoir et plana en décrivant des cercles de plus en plus rapprochés tandis que les quatre mercenaires déployaient des ailes de démons, noires et semblables à celles des chauves-souris. Sheamon atterrit dans le dos de l’un d’eux et s’agrippa à son col de justesse avant que ces derniers ne s’envolent à tour de rôle au-dessus de la ville.

Il n’y avait pratiquement aucun vent par ce soleil écrasant ; l’ascension des démons dut se faire en battant vigoureusement des ailes, Sheamon demeurant fermement accroché à sa monture improvisé pour ne pas être éjecté dans le vide. Les mercenaires continuèrent de s’élever jusqu’à atteindre une centaine de mètres au-dessus de Nice.

C’est alors que le renégat sentit soudain une puissante énergie magique vibrant dans les airs. Il y avait surement un enchantement de dissimulation qui masquait leur croiseur. Un léger courant d’air les traversa alors tandis que la vision de Sheamon se brouillait. Et enfin, la silhouette de l’immense vaisseau de guerre apparut dans le ciel, droit devant lui. Ce croisement entre un bâtiment militaire et un avion (un immense et effrayant avion) faisait facilement la taille d’une cathédrale. Sheamon observa avec stupéfaction et inquiétude les multiples canons rotatifs et mortiers dernier cri… Même chez les exorcistes, de telles machines de guerre étaient rares tant elles étaient difficiles et coûteuses à produire. Qu’une milice privée en possède était stupéfiant, mais pas impossible.

Le Harakaï s’était fondé après la fin de l’âge d’or de la piraterie, accueillant dans ses rangs tous ceux qui n’avaient plus leur place nulle part, peu importait leur race. Avec le temps, ils étaient devenus la plus puissante compagnie de mercenaires au monde. Mais la véritable force de cette organisation résidait dans sa maitrise de la Technomagie : un savant mélange de la technologie humaine, normalement très peu opérante en présence d’ondes magiques, et d’enchantements surpuissants améliorant grandement leur efficacité. Les navires du Harakaï et leurs équipements en faisaient une armée de mercenaires redoutables, et nombreux étaient ceux rêvant de s’approprier la science qu’ils maitrisaient.

Néanmoins, le Harakaï se faisait généralement discret et évitait de s'immiscer dans les affaires humaines, par peur d’encourir la fureur de la Tétrarchie qui tolérait à peine son existence, en partie parce qu’il arrivait (très rarement) que les Seigneurs Primordiaux eux-mêmes recourent à leurs services. Sheamon en savait toutefois suffisament sur leur organisation interne pour savoir qu’un croiseur constituait à lui seul le quart d’une flotte entière… Avec assez de puissance pour raser une ville de la carte. Pour que le Harakaï prît autant de risques en stationnant l’un de ses croiseurs à Nice, prenant le risque d’encourir la fureur des quatre maitres du monde, Forlwey devait avoir payé une fortune.

Une immense fortune…

Il n’était plus question de revenir en arrière. Un croiseur possédait les radars magiques les plus sophistiqués qu'il soit. Tant que l’exorciste et la fille restaient en plein cœur de la ville remplie d’habitants et de touristes qui grouillaient dans les rues, il serait pratiquement impossible de les détecter. Mais s’ils quittaient la ville, ils seraient à découvert et le Harakaï retrouverait aussitôt leur trace. Ils auraient alors une véritable armée à leurs trousses. Sheamon devait impérativement s’infiltrer pour découvrir où en étaient les recherches du Harakaï… et saboter leurs efforts.

Les quatre mercenaires s’engouffrèrent dans une grande ouverture rectangulaire au centre du côté droit du monstre de métal, et atterrirent au seuil de ce qui semblait être une immense plateforme circulaire à laquelle étaient amarrés des navires volants de plus petite configuration. Quatre passerelles partant des quatre points cardinaux de cette plateforme complétaient cette structure. Trois d’entre elles se terminaient sur une autre entrée conduisant sûrement aux entrailles du navire, la quatrième étant celle reliée à l’ouverture extérieure et constituait la piste d’atterrissage. Le hangar fourmillait de soldats apportant des caisses noires sur les aéronefs, tandis que certains armés d’un calepin examinaient les vaisseaux tout en notant des informations. D’autres encore fourbissaient des armes, transportaient des obus… Il régnait vraiment une activité débordante, et de mauvais augure…

Les quatre mercenaires se dirigèrent vers la passerelle ouest. Les portes de celle-ci étaient gardées par deux autres soldats. Il était trop dangereux pour Sheamon de continuer sur son perchoir. Il lui fallait trouver une entrée plus discrète. Le renégat scruta autour de lui et aperçut enfin une bouche d’aération fermée par une grille en fer. Il quitta donc son hôte et vola doucement jusqu’à s’agripper à cette dernière. Sa petite taille lui permit alors de passer au travers.

L’obscurité était totale, seules quelques rares ouvertures du même type situées à ses pieds lui permettaient d’avoir un peu de la lumière provenant des couloirs situés en-dessous. Sheamon fouilla dans ses poches et trouva une pierre lumineuse qui projeta un éclat doré autour de lui.

Grâce à son sixième sens, il suivit ainsi le groupe à distance dans le labyrinthe des conduits d’aération. Dix minutes plus tard, ils arrivèrent, à l’avant du croiseur, devant deux portes massives gardées par deux mercenaires aux lourdes armures. Se doutant qu’il s’agissait de leur destination finale, Sheamon continua son chemin qui monta en cheminée, l’obligeant à voler pour atteindre l’autre bout du conduit, plusieurs mètres plus haut. Il s’arrêta ensuite devant la première grille qu’il vit et jeta un coup d’œil.

C’était une grande salle en demi-cercle. Une immense baie vitrée s’étalait sur toute la façade nord, dévoilant une vue imprenable sur Nice et ses environs. Une cinquantaine de soldats étaient présents au centre autour de grandes tables remplies de cartes et d’autres documents, s’interpellant et épinglant des endroits précis... Contre la façade opposée, une grande estrade rectangulaire à deux niveaux, avec des escaliers de part et d’autre, se dressait au-dessus des portes d’entrée de la salle. Le premier niveau était occupé par dix postes de commande, sur lesquels des intendants écrivaient à la plume sur des dizaines de feuilles différentes. Des tuyaux sortant du sol crachaient par intermittence sur leurs bureaux des rouleaux de feuilles attachés par un lacet qu’ils se hâtaient d’ouvrir, pour en parcourir rapidement le contenu avant de les jeter dans un bocal contenant une minuscule flamme violette qui dévorait immédiatement le papier.

Un trône de cuir massif était l’unique objet occupant le second niveau. Devant celui-ci avait été placé un gouvernail imposant, seul face à l’immensité de la baie vitrée.

Mais ce qui intéressait surtout Sheamon, c’était l’homme qui occupait ce siège. Affalé et la tête posée sur son poing, il avait l’air de profondément s’ennuyer. Soudain, il se redressa un peu, observant les quatre mercenaires suivis par Sheamon qui venaient d’entrer dans la salle en gravissant les escaliers dans sa direction.

Son uniforme était presque le même que celui des autres, à l’exception de grandes épaulettes dorées et d’une cape noire portant l’emblème du Harakaï dans le dos. Il arborait aussi un léger bouc de mousquetaire. C’était sans aucun doute le commandant du vaisseau.

Sheamon ne remarqua aucune arme sur lui, mais il sentait de loin l’aura dangereuse de cet homme qui se démarquait de ses subalternes. Ce n’était pas un ennemi à prendre à la légère.

A ses côtés, un autre soldat mesurant plus deux mètres, véritable montagne vivante de muscles. Une immense massue en acier faisant la moitié de sa taille, se balançait négligemment contre son épaule. Son visage couvert de cicatrices avec une coupe militaire lui donnait l’air d’un grizzly prêt à dévorer sa proie. Il portait lui aussi un uniforme différent des soldats ordinaires, avec des épaulettes en argent et de lourds gantelets de fer.

Les quatre mercenaires s’inclinèrent devant le commandant, puis parlèrent à voix trop basse pour que Sheamon pût comprendre un traitre mot de leur rapport. Mais L’officier les renvoya presque aussitôt avec un geste du bras méprisant, puis il se rassit sur son fauteuil.

  • Etablissez la communication avec le nosferatu, ordonna-t-il d’une voix forte.

La baie vitrée s’illumina aussitôt d’un éclat bleuté, et le silence se fit progressivement dans la salle, tous les regards se tournant vers la lumière. Pendant quelque instants, le seul son audible fut un bourdonnement persistant, puis la partie supérieure d’un vampire en armure écarlate, aux cheveux blanc tressés et aux yeux rouge sang, apparut à la place de la baie vitrée.

  • J’espère que vous avez de bonnes nouvelles à m’annoncer, commandant Ace, déclara Forlwey d’une voix insidieuse.
  • Malheureusement, il semblerait que l’exorciste n’ait pas choisi de passer par Nice, répliqua Ace d’une voix égale. Considérant la situation dans laquelle il se trouvait, Sheamon Wave a très bien pu décider de passer par les mers. Où même de continuer vers le nord en passant par la Suisse. Les possibilités sont nombreuses.
  • Oh, je suis certain que Sheamon Wave passera par Nice, susurra le nosferatu. Après tout, sa trace s’arrête en direction de la frontière française. Et il sait que plus il perd du temps, plus le nombre de personnes lancées à ses trousses augmentera. Tout ce que vous avez à faire, c’est de ne pas le rater. J’ai dépensé beaucoup d’argent pour disposer du soutien de la trente-deuxième flotte du Harakaï, commandant. Votre amiral m’a recommandé vos services en vantant vos qualités de traqueur. Et je détesterais ne pas bénéficier d’un retour sur investissement…
  • Vous l’aurez. Le Harakaï n’a jamais échoué dans un seul de ses contrats. Mais plutôt que de perdre notre temps à chercher quel itinéraire il veut prendre, il serait plus prudent d’aller directement à Paris, puisque nous savons tous que c’est là-bas qu’il se rendra. C’est le seul accès aux Enfers de toute l’Europe de l’ouest.

Forlwey se permit un sourire satisfait.

  • Ce ne sera pas nécessaire, commandant. J’ai déjà quelqu’un qui accueillera Wave à Paris. Si jamais il s’avère que l’exorciste réussit à dépasser Nice malgré votre… efficace présence. Paris sera la dernière étape pour lui. Et en dernier recours, j’ai encore une carte à jouer pour l’attirer à moi.
  • Comment cela ?
  • Vous n’avez pas à le savoir.

Sheamon identifia attentivement le visage de sa cible tout en écoutant la conversation. Il devait s’assurer de graver chaque détail dans son esprit afin de ne plus jamais l’oublier. Le moindre tic pourrait être un indice important lorsque Sheamon devrait décider comment s’en prendre à lui.

La montagne de muscles aux côtés d’Ace s’avança et rugit d’une voix indignée :

  • Ne sous-estime pas le Harakaï, Nosferatu ! Nous ne sommes pas tes chiens !
  • Bhakkar, c’est assez, ordonna Ace d’un ton qui ne souffrait aucune réplique avant de s’adresser à Forlwey. Je vous prie d’excuser mon lieutenant. Il est très efficace concernant les travaux disons manuels… mais il a une fâcheuse tendance à révéler tout haut ce que son commandant pense tout bas. Qu’entendez-vous par une carte à jouer ?

Le sourire de Forlwey s’étira davantage, révélant ses canines effilées de vampire. Il semblait de bonne humeur et répondit donc de bonne grâce :

  • J’ai pu rattraper quelques fugitifs du massacre d’Umbrella. Ce fut très instructif. Certains m’ont même donné des éléments particulièrement intéressants au cours des interrogatoires menés juste avant leur exécution. Comme par exemple, le fait que la jeune fille possède un fort caractère, et qu’elle aimait beaucoup son oncle. Elle doit maintenant savoir que je suis responsable de sa mort. Elle va vouloir me tuer. C’est une Nocturii, elle a le sang chaud. Donc si je révèle ma position, elle viendra à moi pour se venger.

Sheamon s’en doutait. Quand le shinobi mourant sur le pont avait révélé à Triss le message que Forlwey voulait lui faire passer, il avait immédiatement compris que son objectif était de la pousser à chercher vengeance, pour l’inciter ainsi à venir à sa rencontre. Sheamon ne tomberait pas dans son piège, mais Triss y foncerait tête baissée. L’exorciste devait la mettre en sécurité avant de traquer le Comte Sanglant.

  • Quand la princesse aura été récupérée, nous devrons descendre dans les Enfers, continua ce dernier. Cette fameuse colonie de réfugiés… Dès que Wave sera entre nos mains, il m’en révèlera la localisation, et j’en profiterai pour raser ce nid de vermine. Contactez-moi si vous retrouvez les deux fugitifs, et nous conviendrons d’un point de rendez-vous…
  • Oh, ce ne sera pas nécessaire, Seigneur Forlwey, déclara soudain Ace. Je viens de retrouver la trace de Sheamon Wave à l’instant. Quant à Triss Nocturii, ce n’est plus qu’une question d’heures avant que je mette la main dessus. Le renégat nous le dira, volontairement ou non.

Sheamon se pencha entre les barreaux de la grille, interdit. Pourquoi le commandant du Harakaï mentait-il donc à Forlwey ? Il hésitait à se glisser dans la salle, grâce à sa petite taille, mais il estima finalement les risques trop élevés. Machinalement, il consulta l’Horologium de Triss.

C’est alors que son cœur s’arrêta.

La petite aiguille qui était figée depuis tout à l’heure sur le nuage noir symbolisant la tristesse était maintenant fixée sur le symbole des deux épées entrecroisées, et faisait des allers retours entre ce symbole et celui du crâne.

Triss combattait, et elle était en grand danger…

  • Tiens donc… releva Forlwey, intrigué. Et d’où vous vient cette assurance ?

Ace bougea si vite son bras que Sheamon ne vit qu’une ombre noire, et cinq projectiles rectangulaires fusèrent dans sa direction. Ils traversèrent le métal comme du beurre et tranchèrent la partie du conduit d’aération où se trouvait l’exorciste. Celui-ci sauta dans le vide pour éviter d’être coincé dans ce dernier qui s’écrasa avec fracas au sol, au milieu de la salle et des cris de surprise des mercenaires.

Sheamon réagit très vite. Il déploya ses ailes pour freiner sa chute.

« Annulation », s’ordonna-t-il mentalement.

Dans un flash de lumière blanche, Sheamon reprit sa taille normale. Il atterrit avec souplesse. Ses ailes de corbeau disparurent aussitôt dans son dos.

L’exorciste se redressa, arbalète au poing. Une forêt de fusils pointés dans sa direction l’encercla aussitôt. Les mercenaires avaient réagi avec la promptitude qui faisait leur réputation.

Sheamon vit qu’Ace s’était levé de son fauteuil, et put ainsi distinguer son visage avec précision.

Ses yeux étaient verts et ses boucles d’oreille en argent tintaient à chacun de ses pas. Il passa sa main dans ses cheveux bruns. Son sourire était victorieux, sa démarche assurée…

  • Sheamon Wave ! déclara le commandant Ace d’une voix railleuse. C’est un honneur de faire enfin votre connaissance ! La trente-deuxième flotte du Harakaï vous souhaite la bienvenue !

A suivre...

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