Chapitre 2.1 : Les nations face à l'inconnu
Atlas EUMELOS :
Je me dirigeai vers la sortie de mon bureau. Natali ouvrit la porte et, à ma sortie, les gardes me saluèrent. Nous prîmes la direction de la salle de conférence, escortés par Natali à ma droite et les quatre gardes du corps autour de nous. Chaque pas résonnait comme un métronome, parfaitement synchronisé. L’un des gardes ouvrit la porte de la salle pour nous laisser entrer sans que j’aie à fournir le moindre effort. Tout semblait réglé comme une horloge.
Je devais respecter cette image présidentielle, symbole d’autorité et de maîtrise. Pourtant, elle représentait parfois un poids insupportable. J’avais l’impression d’être un enfant de cinq ans incapable de lacer ses chaussures, constamment assisté par les personnes autour de moi. Cela m’irritait au plus haut point. Derrière cette image de privilégié de la haute société, je n’étais qu’un loup déguisé en mouton, me fondant parmi un troupeau dont les discussions stériles sur des sujets qu’ils n’avaient jamais réellement connus me répugnaient. Leurs manigances et leurs manipulations de la société me dégoûtaient.
C’est pour cela que j’ai tout fait pour devenir président : afin que plus aucun de ces moutons ne dirige ce pays que je chéris tant sans en assumer la responsabilité. Voilà que je me retrouvais à nouveau à discuter avec eux, mais cette fois, je devais tout faire pour le protéger. Je m’assis sur le siège devant la caméra pour me préparer à la conférence, qui débuterait dans moins de deux minutes. Natali se tenait derrière moi, droite et ferme, quelques mèches de cheveux bruns glissant devant son épaule, vêtue de sa tenue de garde du corps. Je souhaitais qu’elle assiste au moins au début de ce débat afin qu’elle puisse acquérir le maximum d’expérience politique. Certes, ce n’était pas sa première conférence à mes côtés, et, à plusieurs reprises, elle avait su me donner de précieux conseils. Plus tard, si elle souhaitait poursuivre une carrière politique, je suis certain qu’elle deviendrait une femme remarquable, capable d’affronter n’importe quel obstacle.
La réunion débuta. Les trois écrans géants de la salle affichèrent les visages d’une multitude de dirigeants politiques connectés par visioconférence. Ce n’était pas inhabituel d’avoir des réunions de ce genre, mais cette fois, un nombre exceptionnel de participants étaient réunis. Parmi les pays présents, figuraient les représentants de l’Assemblée Européenne du vieux continent, de l’Union Asiatique, de l’Amérique et de la Russie. Tous les grands de ce monde étaient réunis, ce qui restait exceptionnel pour une telle réunion organisée à la dernière minute. Environ cent vingt États généralement reconnus étaient connectés à cette séance.
La conversation fut engagée par le représentant de l’ONU, une entité neutre lors de ce type de réunion.
Représentant de l’ONU : « Mesdames et Messieurs, nous vous remercions pour votre présence à cette session exceptionnelle de l’Assemblée générale des Nations Unies. »
Un léger brouhaha se fit entendre à cette déclaration.
Représentant de l’ONU : « Comme vous le savez, un vaisseau inconnu a pénétré l’espace aérien français, puis allemand, et se dirige actuellement vers la Russie, semble-t-il. Après enquête, il n’est lié à aucun pays et ne semble équipé d’aucune arme. Il ne représente donc pas de menace immédiate. La question demeure cependant : la technologie de ce vaisseau et sa capacité de vol continu dépassent largement nos connaissances actuelles. »
Président américain : « À qui appartient donc ce vaisseau ? »
Représentant de l’ONU : « Cette information n’a malheureusement pas encore pu être confirmée. »
Président français :« D’après les rapports dont nous disposons, cela concorde avec ce que le public connaît. Le vaisseau aurait été repéré près de la tour Eiffel, distribuant des tracts annonçant son voyage, ce qui a provoqué un mouvement de foule que les forces de l’ordre ont dû disperser. Nous ignorons encore s’il s’agit d’une initiative pacifique. »
Chancelier allemand :« Nous avons eu des résultats similaires à la Porte de Brandebourg. Bien que les forces de l’ordre aient été présentes, le vaisseau est resté un moment pour diffuser son message sur notre territoire. »
Premier ministre chinois : « Est-ce tout ce que vous avez à déclarer, Chancelier, ou avez-vous omis quelques détails concernant son départ de votre pays ? »
Chancelier allemand : « Que sous-entendez-vous, Premier ministre ? »
Premier ministre chinois : « Nos satellites ont pu retracer sa trajectoire depuis son apparition en France, et nous avons constaté que des avions de chasse l’ont escorté jusqu’à l’une de vos bases, où il semble vous avoir échappé. Avez-vous cherché à vous approprier la technologie que ce vaisseau pourrait contenir ? Disposez-vous d’éléments pour contredire ces informations, Chancelier ? »
Un brouhaha envahit la salle d’audience, confirmant le rapport que Natali m’avait transmis et démontrant que nous n’étions pas les seuls à surveiller les mouvements de ce vaisseau. Le chancelier allemand semblait bien avoir tenté de s’en emparer.
Représentant de l’ONU : « S’il vous plaît, calmez-vous. Chancelier, expliquez-vous. »
Chancelier allemand : « Ce vaisseau est entré illégalement sur notre territoire. Nous avons donc appliqué les procédures habituelles pour intercepter un intrus. Nous aurions pu également détruire son appareil. »
Président marocain : « Nous devrions nous préparer à toute éventualité. Il serait judicieux de développer des stratégies pour neutraliser le vaisseau au cas où il représenterait une menace, par exemple en désactivant l’un de ses moteurs pour le forcer à atterrir ou à s’éjecter de son engin. »
Représentant de l’ONU : « D’après les observations, ce vaisseau est composé de quatre moteurs, mais nous ne pouvons garantir l’existence d’un module d’éjection en cas d’urgence. Il ne ressemble à aucun modèle d’avion connu à ce jour. Tout risque d’atterrissage forcé pourrait mettre la vie du pilote en danger. »
Je pris la parole pour apaiser la tension grandissante autour de la stratégie consistant à abattre le vaisseau. Je tentai de changer leur approche politique.
Atlas : « Avant de prendre des mesures radicales, pourquoi ne pas chercher à communiquer avec ce vaisseau ? Un dialogue direct pourrait nous aider à comprendre ses intentions. De plus, selon les tracts, un direct sera lancé dans les cinq prochaines minutes. Cela nous permettrait d’en apprendre davantage sur les actions de cet individu qui ne semble en aucun cas représenter une menace. Son vaisseau est même marqué de la mention liberté dans plusieurs langues. Ce pilote cherche à faire passer un message et non à déclarer la guerre. »
Président russe : « Je tiens à exprimer mon soutien au pilote de ce vaisseau. Il se trouve actuellement dans mon pays et se dirige vers Moscou. Aucune tentative d’atterrissage forcé ne sera engagée contre lui, mais il sera bien sûr escorté. J’invite toutes les nations à en faire de même s’il ne montre aucun signe de menace. Nous devons travailler ensemble pour étudier ce vaisseau sans nuire à sa liberté, au risque de créer un état de stress pour le pilote et de provoquer un accident sans précédent. »
Premier ministre japonais : « Je suis du même avis. Nous sommes prêts à l’accueillir dans nos frontières, du moment qu’il ne représente aucune menace pour notre pays. »
Président des États-Unis : « N’oublions pas que chaque nation a le droit de protéger ses frontières. Nous devons collaborer, mais sans empiéter sur la souveraineté des autres. Ce vaisseau pourrait contenir des avancées technologiques que nous pourrions utiliser à des fins bénéfiques. »
Président algérien : « Faites en sorte de ne pas vous les approprier uniquement pour vous. Après tout, c’est ce que vous, les Américains, savez faire le mieux. »
Président des États-Unis : « Ne vous inquiétez pas pour cela. Il sera bien accueilli une fois chez nous. De votre côté, veillez simplement à ce qu’il ne reçoive pas par accident un missile provenant de vos bases militaires. »
La conversation s’envenima rapidement, les échanges devenant de plus en plus virulents entre les représentants américains et algériens, tandis que les Européens tentaient de calmer la situation. Natali en profita pour me tapoter discrètement l’épaule afin d’attirer mon attention.
« Je vais me retirer pour récupérer des informations sur notre cible via son direct. »
« Très bien, je compte sur toi. »
J’aurais voulu la suivre à ce moment-là, mais je me devais d’assurer la suite des événements. Pour l’instant, l’opinion générale des nations était de laisser le vaisseau naviguer tant qu’il ne causait pas de dégâts matériels. Le fait que le monde entier ait les yeux rivés sur lui faisait que chaque pays surveillait les faits et gestes des autres. Peut-être que cela faisait partie de son objectif initial : être observé pour bénéficier d’un bouclier médiatique et politique.
La discussion tournait en rond. Tout le monde se demandait ce qui se passerait lorsque ce vaisseau devrait atterrir. À un moment ou un autre, il serait obligé de se poser pour se ravitailler. Il ne pouvait pas rester indéfiniment en vol. Les débats concernant le partage des technologies de ce vaisseau commencèrent à créer des divisions. D’un côté, les nations désireuses de s’approprier cette technologie ; de l’autre, celles souhaitant laisser le choix à son créateur. Personnellement, je penchais pour laisser cette technologie à son inventeur, mais sous surveillance. Si quelqu’un est capable de créer un tel vaisseau, qui sait de quoi il est capable et quelles sont ses véritables intentions ?
La réunion se poursuivit sur les événements et la manipulation des médias concernant cet individu volant inconnu. Seul moi savais, grâce à la Déesse, une partie de ses intentions. Mais je me demandais encore à quoi il pouvait ressembler, espérant sincèrement qu’il s’agissait d’une bonne personne.
Natali Lonskaïa :
Alors que les dirigeants débattaient, je continuais à prendre des notes et à surveiller leurs réactions. Mon rôle de secrétaire et de garde du corps était d’assurer que le président Atlas disposait de toutes les informations nécessaires pour prendre des décisions éclairées, même si je remarquais que certaines discussions avec certains États pouvaient s’avérer complexes.
La réunion se poursuivait, et il était évident que cette situation avait créé une certaine tension entre les nations. Les dirigeants du monde étaient confrontés à une énigme, se questionnant sur les intentions du pilote et les implications de la technologie de l’OVNI. Les débats s’enchaînaient et il restait encore beaucoup à discuter et à décider.
Quand la conversation commença à dériver vers un combat politique, j’en profitai pour tapoter discrètement l’épaule du président et lui murmurer à l’oreille :
« Je vais me retirer pour récupérer des informations sur notre cible via son live. »
Le président me gratifia d’un léger sourire et répondit calmement :
« Très bien, je compte sur toi. »
Je me retirai discrètement, me fondant dans l’ombre pour ne pas attirer l’attention en quittant la salle de visioconférence.
En rejoignant la salle des opérations, je repensai au débat politique. C’était vraiment éprouvant mentalement de discuter avec autant de personnes tout en pesant chaque mot pour ne pas nous retrouver en porte-à-faux avec un État. J’admirais la patience d’Atlas pour tenir ces réunions. À mon arrivée dans la salle de contrôle, à ma grande surprise, Vivian m’accueillit avec un café que j’acceptai volontiers. Elle avait été formée à LADA en même temps que moi, et nous étions devenues de grandes amies.
« Que fais-tu ici, Vivian ? Ta mission est déjà terminée ? »
« Oui, je suis rentrée il y a moins de trente minutes, mais tu étais en réunion à ce moment-là, alors je me suis dit que tu repasserais forcément ici », dit-elle en s’adossant à la rambarde.
« Comment pouvais-tu en être aussi sûre ? » demandai-je en profitant du café.
« Oh, Nana, entre nous, je te connais très bien et, après tout, l’information a déjà fait le tour du monde. »
Je fus un peu gênée qu’elle m’appelle ainsi ; c’était un petit surnom qu’elle avait pris l’habitude d’utiliser.
« Bon, j’ai compris. Allons voir ce live ensemble. Opérateur 13, veuillez afficher le live sur l’écran principal. Opérateur 8, faites des recherches sur un dénommé Jérémy Chapi. »
« Super, enfin quelque chose qui me change de mon travail habituel, j’ai pris du popcorn. »
Je lui lançai un regard sévère.
« Tu vas ranger tout de suite ce popcorn. Nous ne sommes pas dans une salle de cinéma ici, agent Vivian, à moins que tu veuilles que je te fasse sortir d’ici. »
« Ouh là, je suis désolée, je vais les ranger tout de suite. » Elle partit déposer son popcorn sur une table de la salle des opérations et revint vers moi.
Vivian n’était pas une agente comme les autres : elle était la personne envoyée lorsque la mission semblait impossible, que ce soit pour sauver un VIP ou éliminer une cible. Elle avait un tempérament hors du commun, déplaisant fortement au commandement, mais en mission, elle était totalement différente, et peu de personnes pouvaient suivre son rythme. Nous étions de grandes amies aussi en dehors du travail, et nous faisions souvent des sorties ensemble. Son visage reflétait une tranquillité intérieure, une sagesse acquise au fil des expériences.
D’un ton plus sérieux, Vivian me demanda :
« Que penses-tu de toute cette affaire ? »Je pris quelques secondes pour réfléchir avant de donner ma réponse :
« C’est une affaire complexe. Nous avons un vaisseau et un pilote non identifié capable de voler à grande vitesse au-dessus de nombreux pays. Il pourrait déclencher des conflits entre nations sans le vouloir. J’espère que ce live pourra nous apporter des réponses. Le président me cache quelque chose, j’en suis sûre ; il est au courant, mais ne peut encore rien dire. »
Vivian me regarda avec son regard froid de prédatrice, celui qu’elle arborait en mission, et me demanda :
« Devrais-je m’occuper de lui ? »
« Non, pas pour l’instant. Mais s’il devait devenir une menace pour notre nation, tu recevras ton ordre de mission. »
« Très bien, dans ce cas, je reste en stand-by. »
Le live se lança sur l’écran, révélant une grande étendue de plaine verte à perte de vue, sous un ciel bleu réalisé dans un style pastel. Au milieu de cette plaine apparut une porte en bois qui s’ouvrit pour laisser apparaître un personnage féminin au style animé. Elle avait une longue chevelure améthyste semblant flotter au vent dans cette plaine imaginaire. Elle s’approcha de nous gracieusement, comme si tout cela était réel. Sa longue robe blanche flottait au vent, synchronisée avec sa chevelure. Ses yeux, d’un brun profond, se mariaient harmonieusement avec sa chevelure, mettant en valeur la splendeur de son visage. Ses traits, angulaires et soigneusement sculptés, semblaient avoir été façonnés avec la précision d’un artiste. Les jeux d’ombres et de lumières ciselant les contours de son visage ajoutaient un mystère envoûtant à son charisme déjà captivant. Chacun de ses mouvements révélait une concentration intense, soulignant la force et la détermination qui se dissimulaient derrière cette élégance naturelle. Il était difficile de déterminer si cette figure était bien réelle ou si tout cela n’était qu’une vidéo finement orchestrée pour capter son audience. Et maintenant, elle s’apprêtait à s’adresser à nous.

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