Le chien au piquet
Et il tirait sans arrêt sur cette corde, s'imaginant qu'il pourrait grappiller quelques centimètres de liberté.
C'était peine perdue : la corde entaillait sa chair lui rappelant qui il était : un être privé de liberté.
Il tirait à s'en étrangler, l'oxygène lui manquait.
Il avait envie de plus d'espace, d'un autre monde que le sien.
Il tirait encore un peu, juste pour la forme, puis il restreint la distance le séparant du piquet en tournant autour de celui-ci.
Bien plus épuisé que lassé, il finit par se coucher au sol.
Étais -ce là sa place... Dans la poussière et les gravats.
Il posa son museau sur ses pattes; ses grands yeux mouillés à l'affût de la menace ou de tendresse.
Le vide remplit l'espace.
Il ne restait que le chien, la corde et le piquet. Même l'avenir sans était allé...
Il ferma ses paupières et la réalité changea.
Le chien se fit femme. Il n'y avait nulle tristesse dans son regard, juste la volonté de dépasser un état.
Fièrement, dans cette volonté qui était la sienne d'aller au delà, elle se dressa en repoussant le sol de ses mains.
Revenue à une posture digne, elle s'assit, frotta ses paumes l'une contre l'autre afin d'en chasser les traces de terre.
Regardant autour d'elle hébétée.
Un no man's land autour d'elle, du vide à combler.
Elle prît conscience du lien épousant son cou, ultime attache entre elle et le piquet.
Tout en le tenant de ses mains, elle se dressa péniblement sur ses jambes : elle n'avait plus l'habitude d'être là, face au monde.
A moitié courbée, le côté droit ployant vers le piquet : c'était ainsi, la longueur de la corde ne lui permettait pas de retrouver la dignité.
Elle leva le versant gauche de sa face avec acharnement vers le ciel.
La morsure de la corde se faisait plus cruelle, quelques gouttes de sang effleuraient la surface de sa peau.
Désormais debout, l attache tendue à l'extrême, elle apercevait l'horizon. Ses yeux sortaient de leurs orbites, privés d oxygène comme tout son être.
On la voyait vaciller, son corps tanguait. Il ne tarderai pas à s'effondrer, au sol.
Un sourire borda ses lèvres. Et, quand la corde rompit, certes son corps retourna au sol, mais quelques minutes après, on l'a voyait courir à perdre haleine vers l'infini.

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