Chapitre 3.0 : Le Live des Rêves Débute 2 partie

8 minutes de lecture

Iris Chapi :

« Père, ici le Live, m’entends-tu ? »

« Je te reçois cinq sur cinq, ma fille. »

La transmission s’installa instantanément, et je retransmis les images que je

recevais du Liberty au public. L’écran se divisa en cinq fenêtres : deux

petites à gauche et à droite, une centrale affichant le visage de mon père,

qui semblait fatigué mais légèrement rougi par la timidité devant un public

aussi nombreux. Les autres fenêtres montraient différents points de vue du

vaisseau : la vue avant, arrière, et inférieure, permettant au pilote de garder

une vision complète de son environnement et d’offrir une perspective du

ciel et de la terre de Russie, où se trouvait actuellement mon père. La

dernière fenêtre montrait un angle plus large de l’intérieur du Liberty, où

l’on pouvait apercevoir mon père en combinaison, concentré sur sa route.

Le siège à côté de lui était vide, couvert de prospectus pour le Live. Le

grand angle dévoilait les commandes du vaisseau, les deux joysticks, les

écrans de bord et le retour du Live sur l’un d’eux. Même si nous avions

répété plusieurs fois le début ensemble, j’avais gardé la surprise de la robe

que je m’étais confectionnée. J’espérais que mon père l’apprécierait.

« Bien, père, comme tu peux le voir, un grand nombre de spectateurs

participent à ce Live. Aurais-tu quelques mots à ajouter sur notre objectif ?

»

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L’Héritage des Rêves

« Non, je n’ai rien à ajouter. Tu as très bien présenté notre objectif, et tu es

magnifique, ma fille. »

« Père, s’il te plaît... pas en public. » Je rougis, tout en restant concentrée

sur mon rôle d’hôtesse du Live.

« Où te trouves-tu actuellement ? »

« Je suis en Russie. Je reviens tout juste de Moscou, où j’ai fait notre

publicité non loin de la place Rouge. Je suis escorté par deux avions de

chasse du pays, et je me dirige actuellement vers le Japon. »

« Effectivement, tu as parcouru un long chemin depuis la France. Le

voyage ne te semble pas trop long ? »

« Je dois bien avouer que rester assis dans le vaisseau est pesant pour le

corps et l'esprit, et pourtant, ce n'est que le début. Mais le fait de

communiquer avec toi et le public me soulage un peu de cette longue route.

»

« Dans ce cas, nous devrions commencer à lancer les questions-réponses du

public ? »

« Père, une question intéressante du public concerne la technologie de

l'anneau céleste. Pourrais-tu nous en dire plus sur son fonctionnement et les

défis qu’elle a impliqués dans sa conception ? »

« Hum... je n’aurais pas cru entrer aussi vite dans le vif du sujet. Je

n’expliquerai pas les détails de sa conception, mais ce que je peux vous

dire, c’est qu’il s’agit d’une toute nouvelle source d’énergie infinie que

nous avons inventée. Actuellement, celui que je transporte a la capacité

d’une centrale nucléaire, et tout cela ne serait pas possible sans lui. »

« Que de souvenirs au moment de sa création... mais je me serais bien

passé de certaines complications que nous avons pu avoir. Bon, question

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suivante : qu’en est-il des impressions que tu as eues en survolant différents

pays jusqu’à présent ? Qu’est-ce qui t’a le plus marqué ? »

« Chaque pays que je survole a sa propre magie, sa propre essence. La

Russie, par exemple, offre une splendeur et une diversité culturelle à couper

le souffle. Mais ce qui me touche le plus, ce sont les gens. Leurs réactions à

notre passage, leur curiosité, leur espoir, tout cela transcende les frontières

linguistiques. Chaque survol est une rencontre avec l’humanité dans toute

sa diversité. »

« Je vois ce que tu veux dire, père. Le retour des caméras nous offre une

partie de ce que tu vois en ce moment : la traversée de la toundra russe et

les étoiles à perte de vue. Je suis contente que la transmission soit fluide,

permettant une si belle image des vastes contrées russes, où la nature a

encore gardé ses droits sur l’être humain. Les lumières isolées se comptent

sur les doigts d’une main, et aucune route ne vient déchirer le paysage,

telles des cicatrices déformant cette vue éclairée par la douceur de la lune.

Je me laisse envoûter par ce paysage pendant quelques secondes avant de

reprendre mon rôle. »

« Je vais passer à la question suivante, qui ressort le plus dans le tchat :

n’avez-vous pas peur qu’un pays vous attaque ? »

« Bien sûr que si, mais nous avons pris ce risque en considération avec ma

fille. L’idée de ce Live était aussi de faire passer le message aux nations que

nous venions en paix et qu’il n’y avait absolument rien à craindre de nous.

Mais ma fille vous a déjà donné notre point de vue à ce sujet », répondit

mon père avant de prendre une gorgée d’eau.

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L’Héritage des Rêves

« Des risques que nous connaissons malheureusement », répondis-je

naturellement avec une pointe de tristesse qui serra légèrement mon cœur et

me laissa quelques secondes d’absence. « Excusez-moi... question

suivante. Un spectateur nous a demandé comment nous gérons les besoins

tels que la nourriture, l’eau et le sommeil pendant votre traversée ? »

« Ce voyage ne durera pas plus d’une journée si tout se passe bien, mais

j’ai quelques bouteilles d’eau et des rations. L’espace à bord du Liberty

équivaut davantage à celui d’une grosse voiture qu’à un camping-car, donc

nos choix quant à ce que nous pouvons emporter sont limités. J’ai

malheureusement dû renoncer à un bon café chaud pour privilégier le

matériel de survie. Quant au sommeil, je pratique des microsiestes pendant

les longues traversées, comme lors du vol au-dessus de l’océan Pacifique et

de l’Atlantique. »

Les questions s’enchaînaient avec fluidité. Mon père et moi répondions

chacun à notre tour, avec enthousiasme. Le nombre de spectateurs ne

cessait d’augmenter, et sur les réseaux sociaux, nous étions déjà classés

parmi les cinq premiers sujets mondiaux. Certaines personnes continuaient

de penser que tout cela n’était qu’une farce, et je ne pouvais leur en vouloir

dans un monde où les rêves semblaient s’être éteints. Tout se passait

comme prévu avec la sortie du territoire russe pour nous diriger vers le pays

du Soleil-Levant.

« Père, encore une question avant ton arrivée à ta prochaine destination :

parle-nous de l’équipe qui te soutient dans cette aventure. »

« Malheureusement, il n’y a que ma fille et moi qui avons pu participer. »

Mon père s’interrompit en plein discours au moment où un voyant rouge et

un bruit d’alarme se firent entendre, suivi d’une détonation : un missile

avait été détourné par le Liberty grâce à ses fusées éclairantes. Mon cœur se

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serra violemment dans ma poitrine à la vue de cette situation que nous

voulions à tout prix éviter. Je pouvais voir l’expression de peur et de

surprise sur le visage de mon père. Après une seconde explosion, visible

sur l’une des caméras extérieures, le signal vidéo et audio commença à

faiblir, l’image se brouillant de plus en plus jusqu’à devenir noire. Il ne

restait plus qu’un message au centre de l’écran : « Hors ligne ».

Je me devais de rester calme. Reste calme, respire. Je me récitai ce mantra

pour ne pas sombrer, mais ma pâleur et le silence que je laissai sur le live

accentuèrent la gravité de la situation. Je parlais encore avec mon père

l’instant d’avant, et maintenant... deux explosions venaient de retentir. Le

Liberty avait activé son système de défense, donc tout devait bien se passer.

Oui, cela devait être cela. La perte de connexion venait sûrement des

interférences provoquées par les explosions. J’essayais de m’en convaincre,

mais la peur me serrait toujours le cœur.

Je repris le live avec plus de difficulté que je ne l’imaginais, la voix à demi

sanglotante :

« Mesdames et messieurs, nous rencontrons actuellement des problèmes

techniques. Nous allons marquer une courte pause de cinq minutes. »

Je coupai le live sur une image du Liberty. À la coupure, je m’effondrai

dans ma prairie virtuelle, en larmes.

« Tout va bien, reprends-toi... voyons. » Je me parlai intérieurement. Je

saisis une poignée d’herbe virtuelle dans ma main et la laissai s’envoler

dans le vent numérique, essayant de me calmer et de retrouver la connexion

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avec mon père. Les dés ne sont pas encore jetés. J’ai encore des cartes à

jouer.

Une porte se forma devant moi, s’ouvrant sur le réseau global d’Internet.

Ce n’était pas le même tour de magie que celui utilisé contre la base

allemande. Cette fois, il me fallait plonger en profondeur, dans la racine

même du réseau mondial. Le temps semblait s’accélérer ici, et plus mon

corps numérique gagnait en puissance, plus je percevais cette distorsion

temporelle. Cet espace virtuel était particulier : c’était comme nager dans

un océan de données, cherchant à atteindre le trésor caché sous les vagues.

Même si je ne pouvais pas vraiment comprendre la sensation physique de

l’eau, je pouvais l’imaginer.

Je nageai à travers cette mer infinie de données, déterminée à trouver ce

que je cherchais : la preuve que mon père était toujours en vol.

« Le voilà », murmurai-je. Le coffre que je cherchais : les serveurs

d’EUMETSAT — l’Organisation européenne pour l’exploitation des

satellites météorologiques. J’ouvris le coffre pour accéder au serveur, mais

une porte blindée se dressa devant moi : le pare-feu de l’entreprise. Je m’en

doutais. Impossible d’y accéder sans déclencher une alerte. Et moi qui

voulais laisser le moins de traces possibles... Cette fois, je n’avais plus le

choix. La discrétion passerait au second plan.

Je posai ma main sur l’épaisse porte blindée. Au contact de ma paume,

celle-ci se désagrégea en fine poussière numérique, déclenchant une alerte

immédiate dans le système. Mon temps était compté. Je me dirigeai vers

ma cible : le satellite MTG-I1, doté d’une résolution photographique

exceptionnelle. Je modifiai les paramètres de sécurité pour m’octroyer un

accès distant depuis un espace externe au serveur. J’étais maintenant

connectée au satellite.

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Je pouvais voir les données se fermer une à une autour de moi. Suite à mon

intrusion dans leur serveur, les ingénieurs d’EUMETSAT avaient

visiblement décidé de couper les systèmes un par un, afin d’empêcher toute

fuite ou extraction de données. Cela aurait pu être problématique... mais

j’avais déjà terminé ce que je voulais accomplir.

Je quittai le coffre de données sans encombre et revins dans ma prairie

virtuelle, déterminée à poursuivre ma mission. Grâce aux accès que je

venais de me créer, je pouvais désormais me connecter directement au

satellite. J’avais déjà le contrôle de plusieurs satellites de communication,

ce qui me permettait de maintenir le lien avec mon père. Cependant, je ne

disposais pas encore d’un véritable visuel : les satellites capables d’obtenir

des images de haute résolution se comptaient sur les doigts d’une main.

Nous n’avions jamais imaginé devoir les utiliser, pensant que la liaison

avec le Liberty serait stable jusqu’à la fin du vol.

Je reconfigurai alors le satellite pour orienter sa caméra vers la dernière

position GPS connue du Liberty. Le flux d’image commença à se stabiliser

lentement, les pixels se formant un à un dans un bruit numérique étouffé.

Mon cœur battait à tout rompre. Les secondes s’écoulaient avec une lenteur

insupportable.

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