Quatre Mois

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À quarante ans, le besoin d’écrire est revenu. Fulgurant, transperçant.

Alors, j’ai été cherché mon vieux disque dur externe, je l’ai rebranché. Il grésillait. J’ai rouvert le dossier Textes_Bazar qui avait survécu au milieu de mes rendus d’étudiants, de mes papiers administratifs de l’époque et des photos de voyage.

Rémi enfermé dans sa villa sur la Côte d’Azur (2006), une rencontre ampoulée sur la plage de Nice (2011), la description précise de l’agencement d’un club où j’allais souvent (2016), et la dernière : la retranscription d’une rencontre marquante dans un train pour Venise jetée en style télégraphique (2022)… Des souvenirs qui reviennent, l’ordinateur sur les genoux dans ma chambre de bonne parisienne en picorant des cacahuètes, la frénésie des doigts quand on pense plus vite qu’on ne tape…

J’ai tout relu, parfois très tard le soir, j’ai trié. Et, au cœur de l’hiver, a démarré la reprise de certains textes avec mon regard de quarantenaire. Travail de réécriture complète : simplification, focalisation, concordance des temps, construction, vocabulaire…

J’ai hésité. Et puis j’ai imprimé la première version aboutie de la nouvelle « Alberto », et devant une bière, je l’ai passée à Étienne. Premier retour, forcément honnête et son conseil « Je suis sûr qu’il y a des trucs sur Internet où tu peux publier ça ».

Google a trouvé l’Atelier des Auteurs en mars 2026. Un peu de scroll, inscription, première publication : le début d’un roman que je ne finirai jamais car il n’est pas assez autobiographique… Et je ne sais pas écrire ce que je n’ai pas vécu.

J’avoue, j’ai surveillé le compteur de lectures qui monte à quatre puis cinq, et enfin le premier like et les premières annotations. Le début, aussi, d’un syndrome de l’imposteur en voyant les profils à cinquante, cent œuvres, les réponses aux défis, les poésies, les romans achevés…

En parallèle, je poursuis mon travail de reprise. Il me fait réaliser que je suis plus à l’aise sur les nouvelles rassemblées en recueil que sur les romans, format court et ellipses.

J’ai lu les autres. Plus tard, j’ai commencé à papoter avec certains, j’ai ignoré quelques commentaires malveillants au milieu des encouragements.

Et on m’annonce que ça va fermer « t’as pas reçu le mail ? » Non, toujours pas.

Déception et agacement.

Alors, comme d’autres, je migre (avec une conviction mitigée, je dois avouer). Mais reste le plus important : la routine s’est mise en place. J’écris, j’écrirai. On verra ce que ça durera, ce qu’il en sortira. Mais je suis certain que ces quatre mois auront compté.

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