Prologue
Le louveteau avança, hésitant, vers la lumière à l’entrée de la tanière. Le reste de sa fratrie était déjà dehors, jouant bruyamment dans les feuilles mortes qui tapissait le sol de la clairière. Sa mère était allongée, tranquille, profitant de la fraîcheur de l’ombre. C’était l’une des premières sorties de la portée, la forêt était calme, on n’entendait que le doux chant des oiseaux, loin au-dessus de sa tête.
La confiance arriva après les premières brindilles enjambées, et le louveteau finit par rejoindre l’un de ses frères dans une joyeuse bagarre, lançant des coups de patte désordonnés, avant de rouler dans l’herbe. Le jeu continua un moment, une bagarre avec un frère, une course contre sa sœur, un roulé-boulé dans les hautes herbes, la fin de journée idéale.
Le silence s’abattit d’un coup sur la clairière, les oiseaux ne chantaient plus, même le vent dans les branches se faisait discret. Les louveteaux stoppèrent net leurs jeux, la louve était déjà debout pour les rassembler et les ramener en sécurité, dans la tanière.
Des voix humaines commençaient à se faire entendre, désordonnées. Il y avait des pleurs, des chuchotements, des cris.
Le louveteau, blottit tout au fond, plongea le nez dans la fourrure d’un autre, pour se réconforter. Sa mère montait la garde, le reste de la meute n’était pas loin, il ne pouvait rien lui arriver. La louve vérifia les alentours, repérant les autres membres de sa meute, cachés dans les fourrés, surveillant la menace, avant de disparaître dans la tanière, protégeant ses petits de son corps.
Le grand mâle était caché dans les branches d’un grand arbre tombé lors de la dernière tempête, les yeux rivés sur les humains. Le secteur était pourtant tranquille depuis que quelques grands arbres étaient tombés, quelques semaines auparavant.
Finalement, les humains apparurent au bout d’un chemin à proximité. Un adulte marchait en tête, un air assuré. Il ralentit à peine en écartant la végétation qui commençait à déborder sur le sentier. Derrière lui, des jeunes le suivaient, pleurant, chuchotant ou regardant silencieusement où ils posaient les pieds. Un homme était juste derrière, criant au moindre bruit que faisaient les adolescents, les faisant trembler. Le loup se tapit un peu plus, méfiant.
Au loin, un cavalier leur emboitait le pas, de longues cordes pendaient de son paquetage. Le cheval marchait nerveusement en approchant des loups, mais le chien qui trottinait à côté lui donna le courage de continuer à avancer.
Le chien s’arrêta, levant le museau à la recherche d’odeurs. Son oreille dressée tressaillit avant qu’il ne reparte en avant. Le cavalier, remarquant son comportement, siffla brièvement deux coups, approchant discrètement sa main de son épée, cherchant du regard ce que son chien avait repéré. Après un dernier cri de l’homme, les petits humains se turent d’un coup, apeurés, se rapprochant les uns des autres.
L’un des jeunes trébucha. Il poussa un cri bref en s’accrochant à celui qui marchait à côté de lui. L’homme derrière lui cria aussitôt. Le jeune baissa la tête et ses épaules remontèrent, masquant son visage.
La colonne continua à marcher, et les intrus disparurent du champ de vision des loups. La menace était passée, la meute était de nouveau en sécurité. Le soleil était descendu derrière la montagne lorsque la louve laissa de nouveau sortir ses petits. Les oiseaux reprirent leurs chants progressivement. Les jeunes humains avaient disparu depuis longtemps dans les profondeurs de l’île lorsque les louveteaux reprirent leurs jeux innocents.

Annotations
Versions