Chapitre 34 : Pour le plus grand bien, Partie 2

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L’eau glacée éclaboussa le visage de Triss, qui n’avait même plus la force de sursauter. En fait, elle accueillit cette sensation de fraicheur comme une bénédiction, alors que son dos la brûlait de l’intérieur… comme s’il était devenu une enclume sur laquelle chaque coup de fouet lui donnait la sensation d’une lame en fusion la martelant impitoyablement.

Submergée par la douleur, la jeune fille était à peine consciente. Tout son esprit, toute la volonté et les fibres de son corps qu’elle parvenait encore à rassembler étaient unies dans un seul objectif :

Serrer les dents et tenir.

Quatre-vingt-dix-neuf fois, le fouet s’était abattu sur son dos. Elle aurait perdu le compte, si la foule, excitée par la souffrance qu’elle endurait, n’avait pas compté à sa place en poussant des cris ivres de joie à chaque claquement de fouet. Le sang, qui s’était écoulé de ses blessures le temps de leur cicatrisation, avait maculé le sol à ses pieds ainsi que les restes de sa tunique. Mais Triss n’avait pas poussé un seul cri. Elle avait enduré chaque coup en serrant les dents pour parvenir à contenir tout cri de douleur. Peu à peu, les hurlements de victoire de la foule s’étaient atténués, laissant place à un silence stupéfait devant la résistance hors du commun de la jeune fille. Triss pouvait l’observer sur les visages tournés vers elle. Les vampires, qui la regardaient auparavant avec haine et avidité, la dévisageaient maintenant avec stupéfaction, presque avec une sorte de honte, comme s’ils venaient seulement de réaliser qu’ils acclamaient une séance de torture infligée à une jeune fille. Des murmures gênés s’échappaient désormais de la foule, poussant Evander à redoubler d’ardeur, conscient que ses fidèles commençaient à se questionner sur l’opportunité de tels actes.

  • Et le centième ! rugit-il.

Le fouet claqua tandis que la douleur submergeait de nouveau son corps meurtri. Pendant une seconde, Triss eut l’impression de mourir, alors que le monde autour s’évanouissait et que les ténèbres s’emparaient d’elle. Comme si elle s’enfonçait dans un océan de souffrance sans fin, avec la certitude que si elle parvenait à en toucher le fond, elle mourrait et échapperait enfin à ce calvaire. Ce serait si reposant…

Mais Triss se força à revenir à la réalité, et le monde réapparut. Elle aspira l’air à pleins poumons, encore effrayée de ce qui venait de se passer. Le soulagement l’envahit cependant lorsqu’elle comprit que son supplice était terminé.

Elle redressa la tête et, se forçant à garder une expression de défi, elle fixa alors le premier rang des vampires qui l’observaient… La plupart détournèrent les yeux en frissonnant devant le regard accusateur de la jeune fille dont ils avaient pourtant voulu la mort dans les pires souffrances. Parmi eux, Opra restait impassible, un sombre sourire satisfait sur le visage. Mais à ses côtés Waldo paraissait dégoûté, comme s’il venait de se rendre compte à quelle point la violence à laquelle il avait contribué avait été inouïe.

  • Peut-être devrions-nous arrêter là, Evander, déclara-t-il soudainement. Elle a assez souffert, il me semble…
  • Tu défends une Nocturii, Waldo ? s’écria Evander. Après tout ce qu’ils nous ont fait subir… Ta soif de vengeance serait-elle déjà épuisée, mon ami ? Ou alors aurais-tu oublié les humiliations de notre passé ?
  • Absolument pas, rétorqua l’ingénieur d’un ton réticent. J’étais avec toi quand nous sommes venus ici. J’ai construit les premiers abris moi-même, tu t’en souviens, non ? J’ai soif de vengeance tout autant que vous, mais je n’ai pas envie de laisser ma haine me faire perdre de vue notre but principal ! La gamine a clairement atteint ses limites : si nous forçons davantage, j’ai peur qu’elle ne le supporte pas… Je pense que nous devons la ménager tant que nous avons encore besoin d’elle, c’est tout.

De nombreux vampires murmurèrent leur accord, mais Opra, verte de rage, agrippa l’épaule de Waldo avec force.

  • Hors de question ! rugit-elle en tendant le doigt vers Triss. Regardez-là, observez son regard ! Elle n’est pas encore brisée ! Ce monstre n’attend que le moment où nous relâcherons notre garde pour briser ses chaines et tous nous tuer !
  • Elle n’en a plus la force ! protesta Waldo.
  • Oh que si, elle l’a ! Ses yeux sont ceux d’une tueuse ! Et quand elle se libèrera de ses chaines, il sera trop tard !

Si Triss en avait été capable, elle aurait éclaté de rire. Car si ses chaines ne l’avaient pas forcée à rester agenouillée, elle se serait effondrée depuis bien longtemps. Son corps lui paraissait tellement lourd et étranger qu’elle n’était même pas sûre de ressentir encore quelque chose, fussent cent ou deux cents nouveaux coups de fouet supplémentaires…

Pourtant, les arguments d’Opra paraissaient avoir fait mouche, car les vampires qui hésitaient à s’opposer regardaient Triss avec terreur, effrayés à l’idée qu’elle pût se relever. Waldo voulut protester à nouveau mais Evander ne lui en laissa pas l’occasion :

  • Opra a raison, intervint-il en levant les mains. Il faut bien plus que cela pour tuer une Nocturii. Elle joue la comédie, c’est évident… pour pouvoir nous écraser ! Mais elle n’a pas encore compris qui tient le fouet désormais… Alors c’est à nous de le lui montrer !

La foule l’acclama alors à grand renfort de cris d’une ardeur redoublée. Triss maudit une fois de plus le talent d’orateur d’Evander. Elle serra les dents, s’attendant à entendre de nouveau le fouet claquer sur son dos…

Mais ce n’était pas ce que prévoyait son ennemi.

  • Apportez-moi le fer, ordonna alors Evander.

Le garde tenant le grand paquet rectangulaire apporté plus tôt déballa soudain ce dernier. Il s’agissait d’une longue tige métallique modelée pour former un symbole, que Triss connaissait bien… Il s’agissait de la fleur de lys, emblème des Nocturii. Dès qu’Evander la prit en mains, la pointe rougit aussitôt comme par magie. De la vapeur s’en échappait ; horrifiée, Triss comprit aussitôt ce qu’Evander comptait lui infliger.

  • Les Nocturii avaient coutume de nous marquer ainsi auparavant, pour nous rappeler que nous n’étions rien de plus que des propriétés dont ils pouvaient disposer comme bon leur semblait… déclara-t-il avec un sourire sinistre. C’est à nous désormais de les marquer avec leur propre symbole, comme des monstres, des créatures pestiférées et néfastes qui, de chasseurs, sont devenues nos proies ! Montrons à cette Nocturii, qui nous regarde toujours de haut, où est sa place ! A genoux devant nous !

Les vampires rugirent de concert, tandis qu’Evander passait derrière elle sous les acclamations de ses camarades. Triss sentit son cœur cogner si fort dans sa poitrine qu’il semblait être sur le point d’exploser. Elle était terrifiée par l’objet de torture dont elle sentait la chaleur du métal s’approcher lentement de son dos à nu.

Dès que le fer rougi entra en contact avec sa peau, Triss oublia ses résolutions, sa volonté, son nom et même ses souvenirs. Elle avait résisté à cent coups de fouet, mais cette nouvelle souffrance dépassait tout ce qu’elle pouvait supporter. Alors qu’elle s’en croyait incapable, car sa bouche s’était depuis longtemps desséchée, Triss poussa un hurlement d’agonie déchirant, comme si son âme elle-même s’embrasait. Tout ce qui constituait son identité s’évanouit dans son esprit pour être remplacé par une douleur brûlante à laquelle elle ne pouvait ni échapper, ni résister. Alors elle continua de crier, parce que c’était la seule chose qui lui était encore possible.

Elle ne sut combien de temps le châtiment dura, ni quand Evander décolla le fer rouge de sa peau atrocement brûlée. Elle entendit à peine, comme si elle était à des kilomètres de là, le guide de Varenn hurler triomphalement :

  • Pour la Révolution ! Pour le plus grand bien !

La foule lui répondit avec des cris délirants qui lui semblèrent fort lointains. Triss sentit le monde autour d’elle se brouiller lentement… Elle crut pourtant entendre dans sa demi-conscience une sorte de rugissement monstrueux, les cris de triomphe se changer en exclamation de surprise et de frayeur, puis une ombre immense envahit la place.

C’est alors que tout devint noir et elle sombra dans l’inconscience bienfaitrice, loin du monde réel et de la douleur.


***


  • Atterris ici ! ordonna Jonas en désignant un groupe de bâtiments bordant la place. Il n’y a pas de sentinelles.
  • Et pourquoi pas au milieu ? rétorqua le dragon.
  • Pas de victimes tant qu’on peut l’éviter, rappelle-toi…

Voldra, récalcitrant, finit tout de même par obtempérer. Jonas sentit les puissants muscles du dragon se tendre sous ses cuisses pour se préparer à l’atterrissage. Toutefois, même s’il avait battu des ailes avec force pour se poser en douceur, Son poids était tel que les édifices gémirent avant de s’effondrer dans un nuage gris, sous les cris terrifiés de la foule qui tentait de s’enfuir pour éviter d’être prise dans l’éboulement. Mais Voldra n’en avait cure. Il se redressa lentement et dissipa la poussière d’un puissant battement d’ailes, avant de pousser un rugissement triomphant qui se répercuta en écho dans toute la montagne.

Jonas faillit tomber de son perchoir improvisé, déséquilibré par les brusques mouvements de la bête. Il réussit cependant à se maintenir du bout des doigts, mais la douleur lui fit serrer les dents. Son bras droit le faisait terriblement souffrir.

  • Attention ! gronda le devin. Ce n’est pas ainsi que l’on traite un passager de première classe !
  • Je ne me préoccupe pas des microbes qui s’accrochent à mon dos ! répliqua Voldra, hautain.

Le démon poussa un long soupir exaspéré. Il avait été ardu de convaincre le dragon de consentir à le laisser monter sur son dos, parce que ce dernier s’en était offusqué, déclarant qu’il ne pouvait accepter de lui servir de monture sans ternir son honneur et sa réputation. Jonas avait dû lui faire remarquer qu’il lui serait bien difficile de le suivre dans les airs, sans oublier que ne pas honorer sa dette envers lui serait tout aussi déshonorant. Finalement, Voldra avait fini par accepter après que Jonas eût juré de ne jamais révéler cet accord à quiconque. Mais il n’était pas ravi pour autant…

Toutefois, ce n’était pas le moment de se préoccuper des états d’âme du dragon. Le devin jeta un coup d’œil à son bras droit qui le brûlait terriblement malgré le bandage qu’il avait appliqué sur la blessure. Il avait détruit le collier ensorcelé qui emprisonnait Voldra, mais le prix à payer était élevé. Les contrecoups de l’utilisation de sa relique se faisaient profondément ressentir, cependant il pouvait… il devait l’endurer. S’il serait incapable de se battre au couteau avec son bras droit, du moins pourrait-il tirer avec le gauche, sans être pour autant aussi précis que d’ordinaire.

En se servant des pics qui hérissaient le dos de Voldra, Jonas grimpa jusqu’à son épaule massive, afin d’avoir une vue d’ensemble de la place, serrant les dents pour supporter la douleur dans son épaule droite. Devant lui, la quasi-totalité des vampires les regardaient avec terreur, trop pétrifiés pour chercher à s’échapper… A moins qu’ils n’eussent déjà compris que toute tentative de fuite serait vouée à l’échec face à son gigantesque acolyte. Les sentinelles postées sur les bâtiments situés aux alentours avaient braqué leurs fusils sur le dragon, tandis que d’autres, au sol, avaient formé une ligne en pointant lances, épées, couteaux et fourches vers la bête comme pour lui défendre d’avancer. Néanmoins, tous étaient bien conscients de la situation désespérée dans laquelle ils se trouvaient…

Jonas concentra alors son regard sur l’estrade, où une dizaine de gardes s’étaient répartis dans une formation en demi-cercle défensif autour d’Evander, qui avait réagi avec intelligence en posant immédiatement la lame de son épée sous la gorge de Triss.

A la vue de la jeune fille, Jonas sentit son cœur se serrer. Attachée, les bras écartés telle une sacrifiée, elle semblait évanouie, presque en paix, mais le sang qui maculait ses vêtements et le sol de l’estrade ne laissait planer aucun doute sur le sort qui lui avait été réservé… Elle avait été torturée…

Même s’il avait déjà vu cette scène et qu’il s’y était donc préparé, Jonas ne put s’empêcher de serrer les poings de dégoût en pensant à l’horreur qu’elle avait dû subir. S’il était arrivé plus tôt, s’il avait réussi à convaincre Voldra avant… Ou s’il avait tout simplement regardé le futur quand Sheamon le lui avait demandé, au lieu de penser à festoyer, rien de tout cela ne serait arrivé…

Pourtant, il parvint à rester calme. C’était en voyant le futur qu’il avait compris que ces gens sur la place étaient tout autant des victimes que Triss elle-même. Il se félicita intérieurement d’avoir réussi à convaincre Sheamon de l’écouter. Si le renégat s’était obstiné à l’accompagner, la vue de la jeune fille évanouie l’aurait rendu fou de rage, incontrôlable, poussant ainsi Evander à transpercer directement la poitrine de Triss : dès lors, plus rien n’aurait pu empêcher la destruction de Varenn.

Jonas savait que si Sheamon parvenait jusqu’à la place centrale, un massacre s’ensuivrait inéluctablement. Il n’y avait pas de futur où l’un arrivait sans l’autre. C’est pourquoi il lui avait enjoint de se charger d’encadrer la fuite des prisonniers par les tunnels, tandis que Naru et Philippa attaqueraient Evander et ses hommes à revers. Dès que Triss serait récupérée avant qu’Evander ou les autres eussent le temps de se ressaisir, Voldra ferait la différence et les emmènerait hors du refuge. Ensuite, Il serait temps de négocier la reddition d’Evander… Cela bien sûr, si les vampires de Varenn voulaient compter sur l’aide de Voldra pour repousser l’armée du nosferatu qui approchait.

C’était un plan simple en apparence, mais terriblement difficile à mettre en place. Il y avait en effet trop de facteurs déterminants… à commencer par Sheamon lui-même. Trahirait-il sa promesse, ou s’en tiendrait-il aux directives de Jonas ? De ce choix pouvait dépendre plus de deux-mille vies ce soir.

Le devin se força à se reconcentrer sur le présent. Avant de s’inquiéter de la bonne marche du plan, lui aussi avait son rôle à jouer : gagner du temps, négocier, instaurer le dialogue.

  • Je vous conseille d’éviter de tirer ! déclara Jonas d’une voix forte pour être entendu de tous. Mon ami ici présent n’est pas très patient… mais si vous gardez votre calme, il n’est pas nécessaire que coule le sang !
  • Que signifie ceci, Voldra ? l’ignora Evander en s’adressant au dragon avec indignation. Aurais-tu oublié notre accord ?!
  • Un accord ?! ironisa le dragon. Oh oui, je m’en souviens, vermine de la nuit ! L’accord que tu as conclu en tirant profit du sortilège qui m’affaiblissait pour m’asservir, c’est de celui-là dont tu parles ?!

La patte de Voldra s’écrasa brutalement sur le sol en brisant la pierre, provoquant ainsi un frémissement de terreur dans les rangs des sentinelles comme au sein de la foule. Le dragon redressa la tête, tandis que les flammes de son corps doublaient d’intensité.

  • Mais maintenant, je suis LIBRE ! rugit-il. Enfin libre de vous réduire en cendres !

La gueule ouverte de Voldra crachait des flammes menaçantes, la panique se répandit parmi les vampires au bord de l’émeute. Mais la voix d’Evander retentit de nouveau, assurée et puissante.

  • Ne paniquez pas, camarades ! lança-t-il. Tant que la fille est entre nos mains, ils ne feront absolument rien ! Ne laissez pas ces menaces nous diviser, c’est ensemble que nous sommes forts ! Ayez confiance en moi et, comme toujours, nous nous en sortirons !

Les vampires, au bord de la débandade, cessèrent soudain de s’agiter pour écouter les paroles de leur chef. Malgré la peur et l’appréhension qui se lisaient sur leurs visages, la plupart surent se ressaisir.

  • Tant qu’Evander est avec nous, nous n’avons rien à craindre ! lança l’un d’entre eux.
  • C’est vrai ! répondit un autre. Evander est notre sauveur à tous !

La foule réaffirma alors avec force son soutien au guide de Varenn, certains scandant son nom comme une litanie, une sorte de sortilège qui aurait le pouvoir de repousser le mal… Comme Jonas l’avait escompté, l’emprise d’Evander sur les vampires de Varenn était extrêmement puissante.

Dans un environnement aussi clos, il n’avait pour ainsi dire pas de rival pour lui disputer la direction des réfugiés. Avec ses talents de manipulateur, il avait su se rendre indispensable, atteignant même une dimension pratiquement mythique aux yeux de ces pauvres gens effrayés. Ils n’avaient, tout comme Ilyann, pas la moindre idée de ce que tramait Evander dans l’ombre, l’adulant comme leur sauveur, sans remettre en question ses paroles qui avaient valeur de loi dans leur communauté. Et tant que cela durerait, ils le suivraient aveuglément, même si cela devait les mener à leur propre chute. C’est pourquoi s’il voulait arriver à sauver le plus de vies possible, Jonas devait parvenir à les séparer d’Evander. Ce n’était pas impossible, mais ce serait très difficile. Le devin avait une lourde responsabilité. De ce qu’il dirait maintenant dépendraient non seulement la vie de Triss, mais aussi l’existence de centaines d’autres.

  • Ce n’est pas Evander qui peut vous sauver désormais, peuple de Varenn ! répliqua Jonas. C’est même le contraire ! Si vous continuez à l’écouter aveuglément, votre histoire s’arrêtera ici et vous allez tous mourir ! Mais si vous êtes résolus à vous en sortir, vous pouvez encore échapper à l’anéantissement… Cependant le temps vous est compté !
  • Ne l’écoutez pas ! intervint Evander. S’ils esquissent le moindre geste, la fille meurt !
  • Si vous tuez Triss, je vous garantis que plus rien ne pourra vous protéger ! les avertit Jonas. Ni Evander, ni vos armes ridicules ou vos pitoyables abris ! Parce que vous avez pris les mauvaises décisions… vous avez provoqué la colère de deux monstres qui vont vous anéantir !
  • Nous sommes nombreux et unis ! rétorqua un homme, approuvé par la foule. Nous combattrons et nous vaincrons avec le pouvoir de notre volonté !

Jonas éclata de rire.

  • Vous croyez que grâce à votre nombre, vous avez la moindre chance contre un dragon suffisamment puissant pour raser des villes entières ? Vous pensez que parce que vous êtes unis, vous pouvez affronter un ange déchu capable de vous mettre à genoux d’un claquement de doigts ? Vous espérez vraiment qu’Evander puisse garantir votre survie face à de telles menaces ?

La foule parut soudain perdre une partie de son assurance… Certains murmurèrent entre eux en jetant des regards effrayés aux armes qu’ils tenaient dans leurs mains, incontestablement impuissantes face aux dangers qui les guettaient.

  • Désormais, votre seule chance de salut est de cesser d’écouter Evander et ses mensonges ! L’unique façon de préserver vos vies est de nous remettre la princesse ; si vous le faites, nous quitterons le refuge en le laissant intact !
  • De belles paroles ! ironisa Evander. Mais qui peut nous assurer qu’une fois que nous vous aurons remis la princesse, vous tiendrez parole ? Nous ne sommes pas assez stupides pour nous laisser berner aussi facilement ! Vous êtes des traitres que nous avons hébergés chez nous et qui pour nous récompenser, ont profité de notre générosité pour essayer de nous voler en n’hésitant pas à verser le sang de nos camarades. Vous n’avez aucun honneur !
  • Vous voulez parler d’honneur, Evander ? N’est-ce pas vous qui abusez de la crédulité de vos semblables depuis plus de deux siècles en vous faisant passer pour un héros de la révolte, alors que vous n’êtes pas différent des Nocturii auxquels vous prétendez vous opposer ?

Même s’il était loin, Jonas devina que les traits d’Evander s’étaient légèrement crispés face à ces accusations. Le devin poursuivit l’offensive :

  • Oui, nous vous avons combattus, et oui, nous avons tenté de nous enfuir… Mais quel autre choix avions-nous, alors qu’Evander et ses sbires, les sentinelles qui vous maintiennent sous sa coupe autant qu’ils vous protègent, cherchaient à nous réduire au silence car nous connaissions la vérité sur ses agissements et son trafic d’esclaves ?

Parmi les vampires, le doute se mêla à l’incompréhension : si certains restaient impassibles, d’autres, mal à l’aise, s’étaient tournés vers Evander, qui restait silencieux.

  • Un trafic d’esclaves ? Ici, à Varenn ?
  • Impossible ! Evander n’aurait jamais pu…
  • D’où croyez-vous qu’Evander ait pu tirer ce qu’il lui fallait de sang pour nourrir une aussi vaste communauté de vampires ? Et les armes, les tissus et le fer dont vous avez tous besoin ? Cessez d’être naïfs ! Il a capturé des personnes sur les routes pour les séquestrer ici, puis les revendre au bout d’un certain temps afin d’obtenir l’or qui lui a permis d’acquérir les biens qui vous manquaient ici ! Ce refuge est bâti sur le sang d’innocents, tout comme les Nocturii ont construit leur puissance sur le vôtre !
  • Pure calomnie ! rétorqua Waldo, mais la sueur perlait sur son visage.
  • Nous sommes différents de ces monstres ! hurla une autre femme.
  • Vraiment ? répliqua Jonas en désignant Triss du doigt. Vous avez laissé torturer une enfant innocente en acclamant son bourreau… Vous n’étiez peut-être pas au courant de tout ce que faisait Evander, mais la vérité était sous votre nez, et vous avez choisis de l’ignorer. Qui en ce monde, si ce n’est des monstres sans cœur, auraient laissé de tels actes se produire sans protester ?! Ces barbares… mériteraient d’être anéantis !

La honte et l’effroi se peignirent subitement sur le visage de la plupart des réfugiés… Certains avaient l’air de se demander ce qu’ils faisaient là, tandis que les sentinelles semblaient paniquer, comme s’ils sentaient leurs compatriotes se méfier d’eux.

  • Vous avez le choix cependant, reprit Jonas. Vous pouvez continuer à suivre aveuglément Evander, et alors là vous n’aurez plus la possibilité de faire marche arrière… Ou bien vous pouvez cesser d’être crédules et de vous en remettre aux autres, pour prendre vous-mêmes votre destin en mains ! C’est à vous décider !

A suivre...

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