Episode 6 - @lex l’assistant parlementaire

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        S’appuyant sur les résultats obtenus par Barack Obama lors de sa campagne de 2008, nombre de militants politiques de tous bords avaient investi le net. La campagne de 2012 se devait d’être numérique. Ils espéraient tous trouver là un accès direct vers des citoyens à convertir, voire quelques journalistes à convaincre. Même si la prépondérance de la télévision restait encore de mise dans la décision finale des électeurs, le net était pour ces militants un territoire à occuper au même titre que les marchés de quartier. Il s’agissait surtout d’y contacter un public peut-être plus jeune ou plus instruit. 


        Contrairement à certains de mes collègues journalistes, j’avais une grande indulgence envers les militants. Au-delà de leurs outrances, il y avait chez eux une sincérité qui me touchait. Ils me rappelaient l’un de mes grands-pères qui avait toute sa vie milité pour des causes improbables. Il n’était pas rare de le voir en photo dans les cortèges plus ou moins fournis pour libérer tel ou tel prisonnier politique du bout du monde ou défendant des immigrés exploités par des marchands de sommeil ou des employeurs indélicats. J’avais toujours pensé qu’il était pour beaucoup dans l’éveil de ma conscience politique et de son orientation résolument à gauche. Même si dans mon activité professionnelle l’impartialité était requise, j’entendais toujours la voix de mon aïeul  résonner dans ma tête lorsque j’avais un doute sur la ligne directrice d’un de mes articles.     


        Cependant, j’avais moins de respect pour les politiques professionnels dont beaucoup m’avaient déçu par leur cynisme. Par ailleurs, je m’étais toujours méfié de la très grande promiscuité que prônaient certaines rédactions pour obtenir facilement des « off » racoleurs. 


        Durant la campagne 2012, les élus de tous les partis utilisèrent eux-aussi les réseaux sociaux pour promouvoir leur personne ou les idées de leur candidat respectif. Mais, en dehors de quelques pionniers qui avaient blog et compte Twitter sur rue, la majorité des politiques était assez peu à l’aise avec les outils numériques. Ils faisaient donc appel à des assistants plus jeunes ou plus férus de nouvelles technologies. 


        C’était le cas d’@lex qui était l’assistant parlementaire un député.  Sous couvert d’un pseudo très facile à identifier, il écrivait dans les journaux online où il n’hésitait pas à défendre son camps avec une ferveur toute juvénile. Ses écrits d’apparatchik faisaient le bonheur d’@laddin qui venait parfois y laisser quelques propos acerbes, histoire de se détendre entre deux billets. Les échanges étaient plutôt drôles. Mais, le jeune assistant ne faisait largement pas le poids face à l’intelligence et à la large culture politique de l’influent blogueur. Néanmoins, le petit revenait souvent à la charge quelques jours plus tard avec un commentaire énervé sous un autre article critiquant son idole. 


            Cependant, certaines annotations laissaient à penser que les deux hommes s’étaient rencontrés dans la vraie vie. Peut-être même qu’ils avaient sympathisé (si ce n’était plus) au-delà des différences politiques. J’étais plutôt partagé sur le sujet car, je ne trouvais rien de tangible dans les données auxquelles j’avais accès. Je décidai donc de poursuivre mon enquête en dehors d’internet. 


            Quelques jours plus tard, je profitai d’une réunion publique du député pour pousser plus loin mes investigations. @lex était là, propre sur lui, souriant aux rares jeunes militants qui brandissaient des drapeaux aux armes de son obédience. Il n’y avait pas foule dans la salle, juste quelques retraités bon chic bon genre qui compensaient leur faible nombre par un enthousiasme bruyant.  


            A la fin de la réunion, je profitai de l’isolement du jeune assistant pour l’aborder. Je fis mine de m’intéresser au programme du parti :   «  J’aimerai pouvoir faire plus. Comment puis-je vous aider ? »  Il me tendit un formulaire d’inscription avec un joli sourire. Je commençai à remplir le document tout en continuant de m’adresser à lui :                   

 C’est que j’ai peu de temps. Je pourrais peut-être militer sur le web ?

        - Bonne idée ! Vous avez un blog

        - Euh…pas encore mais, j’y songe… Jusqu’ici je me contentais seulement de commenter les blogs de la concurrence comme les billets de cet abruti d’@laddin.

       @Lex avait brusquement ravalé son sourire et fronçais maintenant les sourcils en me fixant :

        - @laddin était quelqu’un de bien. Je ne me réjouis pas de sa disparition. Sa mort est une grosse perte pour la démocratie !

        - Vous le connaissiez personnellement ?

        J’avais insisté sur ce dernier mot. Il sembla gêné de la question mais, ne se démonta pas  :  

        - Oui… Je l’ai croisé à plusieurs reprises lors de rencontres de blogueurs. Il était très intéressant et plein de surprises.


        Il y eut comme un étincelle dans son regard lorsqu’il prononça ces mots et beaucoup de sous-entendus dans sa voix. Mais, je ne pus en savoir plus car, il m’abandonna peu après sur un signe de son patron.


        Je quittai la salle plutôt perplexe. Derrière son honnêteté  et son ouverture d’esprit de façade, l’assistant semblait cacher bien des choses. Je le notai à surveiller dans ma tête. Je songeai que j’aurais peut-être des éléments complémentaires en provenance de ma source policière. 


      Cependant, il fallait que j’avance aussi sur les autres suspects du net sous peine de passer pour un dilettante aux yeux de mon informateur.

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