Over D, O, S, E

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Recroquevillée sur le matelas, les genoux repliés sous son ventre, les joues creuses, sur lesquelles son maquillage a coulé, Lucie a eu sa dose.

Elle gît, immobile. Le chignon qu’elle avait si soigneusement monté, est défait, sa chevelure cuivrée n’est plus qu’un champ de bataille. Cette pièce qui lui sert de chambre, où aucun objet ne semble plus à sa place, recèle encore les événements de la journée. Dopamine, ocytocine, sérotonine, endorphines coulent dans ses veines, irriguant son cerveau, se diffusant au rythme des battements de son cœur à l’ensemble de son corps nu. Lucie a eu sa dose.

Pourtant, bientôt, elle sera à nouveau happée par le manque. Elle y pense chaque jour, chaque heure, chaque minute. Sans sa dose, elle sombre dans la dépression. Sans sa dose, elle perd le fil de ses sens et se morfond dans des méandres physiologiques et psychologiques insolubles. Les yeux mi-clos, elle respire doucement. Billie Eilish dans les AirPods « I need you for the oxytocin », Lucie a eu sa dose.

Tout commence quelques mois auparavant. Lucie, profite à pleines dents du jour présent, de sa « life », comme si celle-ci ne tenait qu’à un fil. Elle l’aspire à plein poumons, chaque jour un peu plus, insatiable. À chaque heure sa Dopamine, à chaque minute son ocytocine, à chaque seconde sa sérotonine, à chaque jour ses endorphines.

Lucie prend sa dose : une première, une deuxième puis la troisième. Après une petite pause et elle recommence.

Sa première expérience, elle s’en souvient encore, lui a laissé un souvenir amer, désagréable, probablement effrayant, mais sa curiosité avait été trop forte. Ocytocine. Elle voulait ressembler à ces gens qu’elle ne connaît pas, mais qui lui imposent leur influence, faire partie de la bande, entrer dans l’âge adulte. La première fois appelle la suivante. Elle n’est plus douloureuse, désinhibée, elle se sent bien. Endorphines. À chaque occasion supplémentaire, elle prend confiance, et se sent récompensée. Dopamine. Dose après dose, elle s’y habitue, oublie les soucis, elle nage dans le bonheur. Sérotonine.

Lucie est l’héroïne du quadriptyque D, O, S, E., Dopamine, Ocytocine, Sérotonine, Endorphines.

Lucie a eu sa dose, cependant, déjà elle ressent les premices du manque.

Ses doses quotidiennes ne suffisent plus à assouvir ses désirs. Ils tiennent entre les doigts leur billet au caroussel à hormones. En file indienne, des anonymes masqués attendent. A son tour, le masque tombe, l’anonyme oblitère son droit d’entrée. Les molécules se chargent et s’entrelacent, explosion émotionnelle, festival de jouissance, Lucie baigne dans son overdose de bonheur. Lucie a eu sa dose.

Son bas-ventre est douloureux, les hormones qui coulent encore dans ses veines restent grisantes. Les yeux clos, elle aspire le moment présent. Demain, elle recommencera jusqu’à la chute. Mais demain est encore loin.

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